De plus en plus de consommateurs cherchent à adopter une alimentation plus locale : consommer en circuits courts, acheter français, acheter régional. Derrière cette tendance, plusieurs raisons : les consommateurs veulent protéger leur santé, mais aussi protéger la planète. Le problème, c’est que consommer local n’est pas toujours écolo ! Explications.

L’alimentation est en pleine révolution. De plus en plus de consommateurs cherchent à redéfinir la façon dont ils se nourrissent pour être à la fois plus écolo, plus responsable, en meilleure santé… Par exemple, de nouveaux circuits de distribution se développent pour proposer des produits alimentaires alternatifs à ce qu’on trouve en grande surface : plus de produits écolo, plus de produits locaux.

Le « consommer local » devient d’ailleurs une vraie tendance auprès de certains consommateurs, qui se fournissent de plus en plus chez les producteurs régionaux, qui achètent uniquement du made in France. Bien souvent, l’argument de ces consommateurs est le suivant : consommer local, c’est bon pour la planète. Le problème, c’est que cette déclaration est loin d’être toujours vraie.

Consommer local, c’est consommer écologique ?

Avant toute chose, il faut préciser que d’une manière générale, consommer local est souvent plus écologique. Lorsque l’on consomme un aliment produit localement, on évite de nombreuses pollutions inutiles : le transport notamment mais aussi la conservation. Si un produit a fait le tour du monde avant d’atterrir dans votre assiette, il y a de grande chance qu’il ait émis pas mal de CO2 sur le chemin, en étant transporté par avion, par cargo ou par camion. Par exemple, si l’on consomme 1 kg de carottes cultivées en Afrique du Sud, leur transport jusqu’à la France a émis environ 5 kg de CO2.

En plus de cela, il faut compter qu’à chaque fois que nous achetons un produit cultivé loin, ou à l’étranger, nous contribuons dans notre pays à l’augmentation du trafic routier (les camions de transport sur les routes), donc à la pollution de l’air aux particules fines, aux embouteillages, aux risques d’accidents de la route…

D’une manière générale, éviter de consommer des produits cultivés à l’étranger est donc une bonne manière de consommer un peu plus écolo. Mais ce n’est pas toujours le cas ! Comme toujours en matière environnementale, les choses sont parfois plus complexes qu’elles ne paraissent.

Pourquoi consommer local est parfois plus polluant ?

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Si le transport des produits que nous consommons génère des pollutions, il n’est pas la première source de pollution liée à ces produits. En moyenne, le transport ne représente ainsi qu’environ 11% des émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation de produits alimentaires (7% pour le transport des matières premières et consommations intermédiaires durant la phase de production, et 4% pour le transport du producteur jusqu’au magasin). Cela signifie que transporter un aliment de son lieu de culture jusqu’au lieu de vente (ce à quoi on pense souvent lorsque l’on parle des produits importés) ne représente que 7% des émissions de gaz à effet de serre causées par cette banane.

Alors qu’est-ce qui cause la majorité des gaz à effet de serre liés à ce produit ? C’est la production : la gestion de la culture de l’aliment, l’énergie utilisée pour faire produire cet aliment, récolter, les intrants utilisés pour fertiliser ou repousser les insectes, et toutes les pollutions diverses qui ont lieu pendant la production. Cette phase de production représente à elle seule environ 83% des impacts écologique en moyenne pour un aliment. Si l’on veut réellement consommer de façon plus écologique, il faut donc regarder la culture du produit plutôt que son transport. Or pour certains produits alimentaires, les productions étrangères peuvent être plus écologiques que les productions locales.

Par exemple, une étude suédoise a montré que du point de vue de l’empreinte carbone, un suédois fait mieux d’acheter des tomates espagnoles que des tomates locales, cultivées en Suède ou dans le nord de l’Europe (près de la Suède). En effet, les tomates nordiques ont une empreinte carbone jusqu’à 7 fois supérieure : 0.8kg de CO2 émis par kg de tomate espagnole contre 5.3 kg de CO2 par kg de tomate danoise, ou 3.9kg de CO2 pour la tomate locale, suédoise. La raison de cette différence est simple : il est beaucoup plus difficile de faire pousser des tomates en Suède ou au Danemark qu’en Espagne. Cela nécessite plus d’énergie, plus d’eau, plus d’engrais (même lorsqu’ils sont bio). Finalement, même s’il faut transporter les tomates espagnoles jusqu’en Suède, elles restent beaucoup plus écologiques pour les Suédois que les tomates locales (à condition bien sûr que le transport se fasse par la route ou par bateau, mais pas par avion). De la même façon, Bastamag expliquait dans un de ses articles que les tomates bretonnes polluaient bien plus que la plupart des tomates espagnoles ou marocaines.

