Le Développement Durable au Quotidien : Entre Difficultés et Bienfaits

Sophie Caillat

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Suite à la parution de son livre en Mai 2014 « Comment j’ai sauvé la planète », la rédaction a rencontré Sophie Caillat pour évoquer la traduction du développement durable dans notre vie quotidienne. 

 

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots votre expérience et ses objectifs ? 

Je suis partie du constat que le sujet le plus important du moment, c’est la sauvegarde de la planète.

Malheureusement, les grands sommets Onusiens ne donnent rien, les entreprises regardent avant tout leurs chiffres d’affaires et les Occidentaux apprécient bien leur petit confort. Alors je me suis demandé : comment changer notre quotidien pour qu’il soit durable, tout en gardant une vie « normale »?

J’avais le souvenir du livre de Colin Beavan « No Impact Man », un new-yorkais qui a décidé de baisser ses émission de CO2 à zéro… son expérience était aussi drôle que peu tenable. J’avais envie que ma démarche soit crédible et puisse inspirer d’autres personnes.

Je sais que je ne suis pas représentative de toute la population, ne serait-ce que parce que j’habite en ville. Néanmoins, je me suis prise comme cobaye car c’est toujours beaucoup plus efficace pour tester. J’ai passé mon quotidien au rayon X et regardé ce que je pouvais changer.

 

Pour bien illustrer votre propos, pouvez-vous nous donner une journée type parfaitement respectueuse de l’environnement ?

Déjà, il faut faire attention à la température de la maison. On a l’habitude aujourd’hui de chauffer les maisons à 21/22°. Or la température recommandée est 19° et 17 dans les chambres. Si vous avez froid, essayez de mettre un pull.

Ensuite, les gens passent trop de temps sous la douche car c’est pour eux un moyen de se réveiller. Une douche moyenne devrait faire 5 minutes, cela suffit amplement. Mais les gens prennent des douches de 8-10 min, ce qui équivaut presque à un bain. Prendre des douches plus courtes et se faire plaisir avec un bain de temps en temps me semble être une bonne option car c’est la moyenne globale qui compte.

Pour le petit-déjeuner, il faut éviter la pâte à tartiner à l’huile de palme et manger de quoi tenir jusqu’au déjeuner, des fruits évidemment, pas trop de lait de vache. Quant au café et au chocolat, ils viennent de loin mais on ne peut pas s’en priver.

Pour aller au travail, si on habite en ville et à moins de 5 kilomètres de son lieu de travail, on peut passer au vélo. Tant qu’il ne pleut pas des cordes, il n’y a pas de raison de ne pas en profiter. On va aussi vite qu’en métro, plus vite qu’en voiture. C’est moins cher que tout, sauf que la marche à pieds, et ça fait du bien à son corps.

Au travail, on éteint bien ses ordinateurs et les lumières le soir. On boit du café dans des tasses lavables et de l’eau dans une gourde.

Au déjeuner, on évite la viande et le poisson, si possible. Des pâtes sauces tomates, c’est très bien pour tenir jusqu’au soir. A la Ruche qui dit Oui on trouve même des tagliatelles made in Ile-de-France !

Si on a des enfants, on essaye de les éduquer à moins consommer d’énergie, à recycler leurs objets, à acheter d’occasion… bref à leur faire prendre conscience que notre planète est précieuse et qu’on n’en a qu’une.

 

Pouvez-vous nous citer une action positive qui a été facile à mettre en place ?  À l’inverse, celle qui vous a donnée le plus de fil à retorde ?

Même réponse pour les deux questions : le lombricompost. C’est l’étendard de cette révolution verte puisque c’est une initiative à l’échelle individuelle qui n’est pas récompensée par la collectivité. Rien ne nous pousse à la mettre en place. Ca ne rapporte rien et ce n’est pas très ragoutant. Mais en même temps, c’est comme une évidence de mettre autre part qu’à la poubelle et donc à l’incinérateur des déchets valorisables.

J’ai fait ça à mon échelle avec une boite et des verres de terre qui mangeaient mes déchets. Je continue aujourd’hui mais c’est un semi-échec : une invasion de moucherons m’a obligé à exiler mon lombricompost sur le balcon.

