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5 conseils pour préparer correctement un voyage humanitaire

Emma Henrich

Emma Henrich

Emma est experte RSE, spécialisée sur les sujets juridiques et le droit de l'environnement.

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Bientôt l’été et les sacro-saintes vacances estivales qui riment pour certains avec farniente, plage et soleil. Mais pas pour tous : chez les jeunes notamment, l’envie de s’impliquer dans des projets associatifs ne cesse de croître d’après une étude menée par France Bénévolat. Pour s’investir à l’étranger, le voyage humanitaire semble alors être une bonne idée. Mais si les intentions des volontaires sont louables, entre le développement des pratiques de « volontourisme » et des désagréments auxquels nous ne sommes pas forcément préparés, un tel séjour peut facilement être source de désillusions, voire contreproductif par rapport à l’objectif de départ. Voici donc cinq conseils pour se préparer au bénévolat international, afin qu’il soit bénéfique tant pour la population locale que pour le volontaire.   

1 – Partez pour de bonnes raisons, en cohérence avec vos centres d’intérêts

Avant d’envisager un voyage humanitaire, il faut se demander les raisons pour lesquelles on le fait. En effet, on connaît tous une personne atteinte du « complexe du sauveur blanc » qui, arguant d’être un sauveur, a en réalité seulement multiplié les selfies avec des enfants sur les réseaux à l’occasion d’un prétendu voyage humanitaire. Et ce, pour une mission de deux semaines, consistant à réaliser une fresque murale avec des dessins naïfs de papillons sur le mur d’une école dans un pays en voie de développement.

Ainsi, si votre objectif est de prendre de belles photos de personnes qui n’ont rien demandées, autant partir en safari. En revanche, si vous avez toujours eu à cœur d’aider les autres, que vous voulez vous investir par des actes plutôt que par les mots pour participer à un réel projet, un voyage humanitaire peut-être une bonne idée.

Cependant, le terme même de voyage humanitaire pour des missions courtes et sans qualification est souvent abusif. En effet, le terme consacré pour les missions humanitaires est celui « d’aide humanitaire » et ce dernier ne fait d’ailleurs pas consensus. Au sens strict, d’après Marc-Antoine de Pérouse de Montclos, l’aide humanitaire est un soutien destiné à sauver des vies et alléger les souffrances des populations en zones de conflit armé ou de catastrophes naturelles. Dans une acceptation plus large, il vise à aider les personnes en périls en raison de sinistres ou en situation de pauvreté. L’humanitaire est donc avant tout un travail réalisé par des professionnels, parmi lesquels viennent au premier chef les travailleurs des ONG, du monde médical ou les enseignants.

Ainsi, lorsqu’on désire partir pour une mission relativement courte et sans qualification, si on parle d’humanitaire dans le langage courant, la modestie voudrait qu’on parle plutôt de bénévolat international.

Ces quelques précisions terminologiques effectuées, il convient néanmoins de se poser quelques bonnes questions avant de partir notamment :

  • Qu’est-ce qui m’intéresse ? Le social, la culture, l’éducation, l’ingénierie, la gestion de projets ?
  • Est-ce que je préfère travailler directement avec les populations locales ou aider de manière indirecte (dans une organisation qui fournit certains services aux populations) ?
  • Est-ce que je possède des compétences techniques qui pourraient servir ? Dans l’ingénierie, dans le secteur médical, dans l’enseignement, dans le social ou la culture ?
  • Est-ce que je le fais par altruisme ou pour vivre des émotions fortes, voire ajouter une ligne à mon CV ? Ces deux dernières raisons étant bien évidemment de mauvaises raisons.

2 – Evitez les missions à la carte proposés par les organismes de « volontourisme »

Une fois que vous avez réfléchi et déterminé dans quel domaine vous désirez vous investir, il vous faut trouver un organisme qui permette de réaliser votre projet. Il y a alors deux possibilités :

  • Soit vous cherchez un organisme en France, qui organise des séjours de bénévolat international ;
  • Soit vous trouvez une organisation ou association locale, qui propose des missions à durée déterminée à des jeunes.

Les deux types de structures peuvent être valables. Toutefois, si vous en êtes à votre premier séjour, il est plus sécurisant de choisir un organisme que l’on peut contacter facilement en France et qui offre de réelles garanties.

En outre, sur le choix de l’organisme, même s’il a pignon sur rue, la vigilance est de mise. En effet, depuis quelques années, on parle de business de l’humanitaire tellement le marché des séjours organisés pour réaliser des missions dans les pays en développement a progressé. Ce terme a même un nom : le « volontourisme ».

Souvent proposé par des entreprises privées, ce type de séjours peut s’avérer décevant pour le bénévole, qui doit débourser un montant extrêmement important pour une mission qui ne bénéficie pas du tout à la population locale. Et cette situation est encore la plus enviable, car dans certains cas, les missions proposées peuvent même nuire à la population locale. Ainsi, pendant plusieurs années, certaines structures proposées à des étudiants de s’investir dans des orphelinats, pour des durées d’à peine quelques semaines. Or, cette pratique est plus que délétère pour le développement d’enfants déjà orphelins qui revivaient sans cesse la séparation.

