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Comprendre la crise de la biodiversité : les bases

Valentine Ambert - Rédactrice - Youmatter

Rédactrice pour Youmatter. Formée à Sciences Po Lyon, spécialisée sur les enjeux de développement en Afrique subsaharienne contemporaine et investie dans les secteurs de la RSE, du progrès social et de la transition écologique.

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Qu’est-ce que la crise de la biodiversité ? D’où vient-elle ? Que faire face à elle ? On vous explique les bases pour mieux appréhender les enjeux de l’érosion de la biodiversité.

Depuis quelques décennies, on parle de plus en plus de la crise de la biodiversité. Les scientifiques alertent depuis des années de l’effondrement de la biodiversité et de la disparition de plus en plus inquiétante des espèces vivantes. Les insectes, les mammifères, mais aussi les oiseaux, les amphibiens, les animaux marins disparaissent ou sont menacées, au point que l’on parle désormais de 6ème Extinction de masse.

Mais alors, qu’est-ce que la crise de la biodiversité au juste ? Quelles sont les causes de la disparition de la biodiversité ? Comment y faire face ? Décryptage des impacts des activités humaines sur la biodiversité, et des solutions proposées par l’IPBES pour stopper ce déclin.

Biodiversité : de quoi parle-t-on ?

Avant de parler des chiffres et des conséquences de la crise de la biodiversité, il faut déjà comprendre de quoi on parle.

Une triple biodiversité

La biodiversité désigne la diversité des êtres vivants (micro-organismes, végétaux, animaux) ainsi que les écosystèmes dans lesquels ils vivent. Cela renvoie également aux interactions des espèces entre elles et avec leurs milieux. La notion de biodiversité recouvre trois niveaux d’analyse :

  • la diversité génétique : c’est la pluralité des individus au sein d’une même espèce
  • la diversité spécifique : il s’agit ici de la diversité observée entre les espèces
  • la diversité écosystémique : cela renvoie aux différents milieux naturels

Quand on parle de crise de la biodiversité, on parle donc d’une pression exercée sur 3 niveaux : les individus, les espèces, les écosystèmes. Le phénomène que l’on a souvent tendance à résumer à la disparition de certaines espèces comme les pandas ou les ours polaires, est donc bien plus large. La crise de la biodiversité, c’est à la fois la disparition de certaines espèces, les pertes de population au sein de ces espèces, l’érosion de la diversité génétique au sein de ces espèces, la dégradation des habitats de ces espèces et tous les phénomènes afférents à ce déclin général.

Pourquoi la biodiversité est utile ? À quoi sert-elle ?

La biodiversité répond aux besoins primaires de l’Homme, en apportant de l’oxugène, de la nourriture et de l’eau potable, mais elle permet également le développement des activités humaines, en fournissant des matières premières notamment. De manière plus générale, les apports de la nature à l’Homme peuvent être répartis en 3 grandes catégories :

  • la régulation : la pollinisation par les insectes qui permet la dispersion des graines par exemple, ou encore la qualité de l’air
  • l’apport de biens matériels : les fruits, légumes, céréales que l’on peut utiliser pour se nourrir par exemple, les ressources naturelles en général
  • l’apport de biens immatériels : du bien-être par exemple

La contribution des organismes au renouvellement des sols en agriculture, du pavot que l’on retrouve dans la morphine dans le milieu médical, des océans comme puits de carbone permettant de réguler le climat : ces quelques exemples démontrent le caractère primordial de la biodiversité.

Les activités humaines, responsables de l’érosion de la biodiversité

En 2019, le rapport de l’IPBES (la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) a fait la synthèse de plus de 15 000 publications sur le sujet pour donner à voir la gravité de la situation, et inciter à une prise de conscience collective et la mise en place d’actions concrètes. Cet organe, sorte de pendant du GIEC pour la biodiversité fait référence sur l’étude de la crise de la biodiversité, et son constat est sans appel :

« Au total, 75% de la surface terrestre est altérée de manière significative, 66% des océans subissent des incidences cumulatives de plus en plus importantes et plus de 85% de la surface des zones humides ont disparu« , souligne le rapport.

Pour produire notre énergie, nos biens de consommation, notre alimentation, nous exploitons les écosystèmes. Nous surexploitons de plus en plus les biens matériels que la nature nous offre, et cela entraîne une dégradation des propriétés de régulation des écosystèmes, ainsi que de ses bienfaits immatériels. Les effets de la dégradation de la biodiversité se font d’ailleurs déjà sentir. En effet, le rythme des changements globaux survenus dans la nature au cours des 50 dernières années d’une ampleur inédite dans l’histoire de l’humanité insistent les auteurs.

Par exemple, selon l’IPBES, « la dégradation des terres a entraîné une réduction de la productivité agricole sur 23% de la surface émergée du globe et des déficits de récolte d’une valeur comprise entre 235 et 577 milliards de dollars risquent de se produire chaque année en raison de la disparition des pollinisateurs. »

Les facteurs directs du déclin de la biodiversité

Les 150 experts mondiaux de l’IPBES mobilisés sur le projet ont identifié 5 grands facteurs qui influent sur la diversité biologique, parmi les activités humaines.

1) L’utilisation des terres et des mers

L’agriculture, la déforestation mais aussi l’expansion urbaine ont un point commun : ces pratiques contribuent à la destruction des habitats, menaçant ainsi la survie de nombreuses espèces. Pour donner quelques chiffres, la culture et l’élevage utilisent à eux seuls 1/3 des sols et 3/4 des réserves en eau douce. Par ailleurs, les surfaces urbanisées ont doublé depuis 1992.

