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Clément Fournier - Rédacteur en chef

Youmatter

Formé à Sciences Po Bordeaux et à l'École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

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Avec la crise économique qui va suivre celle de la Covid-19, la RSE risque de passer au second plan dans de nombreuses entreprises en difficulté. Voici 5 arguments à avoir en tête pour savoir défendre son budget RSE pendant la période difficile qui s’annonce.

En période de crise, les entreprises ont tendance à se recentrer sur leur “corps de métier”. Premier réflexe ? Couper les budgets jugés “non-indispensables” pour compenser les pertes financières.

Malheureusement, on trouve souvent parmi ces budgets victimes de la crise ceux de la RSE. Encore trop souvent perçue comme dispensable, la RSE fait souvent les frais des coupes budgétaires. Pourtant, limiter le développement de la RSE est certainement la pire erreur à faire en cette période post-Covid-19. Voici 5 raisons qui l’expliquent, et autant d’arguments pour défendre votre budget RSE en période de crise.

1 – Les entreprises engagées sont plus performantes en période de crise

On sait que les entreprises investies dans les sujets RSE sont plus performantes que les autres, en temps normal. Mais c’est aussi valable en période de crise.

En général, les entreprises qui ont de solides programmes RSE, en particulier celles qui y intègrent leur chaine de production, semblent mieux résister aux aléas des marchés financiers et même aux crises comme celle du coronavirus.

Plusieurs études parues ces dernières semaines vont dans ce sens : une étude Morningstar a ainsi démontré que les investisseurs engagés sur les critères ESG avaient moins subi la crise économique liée au confinement et au coronavirus que les autres. Une autre, publiée dans le National Bureau Of Economic Research, montre que les entreprises dont les programmes RSE étaient les plus avancés ont mieux résisté à la crise.

Et c’est assez logique : les entreprises plus engagées disposent de meilleurs outils pour évaluer et anticiper les risques sur leur supply chain. Elles sont généralement plus réactives sur le plan de la flexibilité au travail, de la dématérialisation, du travail à distance. Elles bénéficient d’un soutien plus fort de leurs salariés qui permet d’assurer plus efficacement la continuité des activités. Elles dialoguent aussi mieux avec leurs parties-prenantes, ce qui leur assure des alliés dans les moments difficiles.

Maintenant que l’économie reprend, ces caractéristiques seront d’autant plus importante pour remonter la pente. Ce n’est donc pas le moment de limiter des programmes RSE déjà bien avancés, ou de baisser ses ambitions.

2 – La confiance des consommateurs et des parties prenantes est à reconquérir

Autre raison de maintenir ses programmes RSE : la confiance du consommateur. En cette période charnière, beaucoup de choses sont à reconstruire. Bien que les sondages pour l’après-coronavirus soient contradictoires, on voit une nette volonté des Français de modifier leur façon de consommer, de se retourner vers des productions locales, ancrées dans l’économie et la vie sociale de leur région, des productions plus écologiques.

Avec le confinement, nombreux sont ceux qui ont pris conscience des failles dans les systèmes productifs mondialisés et dans la machine des grandes entreprises. Pour les acteurs économique, il y a donc toute une confiance à reconstruire et cela ne se fera certainement pas en baissant ses exigences en termes de RSE ou d’engagement environnemental et social.

Bien au contraire : ces dernières années, les études ont montré que les entreprises les plus engagées étaient celles qui suscitaient le plus la confiance et la loyauté des consommateurs. Les précédents historiques ont aussi montré que les crises amplifient cette demande sociale.

Aujourd’hui, les sondages sont clairs : les parties-prenantes des entreprises et en premier lieu leurs consommateurs attendent des entreprises qu’elles s’engagent pour la transition vers le monde d’après. Renoncer maintenant, ce serait aller à l’encontre de toutes les tendances et de toutes les attentes.

3 – Le momentum est propice aux changements durables

De plus, la période actuelle est particulièrement propice aux changements durables.

Une bonne partie des entreprises sont déjà en train ou vont devoir rapidement transformer leur business ou certains aspects de leur business. Qu’il s’agisse de changer de fournisseurs pour recentrer sa production plus localement, de proposer des produits adaptés en période de crise sanitaire ou de se différencier pour rebondir après la crise, des changements sont en cours partout. C’est donc l’occasion parfaite pour se mettre à réfléchir profondément sur le sens que l’on souhaite donner à son entreprise, à la façon dont on envisage ses impacts sociaux et environnementaux…

En France, cela fait déjà plus d’un an que la question de la raison d’être est sur la table depuis la Loi PACTE. Mais dans le contexte actuel, la question se pose de façon encore plus précise. Alors que tout le monde semble enthousiaste pour construire le monde d’après, il faudra bien qu’il y ait des entreprises adaptées à ce monde-là. Des entreprises à la fois innovantes et engagées, prêtes à répondre aux défis de demain. Des entreprises donc prêtes à se remettre en cause.

4 – Les changements réglementaires pourraient être puissants

Le contexte actuel pourrait également donner lieu à de lourds changements réglementaires. On le voit déjà dans certains secteurs : en échange d’un soutien public, l’Etat demande à certains secteurs de se transformer ou d’orienter leur façon de produire, notamment en intégrant des exigences écologiques et sociales.

C’est notamment le cas dans l’automobile et dans l’aviation, mais cela pourrait s’étendre. On voit déjà que les politiques d’urbanisme sont en train de changer, les politiques d’achats publics pourraient elles-aussi se modifier, et on peut imaginer que la pression populaire pour plus de justice sociale et environnementale amène même à de nouvelles réglementations contraignantes pour les entreprises.

Dans ce cadre, la RSE a un rôle particulièrement important : c’est par elle que passe l’analyse des risques et des opportunités liés à la transformation durable de l’entreprise. C’est elle qui sait identifier les leviers pour améliorer son bilan environnemental ou pour mieux ancrer sa chaîne de production aux attentes des parties-prenantes. La RSE aide à affronter le risque réglementaire, et face à l’incertitude qui se profile, c’est un outil indispensable qu’il faut garder fort.

5 – La RSE et la résilience vont de pair

Enfin, il est important de comprendre que la RSE est le principal outil aidant à la résilience des entreprises. Être mieux préparé à une crise, c’est l’essence du travail des départements RSE, qu’il s’agisse d’une crise sociale, environnementale ou sanitaire.

Dans le monde de demain, avec le réchauffement climatique, la crise de la biodiversité, les perturbations environnementales, les crises proches de celles que l’on vit actuellement avec la Covid-19 seront probablement de plus en plus fréquentes. D’où la nécessité de continuer à s’investir sur les enjeux ESG, même lorsque ceux-ci peuvent paraître secondaires face aux préoccupations financières de court terme.

Après-tout, c’est bien le manque de vision du long terme qui a poussé les entreprises et la société toute entière dans cette crise. Il serait bon de ne pas renouveler trop souvent l’expérience.

Photo by Charles Deluvio on Unsplash

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