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Alerte rouge sur l’état de la biodiversité : bilan de la réunion de l’IPBES

Emma Henrich - Rédactrice experte RSE et droit de l'environnement

Emma est experte RSE, spécialisée sur les sujets juridiques et le droit de l'environnement.

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La semaine dernière, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) s’est réunie au siège de l’UNESCO à Paris. Cette instance qualifiée de « GIEC de la biodiversité » a rendu lundi 6 mai un document alarmiste destiné aux instances politiques sur l’état de la biodiversité dans le monde.

Une espèce sur huit menacée sur Terre à court terme

Il aura fallu trois années d’études, de recensement et d’analyse des données disponibles sur l’évolution de la biodiversité et des écosystèmes ces cinquante dernières années pour que les experts de l’IPBES finalisent un rapport de plus de 1700 pages sur l’état de la biodiversité.

Pour faire connaître aux instances publics et aux instances étatiques du monde entier ce rapport, le groupe d’experts s’est réuni à Paris du 29 avril au 4 mai dernier pour discuter point par point des différents éléments à faire figurer dans un résumé destiné aux décideurs.

Ce document, fruit d’un consensus entre scientifiques et représentants politiques, n’est guère encourageant : une espèce sur huit, animale et végétale, est menacée à court terme par les activités humaines. 75% des espèces terrestres et 40% de l’environnement marin présenteraient des « signes importants de dégradation ». Cette sixième extinction massive pourrait toucher 1 million d’espèces vivantes sur les 8 millions estimés durant les prochaines décennies.

Ce rapport alarmant n’est pourtant pas le premier a tenté d’alerter l’opinion publique : le rapport Planète Vivante actualisé tous les deux ans par le World Wild Fund dresse depuis longue date le même constat. De même, l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) a inscrit sur ses listes rouges un nombre croissant d’espèces, dont un quart des mammifères et plus d’un tiers des amphibiens !

Les conclusions des scientifiques sont formelles : cette disparition d’ampleur est liée aux activités de l’Homme. Les causes principales sont par ordre décroissant : l’utilisation excessive des terres et de la mer, l’exploitation directes de certaines espèces, le changement climatique, puis viennent la pollution et les dommages résultant de la multiplication des espèces exotiques envahissantes.

Or, cette disparition massive ne sera pas sans effets sur notre propre espèce, car nous sommes très dépendants de la biodiversité, que ce soit pour nous nourrir, nous habiller, ou plus simplement pour respirer un air de qualité.

Pour autant, le parti pris de l’IPBES est de ne pas délivrer que des informations décourageantes. Au contraire, il invite à agir pour éviter de poursuivre dans cette direction préjudiciable au vivant.

Des changements immédiats nécessaires pour limiter la crise de la biodiversité 

L’originalité du rapport de l’IPBES est qu’il ne cherche pas seulement à alerter, dresser un constat d’une réalité que nous ne savons que trop bien mais sur laquelle nous fermons les yeux. Il se donne également pour objectif de mobiliser Etats et citoyens pour diminuer les pressions sur la biodiversité, car il existe des solutions, encore faut-il (vouloir) les appliquer.

En effet, pour freiner cette perte de la biodiversité, il faut opérer des changements notables, pour ne pas dire radicaux. Les experts de la biodiversité ont étudié plusieurs scenarii se référant à différentes trajectoires politiques possibles. Il en ressort que pour enrayer la crise qui sévit, il faudrait opérer des changements profonds, modifiant notre économie, nos sociétés et notre rapport aux technologies.

Selon les experts, seul un tournant vers plus de sobriété pourrait stopper l’augmentation de la consommation de ressources par habitant qui va sans cesse croissante. Or, si cette tendance ne s’inverse pas, corrélée à l’augmentation de la population mondiale, l’Homme continuera d’impacter négativement la biodiversité et cela, au moins jusqu’en 2050 si ce n’est au-delà.

Par ailleurs, quelles que soient les volontés politiques, le rapport souligne l’importance de procéder à des changements autant que possibles intersectoriels. Les approches globales, prenant en compte des éléments aussi variés que l’alimentation, l’énergie, la gestion de l’eau et bien évidemment la préservation de la biodiversité, seront les plus efficaces pour réfléchir dans une perspective globale… Et se faisant limiter cette érosion de la biodiversité plus rapide que l’extinction qu’a connue la Terre lors de la crise du Crétacé.

Au final, si le nombre d’espèces qui pourraient disparaître donne le vertige, il faut surtout être pragmatique : chacun à son rôle à jouer. Il est important de changer à l’échelle individuelle, mais également que les Etats prennent leur responsabilité, pour donner une réponse global à ce problème qui touche l’ensemble de la Terre. A ce titre, les solutions potentielles seront mises sur le devant de la scène l’année prochaine lors de la réunion de la Convention de l’Organisation des Nations Unis sur la diversité biologique. Il faut donc espérer que les effets de ce rapport permettent d’aboutir à des changements effectifs, dignes de la COP de Paris de 2015.

Crédit image : biodiversite sur Shutterstock

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