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5 évènements de politique environnementale internationale importants en 2022

Florentin Roy - Journaliste spécialisé sur la transition écologique et sociale

Florentin est journaliste spécialisé sur la transition écologique et sociale ainsi que sur ses implications politiques. Passé par les rédactions de Sciences et Avenir et Socialter, il contribue à Youmatter depuis 2022.

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Quels sont les prochains rendez-vous internationaux clefs pour la protection de l’environnement ? Youmatter vous propose 5 sommets internationaux majeurs à suivre pour la protection de l’environnement.

On parle de plus en plus des grandes réunions internationales en matière de politique environnementale : COP21, COP26, COP15, Conventions, Sommets… Ces grandes rencontres sont l’occasion pour les parties prenantes, dirigeants du secteur public ou du secteur privé et pour la société civile de participer à des négociations sur les enjeux environnementaux clefs, et ainsi rehausser les politiques environnementales dans les territoires nationaux.

En plus de leur importance politique et juridique, ces évènements sont l’occasion de remettre les problématiques environnementales sur le devant de la scène. Attention médiatique, actions associatives ou militantes ou encore débats politiques permettent alors d’appréhender ces enjeux de la transition écologique sous un angle nouveau. Voici donc 5 rendez-vous potentiellement importants à suivre pour la protection de l’environnement en 2022.

La COP15 sur la lutte contre la désertification d’Abidjan (Côte d’Ivoire), la peu médiatisée

  • Du 9 au 20 mai 2022

Lors de ces deux prochaines semaines, de vives négociations vont avoir lieu à Abidjan à l’heure où près de 40 % des terres du globe sont dégradées. Pour cette 15e édition intitulée “Terre. La vie. Héritage : de la rareté à la prospérité”, les 195 pays membres de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification tenteront de faire progresser la protection et la gestion des terres, afin de prévenir et de réduire des évènements climatiques — disparition des zones humides, tempêtes de sable, sécheresses chroniques — renforcés par le réchauffement climatique et les activités anthropiques.

Ce sont des centaines de millions de personnes qui souffrent aujourd’hui de la sécheresse, et même l’Europe est menacée par la désertification. “Le changement climatique exerce sur les terres émergées une pression supplémentaire qui accentue les menaces sur les moyens de subsistance, la biodiversité, la santé des populations humaines et des écosystèmes, les infrastructures et les systèmes alimentaires”, peut-on lire dans le résumé aux décideurs du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Il y a donc urgence à agir.

Plusieurs thèmes seront abordés, notamment des objectifs chiffrés de développement de l’agroécologie, la diminution des retombées économiques négatives sur la biodiversité, ou bien la gestion foncière des terres…

Créée en 1992 lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en même temps que ses homologues du climat et de la biodiversité, la COP15 sur la lutte contre la désertification devrait permettre, en cas d’accord dans les négociations, de mieux structurer l’action internationale face à la désertification. 

La COP15 de Kunming (Chine) de la Convention sur la biodiversité, celle qui se laisse désirer 

  • Date encore inconnue

Voilà déjà deux ans que la COP15 pour la biodiversité devait avoir lieu. D’abord prévu du 15 au 28 octobre 2020 à Kunming en Chine, la crise du Covid19 et la politique de “Zero-Covid” du gouvernement chinois ont entraîné le report du sommet, après une session virtuelle en 2021 peu favorable aux discussions. Rassemblant les 196 Parties de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB), ces derniers doivent se rassembler, à priori, à la fin de l’été 2022. Le hic, aucune information n’a pour le moment été communiquée sur la tenue, ou non, de l’événement.

Bien sûr, les négociations n’ont pas été au point mort pendant ces deux ans. Fin mars, une session s’est tenue à Genève (Suisse) afin d’établir les fondations d’un futur Cadre mondial de la biodiversité. Mais les concertations ont été plus qu’ardues pour les différents parties, les grands enjeux qui sont débattus restent les mêmes depuis de nombreuses années, en particulier le financement des futurs projets porté par les pays en voie de développement. Un problème financier limitant pour de nombreux pays, qui subissent de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique et ne peuvent allouer l’argent nécessaire au déploiement de politiques d’adaptation et de protection de la biodiversité. Les 10 milliards de dollars par an dans le texte initial ne leur suffisent pas. Une coalition de différents pays ont appelé à une hausse massive des financements, passant à au moins 100 milliards de dollars par an, suivi d’une nouvelle hausse portée à 700 milliards de dollars par an d’ici 2030. Un autre point de litige concerne le partage des ressources génétiques par le biais de la création d’une banque de gènes digitale commune. Particulièrement utiles pour l’avancée de la recherche mondiale sur la biodiversité, les pays du Sud craignent une utilisation massive de leurs données génétiques nationales, sans réelle contrepartie, notamment financière.

Les parties prenantes présentes à Genève se sont quittées quelque peu déçues de cette session, faute d’accords réellement significatifs. Il y a eu quelques victoires, notamment sur l’adoption du “30 X 30”, instaurant la protection de 30 % des écosystèmes terrestres et 30% des écosystèmes marins d’ici à 2030. Une bien maigre compensation pour la biodiversité, et qui ne résout en rien la crise actuelle. Ces engagements politiques sont bien entendu pertinents, mais ils ne seront pas suffisants si aucun effort n’est fait quant à la cause de ce déclin : la pollution, les pesticides, l’artificialisation des sols…

Les pays espèrent cependant aboutir à une décision de COP assez ambitieuse. D’autant plus qu’en 10 ans, aucun des 20 objectifs d’Aichi, pourtant adopté COP10 à Nagoya (Japon) en octobre 2010, n’a été atteint à ce jour.