Une autre étude montrait que les fraises espagnoles étaient plus écologiques par exemple que les fraises cultivées en Grande Bretagne. En fait, les fraises espagnoles auraient l’empreinte carbone la plus faible en Europe. On le comprend facilement : le climat ensoleillé de l’Espagne en fait un lieu plus propice à la culture des fraises que la France, l’Angleterre ou l’Allemagne. Même chose pour de nombreux fruits et légumes qui, même s’ils poussent parfois en France, pousseraient bien plus facilement à l’étranger, pour un meilleur bilan écologique final (tomates et autres légumes du soleil)… Dans ce cas, du point de vue de l’empreinte carbone, il vaut mieux importer que de consommer local ! En fait, à mode de production identique, un légume produit dans un climat plus favorable sera tout simplement plus écologique, même s’il est importé !

Une étude approfondie menée sous ordre de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), montrait également que globalement, en ajoutant le transport des consommateurs aux émissions liées à la production, les circuits courts étaient loin d’être toujours les plus écologiques. Cela dit, il faut comparer ce qui est comparable, et le faire en gardant en tête les multiples aspects de l’impact écologique d’un produit. Ainsi, si les tomates espagnoles ont une faible empreinte carbone, elles peuvent avoir une forte empreinte environnementale si elles sont cultivées via des méthodes de monoculture très intensive, à grands coups de pesticides.

Environnement et circuits courts : une question de bon sens

circuits courts ecologie environnementPour cette raison, il n’est pas toujours plus écologique de consommer local. Certains fruits ou légumes ne sont pas adaptés à la culture en France, et il est donc préférable du point de vue écologique de consommer ces produits importés. Ainsi, on n’imaginerait pas consommer des ananas produits localement en Bretagne, à Paris ou à Lille, tout simplement car il faudrait être capable de les maintenir dans des environnements constamment au dessus de 10°C (donc sous serre chauffée tout l’hiver).

Finalement, savoir si consommer local est plus écologique ou non est une question de bon sens. Si l’on consomme des produits endémiques, adaptés à l’écosystème local et à la saison, il faut les consommer localement. En revanche, si l’on souhaite consommer des produits nécessitant des conditions de production difficiles à obtenir en France, il vaut mieux consommer des produits étrangers : des noisettes italiennes, des pistaches d’Iran, des citrons de Sicile et même les fraises d’Espagne ou les tomates italiennes… Mais là encore, les choses sont parfois complexes : si le produit a été importé par avion, son empreinte peut augmenter de façon très importante. Il faut donc privilégier des produits importés par bateau/cargo (le mode de transport le plus écologique). Beaucoup de fruits et légumes fragiles sont souvent importés par avion malheureusement : certains avocats, mangues, ananas, ou encore asperges, mais aussi des denrées comme le poisson (lorsqu’il n’est pas congelé).

Dans certains cas, il faut aussi faire attention aux conditions de production : certains pays n’ont pas les mêmes standards de production qu’en Europe et peuvent par exemple utiliser des antibiotiques qui ne sont pas approuvés par nos agences de réglementation sanitaire. Mais généralement, ces produits sont arrêtés par les contrôles aux importations. Aussi, il ne faut pas oublier que certains pays refusent parfois également les produits français : c’est le cas des Etats-Unis d’Amérique, avec nos fromages non pasteurisés !

En tout cas, alors que consommer local est le plus souvent une bonne idée écologiquement pour les aliments adaptés à nos écosystèmes, si l’on souhaite consommer des produits plus exotiques, il vaut mieux choisir l’importé, par bateau. Mais bien sûr, ce n’est qu’une variable : on peut aussi consommer local pour soutenir l’économie régionale, pour soutenir une certaine vision du monde du travail (les normes de travail ne sont pas les mêmes en France et en Espagne par exemple), ou pour soutenir l’emploi local.

Mais pour être encore plus écolo, la solution est simple : ne consommer que des produits qui sont adaptés à votre terroir régional et à la saison ! Les régions françaises produisent historiquement de très bons fruits et légumes, des viandes reconnues, mais aussi des fromages. Le mieux reste donc de se fournir auprès d’agriculteurs locaux, qui produisent des variétés endémiques, adaptées à leur terroir, et de saison. Et si en plus ça peut être bio… tant mieux ! Mais n’espérez pas y trouver des mangues ou des litchis !

[box]Sources :

Shrink that Footprint, The tricky truth about food miles, 2015

DEFRA,The Validity of Food Miles as an Indicator of Sustainable Development, Juillet 2005

ATTAC, La balade des produits, les conséquences, basé sur le rapport DEFRA, 2006

Annika Carlson, Greenhouse gaz emissions in the life cycle of carrots and tomatoes, Department of environmental and energy system studies, Université de Lund, 1997

Leo Hickman, Are British or imported strawberries worse for my carbon footprint?, The Guardian, 2010

Manuela Mordini Dr. Thomas Nemecek Dr. Gérard Gaillard, Carbon & Water Footprint of Oranges and Strawberries A Literature Review, Agroscope Reckenholz-Tänikon Research Station ART, Federal Department of Economic Affairs FDEA, 2009

ADEME, Les circuits courts maraîchers de proximité et la lutte contre le changement climatique, menée par SOLAGRO et TERCIA, 2011

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