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Et si les conséquences sanitaires de la crise économique étaient pires que celles du coronavirus ?

Clément Fournier - Rédacteur en chef

Youmatter

Formé à Sciences Po Bordeaux et à l'École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

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Les conséquences de la crise du coronavirus pourraient se prolonger, et la crise économique qui se profile pourrait même être encore plus dévastatrice que le virus lui-même.

Un peu partout dans le monde, la crise sanitaire liée à la maladie Covid-19 commence à se résorber, très progressivement. Le nombre de personnes hospitalisées diminue, ainsi que le nombre de cas graves ou en réanimation. De ce fait, progressivement, le déconfinement s’opère.

Mais les mesures mises en place pour lutter contre le coronavirus ont durablement fragilisé les systèmes économiques dans de nombreux pays. La crise économique qui s’annonce pourrait toucher des millions de personnes, et avoir, elle aussi de graves conséquences sanitaires. Certaines analyses laissent même penser que les conséquences sanitaires de la crise économique pourraient être plus graves que celles de la maladie Covid-19. Tentons de comprendre.

Vers une crise économique majeure en 2020

Suite aux mesures de confinement prises un peu partout dans le monde, l’économie mondiale est d’ores et déjà en crise. La crise économique la plus lourde de l’Histoire, d’après les estimations que l’on peut avoir actuellement. Le PIB mondial devrait baisser de 3.2% en 2020. En France, la baisse attendue pourrait dépasser les 11%.

On s’attend ainsi à des hausses massives de chômage dans certains pays : une hausse de près de 25% en France, pour atteindre un taux de près de 10%. Une hausse de près 50% au Portugal, passant de 6.5 à 9%. Malgré des chiffres encourageants en mai, les Etats-Unis sont actuellement à plus de 13% de chômage, près de 4 fois plus qu’au début de l’année. Le Bureau International du Travail prévoit que 25 millions d’emplois pourraient être perdus en 2020.

Les assureurs prévoient aussi des hausses dans les faillites, en France, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Sans compter que la crise économique risque de frapper de plein fouet les pays en développement, dont l’économie est généralement plus fragile : des millions de personnes pourraient perdre leurs moyens de subsistance, y compris ceux qui travaillent dans l’économie informelle dans les pays les moins avancés sur le plan économique.

La crise économique sera donc forte, et globale. Et elle aura nécessairement des conséquences sanitaires.

La crise économique est une crise sanitaire

En effet, il faut bien comprendre que lorsqu’on parle de crise économique, il s’agit en réalité d’une crise dont les ramifications vont bien au-delà des simples indicateurs économiques et financiers. Après tout, l’économie est au coeur de nos sociétés, et lorsque l’économie va mal, ce sont bien souvent l’ensemble des aspects de la vie en société qui se détériorent.

Par exemple, lorsqu’une crise économique survient, on voit bien souvent le chômage augmenter, ainsi que la précarité et la pauvreté. Les populations affectées voient alors leurs conditions de vie se dégrader. Il y a bien-sûr les conséquences immédiates : le stress, l’angoisse pour l’avenir. Mais on observe aussi une myriade de conséquences sanitaires indirectes : la pauvreté augmente les risques de mal-nutrition ou de comportements à risque sur le plan sanitaire (tabagisme, alcoolisme). Les populations pauvres sont bien souvent obligées de reporter des dépenses de santé. Elles sont parfois frappées par le mal-logement ou la précarité énergétique.

Crise économique et bilan sanitaire : une équation difficile

Depuis longtemps, la recherche académique a tenté de quantifier les liens qui existent entre crise économique et conséquences sanitaires. Par exemple, une étude publiée en 2016 dans la revue Current Epidemiology Reports montrait que la crise de 2008 avait eu de nombreuses conséquences sanitaires en Europe : augmentation des suicides, baisse de la santé générale perçue, hausse de la mortalité, baisse de la fertilité…

Ces résultats coïncident avec le corpus scientifique sur le sujet, qui démontre que le chômage augmente le risque de suicide chez les populations actives, ou que le chômage augmente les risques de surpoids ou d’obésité.

D’autres études vont même plus loin, montrant qu’il existe un lien entre la pauvreté (et sa hausse en cas de crise) et les risques de développer un cancer. Une étude publiée dans le journal The Lancet met en évidence que la crise économique de 2008, en fragilisant les systèmes de santé, avait mené à près de 260 000 morts supplémentaires liés au cancer dans le monde.

