Parmi les failles souvent mentionnées lorsque l’on parle du capitalisme et de la société de consommation moderne, l’obsolescence programmée tient une place particulière. Pour beaucoup de spécialistes, les entreprises concevraient des produits incapables de durer pour forcer le consommateur à racheter. L’idée a fait son chemin jusque dans le monde politique puisque la Loi de Transition Énergétique votée en 2015 prévoit que l’obsolescence programmée devienne un délit passible de 300 000 euros d’amende, et de prison.

Alors qu’en est-il vraiment ? Qu’est-ce que l’obsolescence programmée ? Est-ce un mythe ou une réalité ? Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Définition de l’obsolescence programmée

On peut définir l’obsolescence programmée comme une stratégie de business qui consiste à planifier l’obsolescence (c’est à dire le processus qui rend un produit obsolète, inutilisable) d’un produit dès sa conception. Concrètement, cela signifie que les entreprises, au moment où elles imaginent et produisent un nouvel objet, feraient en sorte que ce dernier tombe en panne ou soit inutilisable ou suffisamment daté pour ne plus être utilisable.

Ainsi, cela oblige le consommateur à racheter le produit, et cela permet donc à l’entreprise de s’assurer des ventes sur le long terme.

Histoire de l’obsolescence programmée

Le terme « obsolescence programmée » est relativement ancien puisqu’on en trouve des traces dès les années 1920. Il désignait alors une stratégie mise en place par les constructeurs automobiles américains pour relancer leurs ventes. À l’époque, le marché automobile américain arrivait en effet à saturation (la majorité des ménages ayant déjà acquis une voiture). Pour pousser les consommateurs à racheter, les constructeurs ont alors commencé à vendre chaque année de nouveaux modèles, avec des changements mineurs de design, d’ergonomie ou de performance. Ainsi, les anciens modèles déjà achetés paraissaient datés et démodés. Le terme a été utilisé par les spécialistes du marketing depuis les années 1930 (notamment dans une publication de Bernard London), mais fut popularisé par le designer industriel Brooks Stevens dans les années 1950, comme véritable stratégie de design permettant de créer de la demande.

Aujourd’hui, l’obsolescence programmée est régulièrement dénoncée dans les médias, puisqu’en créant une demande artificielle sur certains produits, elle pousse à la consommation et au gaspillage. Le documentaire « Prêt à jeter » ci dessous, en donne de nombreux exemples.

Les différents types d’obsolescence programmée

Mais l’obsolescence programmée existe-t-elle vraiment ? Peut-on dire qu’une entreprise « programme » la fin de vie de ses produits ?

En fait, l’obsolescence programmée fait partie intégrante de tout processus de conception d’un produit. Par exemple, si une entreprise commercialise un marteau, elle doit faire des tests de résistance pour connaître sa durée de vie moyenne. Si le marteau qu’elle conçoit se casse en moyenne tous les 30 000 clous posés, et qu’elle estime qu’un bricoleur plante en moyenne 2 000 clous par an, elle sait que le marteau durera en moyenne 15 ans. Elle peut choisir d’utiliser des matériaux plus solides, qui prolongeront la durée de vie, mais augmenteront aussi le prix. En ce sens, lorsqu’elle conçoit un produit, elle planifie effectivement son obsolescence en choisissant ses matériaux et donc son prix de vente. Mais cette planification résulte d’un arbitrage coût-avantage normal dans la vie d’une entreprise.

Il existe aussi une forme d’obsolescence programmée liée à l’innovation ou à l’esthétisme. Une entreprise de conception de smartphone, qui tente chaque année d’innover, proposera probablement régulièrement des modèles plus performants ou simplement plus beaux, rendant les anciens modèles « obsolètes » ou « démodés ». C’est sur ce principe que fonctionne toute la mode textile.

Autre forme d’obsolescence programmée : l’obsolescence « systémique », que l’on observe beaucoup en informatique. Elle consiste à rendre obsolète un produit en changeant le système dans lequel il s’utilise. Ainsi, un logiciel devient obsolète lorsqu’il n’est plus compatible avec les nouveaux produits mis sur le marché.

Obsolescence programmée

Enfin, la forme généralement la plus contestée d’obsolescence programmée consiste à introduire dans un produit une partie ou un composant inutilement fragile, afin que le produit devienne inutilisable plus rapidement. Le documentaire « Prêts à jeter » évoque ainsi l’exemple des bas en nylon, qui ont été volontairement rendu fragiles dans les années 1940 pour forcer les consommatrices à s’en procurer plus souvent. Certains soupçonnent également les fabricants d’appareils électroniques de les rendre plus fragiles pour forcer à la surconsommation.

Les entreprises coupables de l’obsolescence programmée ?

L’obsolescence programmée existe donc bel et bien dans le monde de l’entreprise. Malgré tout, ce terme regroupe une réalité diverse : l’obsolescence programmée, basée sur l’innovation ou l’esthétisme par exemple, est autant le fait du producteur que du consommateur, qui décide de racheter un modèle « plus à la mode » alors que son ancien modèle fonctionne encore. Lorsqu’un consommateur choisit un produit à bas prix plutôt qu’un produit plus cher, il fait aussi bien souvent le jeu de l’obsolescence programmée puisque pour qu’un produit soit moins cher, il doit aussi bien souvent utiliser des matériaux de moins bonne qualité, avec une durée de vie plus faible.

L’obsolescence programmée est donc une problématique difficile à analyser car elle porte en elle des enjeux plus larges. Pour en savoir plus, consultez notre dossier spécial « Obsolescence programmée », où nous publierons chaque semaine un article abordant une facette de ce thème.

 

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