On s’informe donc au préalable auprès d’organismes reconnus, si possible travaillant avec des partenaires institutionnels, comme France Volontaires le réseau des espaces de volontariats, pour trouver de réelles missions qui ont des effets sur la durée et s’inscrivent non pas dans l’assistanat mais dans une perspective de développement.

3 – Sélectionnez correctement le pays

S’il est important de savoir ce que l’on veut faire, il faut aussi savoir où le faire. Ce conseil peut sembler évident et pourtant, sélectionner correctement le pays revient à étudier de nombreux paramètres.

Tout d’abord, il faut effectuer une sélection en fonction de la sécurité des Etats. Pour cela, on prend garde que le pays ne soit pas en proie à une crise interne qui est peu médiatisée en France et on se réfère au site du Ministère des Affaires Etrangères, qui dresse des cartes par région des pays sûrs.

Ensuite, selon le pays, le climat n’est pas le même. C’est encore assez évident mais on évite par exemple l’Afrique subsaharienne si on est atteint d’une pathologie cutanée qui nous impose de rester à l’ombre.

On étudie aussi le climat en fonction de la saison lors du voyage. En effet, en période de moussons dans la plupart des pays, non seulement les pluies sont abondantes, mais en plus, les moustiques porteurs de maladies prolifèrent.

En outre, selon les pays, les cultures sont très différentes. Ainsi, dans les pays musulmans, à la période du ramadan, il est difficile voire interdit de manger en plein jour (il peut même s’agir d’un délit pénal). Autre exemple, dans certains Etats, le fait de montrer ses bras et ses jambes chez les femmes en particulier est mal vu.

On s’informe donc en amont sur le pays pour connaître des dangers potentiels qu’il peut présenter, son climat et bien évidemment sa culture.

4 – Partez à plusieurs pour partager votre ressenti

Un séjour de bénévolat international est une expérience à part entière. Nous sommes pour la plupart des privilégiés, l’eau courante et l’électricité sont des choses qui nous paraissent normales, tout comme l’accès à internet via la 4G. Mais ce n’est pas le cas partout.

Pour deux semaines, vivre dans des conditions très éloignées de notre quotidien n’est pas un réel problème. En revanche, si vous envisagez un séjour long dans un endroit relativement isolé, sans eau ni électricité, il est probable qu’à un moment donné, le voyage vous paraisse difficile et que vous ayez envie d’en parler. Sauf qu’on ne peut pas décemment se plaindre de l’absence d’eau, de la chaleur ou de la difficulté à avoir une connexion internet à des personnes qui vivent cela au quotidien au risque d’être très mal vu (et à raison !).

C’est pourquoi, surtout si vous partez pour un séjour long dans une zone isolée, assurez-vous qu’il y a soit un autre bénévole dans la structure, soit partez à plusieurs. Cela vous permettra de faire part de vos moments plus difficiles sans créer de malaise.

5 – Planifiez correctement votre voyage  

Ce dernier conseil paraît également un peu simpliste, mais lorsqu’on part dans une zone tropicale notamment, il y a certains éléments qu’il ne faut pas prendre à la légère, surtout au niveau médical. En effet, dans certaines régions du monde, certaines maladies qui n’existent pas en France font des ravages, comme le paludisme transmis par les moustiques ou la fièvre jaune. On prend donc rendez-vous avant de partir au service de vaccination internationale le plus proche pour être à jour des vaccins nécessaires avant le départ. Et pour le paludisme, on se fait prescrire le traitement à prendre sur place, qu’on n’évite bien entendu de ne pas oublier.

En outre, on prévoit une trousse médicale adaptée : il est parfois difficile de trouver de simples pansements et du désinfectant, on fait le plein avant de partir.

On prend aussi la peine de s’adapter à la saison à laquelle on part : ce n’est pas parce qu’on se rend en Afrique qu’il fait toujours beau et qu’il ne pleut pas. Au contraire, à la saison des pluies, elles sont diluviennes et les nuits peuvent être fraiches. On embarque donc un gilet et un vêtement de pluies… Mais aussi sa crème solaire !

Par ailleurs, on prévoit aussi d’emporter des doubles imprimés des documents d’identités, une moustiquaire et on recherche en amont comment se véhiculer, où on peut changer de l’argent.

Enfin, dernier conseil : au niveau vestimentaire, on prend garde à mettre dans sa valise des vêtements adaptés à la culture du pays. Se balader en t-shirt près du corps et short dans un lieu de culte, quelle que soit la confession est souvent vu comme un manque de respect, quand ce n’est pas totalement interdit. On respecte donc les us et coutumes.

Quel que soit la mission de bénévolat international que vous envisagez de réaliser, vivez-la pleinement comme une expérience à part entière, mais évitez de tomber dans les écueils du « white saviorism ». Pour quelques semaines voire mois de missions, vous n’allez pas sauver le monde, même si vous contribuez à le rendre (un peu) plus supportable.  

Crédit image : Shutterstock.

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