Des bâtiments en bois pour le futur des villes ?

Florentin Roy - Journaliste spécialisé sur la transition écologique et sociale

Florentin est journaliste spécialisé sur la transition écologique et sociale ainsi que sur ses implications politiques. Passé par les rédactions de Sciences et Avenir et Socialter, il contribue à Youmatter depuis 2022.

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Le béton, pour sa résistance et son prix abordable, est devenu une référence pour la construction. Mais les répercussions de ce matériau sur l’environnement amènent à repenser son utilisation alors que l’exode rural oblige les villes à toujours plus de nouveaux bâtiments. Une nouvelle étude révèle que la construction en bois à la place du béton permettrait de combler, d’ici 2100, 10 % du budget carbone nécessaire à limiter le réchauffement climatique en dessous des 2 °C. On vous explique.

Les villes accueillent aujourd’hui plus de la moitié de la population mondiale, soit plus de 4,2 milliards d’habitants. Un nombre qui devrait doubler d’ici 2050 selon la Banque mondiale, tandis que la surface des villes pourrait être multipliée par 6 d’ici 2100 !

La construction de nouveaux bâtiments et la rénovation représentent deux secteurs clefs de la transition écologique. Les données de 2020 du Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires indiquent que « Le secteur du bâtiment représente 43 % des consommations énergétiques annuelles françaises et il génère 23 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) français ».

Diverses solutions existent afin de réduire les émissions de dioxyde de carbone (CO2) du secteur du bâtiment : rénovation des passoires thermiques, développement d’une production électrique bas-carbone, « verdir » la production de matériaux bruts (acier, béton, fer)… Ce troisième levier représente près de 10 % des émissions de GES du secteur du bâtiment en 2020.

L’utilisation de bois permettrait selon cette nouvelle étude publiée dans Nature Communication de préserver jusqu’à 100 Gigatonnes de CO2 d’ici 2100 lors de la construction de nouveaux bâtiments, soit 10 % du budget carbone nécessaire afin de limiter de 2 °C le réchauffement climatique par rapport au niveau préindustriel.

Cette étude menée par l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique est une des premières à analyser et quantifier les répercussions d’une transition de cette ampleur du béton vers le bois sur la demande en matières premières, l’usage des sols et le stockage du carbone.

Le bois, une ressource naturelle et renouvelable

Même si des alternatives moins polluantes commencent à se développer, notamment grâce à des filières de recyclage bas-carbone du béton, le bois reste plus que pertinent pour ses capacités thermiques, sa facilité d’utilisation ou sa résistance pour la construction. Le bois est en outre un matériau inégalable en ce qui concerne les émissions de CO2.

Le bois est un puits de carbone conséquent. Lors du processus de photosynthèse, les arbres absorbent le CO2 présent dans l’atmosphère et le stock pour de nombreuses années. Même lorsque l’arbre est coupé, seulement une partie du carbone est relâché. Le reste subsiste dans le bois.

Les forêts de production, dédiées à l’industrie, représentent en 2020 autour de 132 millions d’hectares, soit 8% des terres cultivées sur la planète.

Mais cette transition du béton vers le bois va forcément transformer l’usage des terres, au détriment de l’agriculture par exemple ?

Et bien pas forcément. Afin de déterminer les conséquences de cette transition probable du béton vers le bois pour la construction de nouvelles habitations, les chercheurs ont développé un modèle prédictif en partant de 4 scénarios possibles en fonction de la demande du secteur.

« Nos simulations montrent que la demande en bois pour la construction d’immeubles de taille moyenne ne devrait pas provoquer de répercussions majeures sur les terres agricoles, explique le co-auteur de l’étude Florian Humpenöder dans un communiqué, il est évident que la production de bois ne doit pas entrer en compétition avec l’agriculture et la production d’aliments ».

La protection des forêts à ne pas mettre au second plan

Comme toutes les productions à grande échelle, l’exploitation des forêts entraînera son lot de dégâts sur la nature. L’érosion des sols, le déséquilibre de la biodiversité, la pollution, sont autant d’éléments à prendre en compte lors de la création de forêts plus respectueuses de l’environnement. L’industrie forestière se doit d’être un secteur réfléchi et organisé. C’est pour cela qu’une limite claire a été donnée au modèle développé par les chercheurs.

Il ne prend pas en compte de potentielles plantations ou coupes sur des espaces protégés ou des forêts vierges. Les hectares nécessaires à cette future demande, de l’ordre de 140 millions d’hectares de forêts, pourront être obtenus en théorie dans des zones où les forêts sont déjà exploitées.

Mais les chercheurs ne sont pas dupes sur l’avenir de l’industrie forestière. Certaines terres non protégées seront évidemment victimes d’abus et exploitées pour la production de bois, alors qu’elles pourraient permettre d’autres usages plus responsables ou simplement être laissées à la biodiversité. C’est pourquoi ils estiment que l’augmentation de l’exploitation forestière nécessite une gouvernance forte et des règles adaptées afin d’obliger l’industrie du bois à une gestion raisonnée et durable des forêts.

De nombreux impératifs

Surtout que cette industrie n’est pas seule à convoiter les terres. Les sols subissent des pressions croissantes : étalement urbain, agriculture, matériaux bruts, industries… L’usage des terres est donc un sujet avant tout politique à partir du moment où on donne la priorité d’exploitation à certaines activités.

Au regard de la crise environnementale et de la pression sur l’usage des sols, diverses solutions existent afin de libérer de l’espace. Une alimentation moins carnée permettra par exemple de libérer une partie des terres pour d’autres usages.

Dans des petits pays comme la France, un ralentissement de l’artificialisation des sols permettrait aussi de diminuer la pression sur les terres agricoles. Mais cela implique par exemple moins de maisons individuelles et plus d’espaces communs partagés. Une situation encore impensable ou peu privilégiée dans nos sociétés.

Image par Mario Hagen de Pixabay

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