D’un autre côté, les études montrent aussi qu’en période de crise économique, la mortalité par accidents de la route diminue, ainsi que certaines conséquences sanitaires liées à l’activité économique (accidents industriel, accidents du travail…).

Une crise économique a donc des conséquences sanitaires, en particulier pour les populations les plus fragiles et les plus exposées. Dans le contexte actuel, la crise sanitaire liée au coronavirus s’imbrique avec une autre crise sanitaire, peut-être moins évidente, plus latente, mais tout aussi réelle, celle liée à la contraction économique qui s’annonce suite aux mesures de confinement.

Évaluer les risques sanitaires de la crise de 2020

Si la crise économique de 2020 suit les mêmes logiques que les précédents historiques, alors les conséquences sanitaires globales pourraient être importantes.

Potentiellement, ce sont des dizaines de milliers de suicides, des centaines de milliers de décès prématurés dû au cancer ou à d’autres maladies chroniques qui sont à attendre. Sans parler d’un bilan sanitaire invisible : celui de la lente dégradation de la santé des populations précarisées.

Certains analystes avancent même que la crise sanitaire liée à la crise économique pourrait être pire que la crise sanitaire liée au virus proprement dit.

Bien-entendu, ce type d’affirmations est impossible à faire de façon claire à ce stade. D’abord parce qu’il est pour l’instant difficile d’évaluer les conséquences sanitaires de la crise de 2020, elle même . Une grande partie des impacts sanitaires dépendront de des mesures de prise en charge et de gestion de la crise, et de la capacité de nos systèmes collectifs à minimiser le risque pour les populations fragiles.

Ensuite, parce que les conséquences sanitaires d’une crise économique sont par nature très différentes de celle d’une pandémie. Les effets sont plus subtils, sur du long terme, et leur association avec la crise est plus difficile à faire : il est simple d’affirmer quand on meurt d’une maladie, c’est nettement plus complexe d’affirmer qu’un décès puisse-t-être lié à la dégradation de la situation économique.

Deux crises sanitaires différentes mais réelles

On peut en tout cas déjà anticiper certaines tendances et observer la nature très différente de ces deux crises sanitaires.

L’épidémie de coronavirus a eu des conséquences dramatiques, avec près de 400 000 décès dans le monde à l’heure où l’on parle. Chaque jour, ce sont près de 4 à 5 000 personnes qui continuent de mourir des suites de cette maladie.

La crise sanitaire liée au crash économique, elle, touchera sans doute aussi des centaines de milliers de personnes, mais le bilan ne se fera certainement pas chaque soir à la télévision. Ce seront des conséquences sanitaires lentes, difficiles à observer, liées à la précarisation et à la fragilisation de certaines populations. On ne pourra pas compter les morts comme on le fait avec la Covid-19. Et pourtant, il y en aura très certainement.

Les populations touchées sont aussi très différentes dans les deux cas. Le coronavirus touche surtout des personnes âgées, de plus de 65 ans, fragiles et affectées par des co-morbidités. En Europe, autour de 80% à 85% des victimes ont plus de 70 ans, par exemple.

C’est très différent en ce qui concerne les retombées sanitaires de la crise économique. Dans ce cas, les populations touchées seront plutôt les jeunes (les plus touchés par le chômage), les femmes et les enfants. C’est la population active qui sera en première ligne, mais pas de façon homogène : ce sera d’abord celle qui souffre le plus des variations dans les cycles économiques, donc les plus fragiles et les plus pauvres.

Comment prendre en charge cette crise sanitaire silencieuse ?

L’attention que nous avons mis collectivement à mettre en oeuvre des mesures protectrices contre le coronavirus devra donc perdurer lorsqu’il faudra gérer les conséquences de ces mesures sur le long terme.

Comment allons nous faire en sorte que le déclin économique ne touche pas trop fortement les populations fragiles ? Quelles mesures de redistribution ou d’accompagnement allons nous mettre en oeuvre ? L’effort de relance permettra-t-il aux populations de conserver des niveaux de vie décents, à même de leur permettre de préserver correctement leur santé ?

Ce sont toutes ces questions qu’il faudra avoir à l’esprit pour les prochains mois. Car même si cela sera moins visible et moins direct, les plus dur sur le plan sanitaire est peut-être à venir.

Photo par Dimitar Belchev sur Unsplash

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