La première COP pour la biodiversité s’est déroulée en 1994, un peu moins d’un an après l’entrée en vigueur de la Convention sur la biodiversité. Ce traité international vise depuis 30 ans à la conservation de la biodiversité, l’utilisation durable des ressources, et le partage juste et équitable de l’exploitation des ressources génétiques. Une vingtaine d’années plus tard, la crise de la biodiversité ne cesse de s’intensifier. Au moins un million d’espèces vivantes seraient menacées d’extinction selon le dernier rapport de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

Pour en savoir plus : Comprendre la crise de la biodiversité

3 – La COP27 sur le climat de Charm el-Cheikh (Égypte), un besoin d’ambition, mais surtout de résultats

  • 7 au 18 novembre 2022

L’adoption du Pacte de Glasgow en 2021 n’a pas eu les résultats escomptés pour l’environnement alors que les politiques actuelles nous mènent toujours vers un scénario à + 3,2 °C (voir : Que retenir du rapport du groupe 3 du GIEC ?). C’est pourquoi les pays sont invités lors de la COP27 à revoir leurs engagements à la hauteur des objectifs fixés lors de l’Accord de Paris. 

Pour les négociations, trois éléments importants sont à observer pour satisfaire les pays : le contenu des objectifs, les mécanismes de contrôles et les financements, ce dernier est bien souvent le point de litige entre pays développés et en voie de développement. Il est donc attendu que l’un des points principaux concernera le respect des 100 milliards de dollars par an promis par l’Accord de Paris pour couvrir les coûts des grands chantiers de transitions dans les pays en voie de développement. 

Pour rappel, l’Accord de Paris, ratifié en 2015 lors de la 21e session de la Conférence des Parties (COP21) à Paris, a permis un véritable bond en avant après l’échec de la COP15 de Copenhague (Pays-Bas) dans son objectif de limiter le réchauffement climatique à 2 °C, voire 1,5 °C dans les scénarios les plus optimistes. Considéré comme un traité ambitieux, le traité a démontré l’importance de ces rencontres internationales dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pour beaucoup, la COP27 a été un simple effet d’annonces, sans résultats vraiment tangibles. 

Un mouvement imprévu a cependant fait l’objet d’une vive médiatisation : la fin progressive des énergies fossiles. Même si cette dernière a été affaiblie à la dernière minute par l’Inde et la Chine, passant de phase out (sortie) à phase down (réduction), elle représente la première mention explicite de la principale source du réchauffement climatique, ce qui n’avait jamais été possible auparavant dans un texte de négociations.

Le Traité sur la haute mer, 65 % de l’océan à protéger

  • Courant 2022

Lancé en septembre 2018 sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU), le projet de texte d’un traité international pour la protection de la haute mer pourrait bien aboutir courant 2022. Après une quatrième session de négociation à New-York en mars dernier non concluante, les Parties se réunissent en principe pour une cinquième et dernière session au mois d’août. 

La haute mer, cet espace au-delà des juridictions nationales (BBNJ) est en proie à un engouement important. Ce qui était jusqu’à présent considéré comme zone inaccessible et inutilisable est devenu en quelques années un objet de convoitise pour les compagnies pétrolières et pharmaceutiques. Car au fond des océans se trouvent une multitude de richesses, hydrocarbures et ressources génétiques marines.

Un constat qui pousse les États du monde à se fixer quatre points de négociation pour un futur accord : l’objectif ambitieux de protéger 30 % des océans des dégradations, la gestion commune des ressources génétiques marines, l’aide au renforcement des connaissances et des capacités scientifiques des pays en développement et le transfert de technologies marines.

Le Traité international contre la pollution plastique, la fin du plastique à usage unique ?

  • signature prévue d’ici 2024 et première étape des négociations pour le deuxième semestre 2022

Le 2 mars 2022, l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement (UNEP) a adopté à Nairobi une résolution afin de lutter contre la pollution plastique. Une négociation historique qui s’est conclue par un projet de texte pour un traité international juridiquement contraignant pour les pays signataires. La première étape des négociations est prévue pour le deuxième semestre 2022, avec une ratification du traité espérée d’ici 2024 pour un secteur qui, rien qu’en 2019, aurait produit 460 millions de tonnes de plastiques, générant pas moins de 353 millions de tonnes de déchets. 

Il est prévu d’officialiser le caractère polluant des matériaux plastiques et d’influer sur l’ensemble du cycle de vie du plastique par des règles plus contraignantes de production, d’utilisation et de recyclage pour les entreprises, compagnies pétrolières comme grandes marques. 

De longues négociations sont à prévoir dans les deux prochaines années. La signature de ce traité suivra un processus similaire aux autres sommets internationaux : à savoir un travail conséquent sur la définition des objectifs, la transparence quant au respect de ces derniers et la date de mise en œuvre des nouvelles règles. 

(Photo/Stuart Ramson pour UN Foundation)

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