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L’artificialisation des sols : première menace pour la biodiversité mondiale

Clément Fournier - Rédacteur en chef

Youmatter

Formé à Sciences Po Bordeaux et à l'École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

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La transformation des terres sauvages est la première menace pour la biodiversité mondiale et les espèces naturelles. Tentons de comprendre.

La biodiversité et les écosystèmes naturels sont menacés sur la planète. Certains scientifiques estiment que nous sommes aujourd’hui entrés dans ce que l’on appelle la 6ème Extinction de Masse. Cela signifie que les espèces disparaissent et que les milieux se dégradent à une vitesse équivalente ou supérieure aux grandes extinctions de l’histoire de la planète.

Cette disparition massive et rapide d’espèces vivantes et de milieux naturels ne constitue pas qu’une perte pour la nature. C’est aussi est une grave menace pour les sociétés humaines. La biodiversité est en effet essentielle à la survie des sociétés mondiales. L’agriculture, mais aussi la pharmacie, l’industrie et la recherche scientifique dépendent de la biodiversité, de sa richesse et de sa stabilité.

Il est donc fondamental de comprendre pourquoi la biodiversité disparait, quelles sont les menaces et les dangers qui affectent la biodiversité mondiale. Or les études scientifiques montrent que le principal danger pour la nature, c’est l’artificialisation des sols et des espaces naturels. Qu’est-ce que c’est, et pourquoi est-ce un problème urgent ? Tentons de comprendre.

L’artificialisation des sols et des espaces : c’est quoi ?

L’artificialisation des espaces renvoie au sens large à la transformation par l’Homme d’un espace naturel. Lorsque l’on construit une route, des espaces d’habitation ou des zones industrielles, on transforme les espaces naturels et on leur fait perdre leurs qualités intrinsèques, on détruit leurs mécanismes de régulation internes, on détruit l’habitat des espèces qui y vivent.

Mais l’artificialisation des sols, ce n’est pas que la bétonisation. Dès lors que les sociétés humaines interagissent dans un milieu naturel, elles le transforment, elles l’artificialisent. Construire une maison avec un jardin, cela peut sembler anodin pour la nature : après tout, la majorité du terrain est encore “naturelle”, on peut avoir des arbres, un potager. Mais c’est en réalité une transformation radicale de l’espace naturel : la présence de l’homme, son action, empêchent les interactions naturelles. De la même manière, un sentier de randonnée ou une forêt trop fréquentée sont d’une certaine façon artificialisée : des chemins se créent, le sol s’érode, des déchets s’accumulent, les passants font du bruit. Là encore, cela empêche les interactions naturelles, la présence d’animaux, leur reproduction. L’agriculture aussi artificialise les espaces.

Bref, dès lors que les sociétés humaines sont présentes de façon régulière dans la nature, elles “artificialisent”.

L’artificialisation des espaces : première cause de dégradation de la biodiversité

Selon un récent rapport du WWF (le rapport Living Planet) l’artificialisation des espaces terrestres et marins serait la première cause de l’extinction de la biodiversité mondiale. Près de 50% des espèces et des populations disparues seraient attribuables à l’artificialisation des espaces, loin devant la surexploitation des espèces (chasse ou pêche – 24%), les maladies ou la présence d’espèces invasives (13%), la pollution (7%) ou le réchauffement climatique (6%).

L’étalement global des sociétés humaines sur les espaces naturels est donc de très loin la première menace pesant sur la biodiversité mondiale et sur les espèces vivantes. Il y a donc urgence à transformer nos modèles sociaux et économiques pour arrêter d’empiéter sur les espaces naturels.

Le défi de l’artificialisation des espaces

Le problème, c’est qu’il est très complexe de limiter l’étalement urbain, l’extension des zones agricoles ou encore l’empiètement du tourisme dans la nature, car cela reviendrait à agir sur des tendances culturelles, économiques et sociales fortement ancrées.

Pour l’habitat par exemple, le cas français est éclairant. Chaque année, l’équivalent d’un département est artificialisé en France chaque année, en grande partie par la construction d’habitats résidentiels. Pourtant, la France dispose déjà en théorie de nombreux logements : il existe 36.6 millions de logements en France pour seulement 29 millions de ménages. En 35 ans, 11 millions de logements ont été construits en France, soit une augmentation de 1.1% par an. La hausse des constructions a donc été deux fois plus rapide que celle de la population.

Les leviers de cette hausse des constructions de logements sont nombreux : on pourrait citer la spéculation sur les prix de l’immobilier, la hausse des logements vacants (8.5% des logements en France) les achats de résidences secondaires (10% des logements en France) ou encore plus récemment la hausse des phénomènes de mise en location via des plateformes digitales.

D’autre part, une partie de la population cherche à investir dans des logements individuels, des maisons avec jardin, qui augmentent l’artificialisation des sols en comparaison des logements collectif (immeubles) en ville. Pour desservir ces logements, il faut encore augmenter notre empreinte au sol en construisant routes, parkings, et infrastructures. Bref, on construit trop, partout.

Dans d’autres régions du monde, c’est parfois l’expansion des terres agricoles et notamment la déforestation qu’elle induit, qui dégrade les milieux naturels. On étend les champs et les espaces agricoles pour augmenter la production agricole. Et tout cela se fait aux dépens des espaces naturels, et on augmente la pression sur l’écosystème et la dégradation de la biodiversité.

Un problème global difficile à résoudre

Le problème c’est qu’il n’est pas simple d’inverser ces tendances. En France, malgré la volonté affichée des pouvoirs publics d’arriver à “zéro artificialisation nette” à 2030, le problème continue de s’accroître. Et pour le résoudre, il faudra réglementer massivement le marché de l’immobilier, encadrer la construction de logements neufs, prioriser les logements collectifs, agir sur la problématique des logements vacants. Des réglementations difficiles à mettre en oeuvre, peu populaires, et difficilement compatibles avec la libéralisation des marchés de l’immobilier et de l’urbanisme débutée il y a plusieurs décennies.

Pour l’agriculture, c’est la même chose. Les pays en développement cherchent à valoriser leurs ressources naturelles et leurs territoires pour soutenir leur développement économique. La hausse de la production agricole est bien souvent l’axe privilégié pour cela. Au Brésil, par exemple les denrées agricoles (soja, maïs notamment) font partie des principales denrées exportées, et elles dynamisent le commerce extérieur du pays. Or, cette hausse de la production agricole est souvent tirée par la croissance de secteurs que l’on devrait, pour des raisons environnementales ou de santé publique, chercher à limiter : le secteur de la viande, des produits transformés, des glucides raffinés. Des objectifs à long terme qui ont toutefois peu de poids face aux impératifs de développement économique.

Comme souvent lorsqu’il s’agit de problématiques écologiques, il s’agit d’opérer un changement global de modèle, avec une prise en compte élargie des problèmes collectifs et de leurs implications à long terme. Une transformation globale donc, à la fois culturelle, sociale, économique et bien sûr politique. Ce n’est qu’au prix de cette transformation que l’on pourra espérer réduire l’artificialisation des espaces, qui dégrade aujourd’hui massivement la fondation écosystémique sur laquelle repose nos sociétés.

Photo par Avi Waxman sur Unsplash

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