 

Chaque initiative que vous mettez en œuvre est notée sur trois critères : l’efficacité, le plaisir ressenti et les économies. Le critère du plaisir est intéressant parce que l’écologie est souvent perçue comme punitive. Ma question : avez-vous rencontré plus de plaisir que de frustration ? 

Oui, j’ai rencontré plus de plaisir. Lorsque les obstacles étaient trop importants, je passais à autre chose car je voulais que ma démarche soit durable. Mais quand je mange des produits bons pour ma santé, je prends du plaisir. Et c’est tout le challenge: ne pas trop ressasser aux gens qu’ils s’empoissonnent mais leur donner envie de changer

 

Au terme de votre expérience, pensez-vous que sauver le monde est l’apanage des super-héros ?

Oui et des fous aussi parce que mon action individuelle ne suffit pas, j’en suis évidemment consciente. Il y a des choses plus importantes que mon impact personnel. Il faut convaincre autour de soi, agir au niveau global. Il n’y a qu’une action collective et massive qui changera la donne.

 

Vous pensez que les gens sont capables de se mobiliser? 

Evidemment, on voit bien que ces sujets intéressent de plus en plus. Mais il y a encore des forces résistantes et au quotidien on ne se rend pas compte que la situation est périlleuse. Tant qu’on n’aura pas réellement le nez dedans et les pieds dans l’eau, on aura plutôt tendance à ne rien changer.

 

D’un point de vue pratique, le mode de vie éco-responsable que vous avez expérimenté est-il cher et chronophage ?

J’ai multiplié le nombre d’endroits où je fais mes courses donc ca prend plus de temps et c’est vrai que les produits bios sont vraiment chers. Chez Dia, j’ai vu une publicité pour 3 concombres d’Espagne à 0,99 centimes, c’est imbattable. On est encore dans un monde où plus c’est mauvais pour l’environnement plus c’est bon marché. Les gens, avec la crise, ont plus tendance à acheter ce qui est moins cher sans se questionner sur le coût social et environnemental. Mais aussi, plus les produits sont de qualité, plus ils durent longtemps.

 

Il semble y avoir une contradiction entre d’un côté un pouvoir d’achat qui baisse et une consommation responsable assez onéreuse.

Oui, c’est pour ca qu’il faut des projets vraiment convaincants et économiques. Le vélo à Paris est un bon exemple, il n’y a qu’à voir dans les pays scandinaves, ils l’ont bien compris.

 

Par quelle action un de nos lecteurs peut-il commencer pour  « sauver le monde » ?

Le compost, s’ils ont un jardin, c’est très facile et très pédagogique. Réduire sa consommation de viande à une fois par semaine et manger local ne devrait pas leur demander trop d’efforts au quotidien et aura un grand impact (l’élevage représente selon les estimations entre 12 et 18% des émissions de gaz à effet de serre).

 

Un dernier mot ?

Oui : le plus important est de se faire plaisir en se faisant du bien pour ne pas voir l’écologie comme quelque chose de lointain et compliqué. L’écologie est la science du vivre ensemble, rappelons-le !

 

 

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Commentaires

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  • BikePower
    Concernant l'appréciation des coûts, il faut adopter une approche systémique, et non pas ponctuelle. Bien sûr, je vais payer mes fruits et légumes bio plus cher (pour le moment, mais ce n'est pas une fatalité) mais si j'intègre l'ensemble des économies faites grâce aux "bonnes pratiques" (énergie économisée, achats inutiles évités, achats d'occasion plutôt que neuf, économies de frais de déplacement, économies de frais de santé, ...) le bilan est TRES largement positif. Et je ne compte pas : le plaisir de vivre autrement (ça n'a pas de prix), les impacts positifs à long terme sur la santé (inestimable !), le bonheur du partage et de la reprise en main de notre destin ! Dans la liste des "bonnes pratiques" je rajouterais volontiers : - suppression de tous les produits d'entretiens chimiques - la pratique de la réparation dans tous les cas possibles (mécanique, électricité, couture,...) Bonne journée à toutes et à tous
  • FicherKing
    Il est vrai que le bio est plus cher, mais une fois supprimé soda, yaourts et autres sucrerie/gâteaux le prix du caddie est le même !