2) L’exploitation directe

L’exploitation directe des organismes a des conséquences importantes sur leur population. La surpêche est l’exemple le plus flagrant. Parmi le stock mondial de poissons, seulement 7% sont exploités en-dessous du seuil durable. 60% le sont au niveau durable maximum, et pour 33%, on fait de la surexploitation. C’est un facteur qui contribue à la diminution de la biodiversité marine.

3) Les effets du changement climatique

Les différents rapports du GIEC le montrent : les activités humaines réchauffent l’atmosphère. Depuis 1980, les émissions de gaz à effet de serre ont doublé, entraînant une hausse des températures mondiales moyennes d’au moins 0,7°C. Or, ces changements climatiques surviennent à une vitesse telle que les organismes vivants n’ont pas le temps de s’adapter. L’activité humaine menace ainsi un nombre d’espèces sans précédent : « en moyenne, 25% des espèces appartenant aux groupes d’animaux et de végétaux évalués sont menacés, ce qui suggère qu’environ 1 million d’espèces sont déjà menacées d’extinction ». Leur survie dépendra de leur capacité à se disperser, à retrouver des conditions climatiques favorables et à préserver leurs facultés d’évolution.

Il faut également voir que la biomasse (plantes, planctons, etc) diminue face aux changements climatiques, or ces organismes sont à la base de la chaîne alimentaire. On comprend donc le caractère systémique du problème.

4) Les pollutions

L’utilisation excessive ou inadaptée d’engrais, la pollution plastique ou encore le rejet de métaux lourds dans la nature contribuent à polluer l’eau, l’air et les sols.

La pollution des mers par les plastiques a été multipliée par 10, tandis que plus de 80% des eaux usées mondiales sont rejetées dans l’environnement sans avoir été traitées, toujours selon la même étude.

5) Les espèces invasives

Enfin, près du cinquième de la surface terrestre est menacé par des invasions animales et végétales nuisibles. Le taux d’introduction de nouvelles espèces exotiques envahissantes s’est accentué avec le transport longue distance de personnes et de marchandises. La présence de ces espèces exotiques envahissantes ont des conséquences graves sur la biodiversité.

Ces cinq facteurs directs découlent d’un ensemble de causes sous-jacentes, que l’on regroupe dans la catégorie des facteurs indirects de changement. Nos valeurs sociales et les comportements incluant les modes de production et de consommation, la dynamique et les tendances démographiques, le commerce, les innovations technologiques et la gouvernance depuis le niveau local jusqu’au niveau mondial font partie de ces facteurs déterminants. Par ailleurs, la cadence des changements des facteurs directs et indirects diffère selon les régions et les pays.

Que faire face à l’érosion de la biodiversité ?

Dans ce contexte, seul un changement structurel en profondeur de notre système est nécessaire. Sans inflexion des stratégies de préservation, la dégradation de la nature se poursuivra, avec une perte importante des contributions régulatrices de la biodiversité, au profit d’une exploitation toujours plus grande et non durable des contributions matérielles.

Or ni l’innovation technologique, ni la compensation écologique ne peuvent remplacer intégralement les contributions de la nature. Outre le fait que l’invention et/ou la mise en place de ces substituts soit coûteuse et technique (des usines pour filtrer l’eau des océans et la rendre potable par exemple), elles sont imparfaites face aux avantages assurés par la nature.

Les experts de l’IPBES insistent sur 5 grands types d’intervention pour produire des changements en profondeur :

  • Prendre en considération les contributions de la nature aux populations dans les mesures d’incitation économique
    Aujourd’hui, les mesures d’incitation économique favorisent généralement une expansion de l’activité économique au détriment de l’environnement. S’orienter vers la gestion durable des terres et des mers passe par la suppression des subventions nuisibles à l’environnement, des incitations aux pratiques souhaitables mais aussi par une augmentation du budget dédié à la conservation de la nature.
  • Encourager la coopération entre les secteurs
    En adoptant une approche systémique, on faciliterait la gestion des problèmes. Par exemple, les problèmes de surexploitation maritime impliquent un niveau local, national et international, et doivent prendre en compte tous les facteurs simultanément : surpêche, pollution, espèces invasives, changement climatique, destruction des habitats…
  • Renforcer le droit de l’environnement et son application
    Il s’agit de renforcer les lois et de veiller à leur mise en oeuvre, mais aussi de renforcer l’état de droit en général : un partage équitable des ressources, la réduction des inégalités, le respect des droits de l’Homme.
  • Faire de la prévention, notamment auprès des entreprises et institutions de réglementation
    Cela permet de traiter le problème en amont plutôt que d’avoir à réagir aux dégâts causés.
  • Favoriser une multitude de réponses dans un contexte de résilience et d’incertitude
    On ne peut pas apporter une même solution à un problème, elle doit être adaptée aux pays et aux niveaux de richesse. On aura donc des réponses multiples prenant en compte l’aspect évolutif, diversifié et local du problème.

La prise en compte de la biodiversité dans les décisions mondiales quel que soit le secteur est impérative au vu de l’importance qu’elle joue. Les constats soulevés par l’IPBES montrent que la croissance de nos sociétés sur les dernières décennies s’est faite au détriment de la nature. Il apparait clair à travers cette étude que la pérennité de l’humanité passe par le respect et la protection du vivant et de sa diversité.

Malgré tout, la prise en compte de la crise de la biodiversité dans la gouvernance mondiale prend du retard. En 2010, les 190 pays membres de la Convention sur la diversité biologique (CDB) de l’ONU s’étaient fixé 20 objectifs afin de préserver la biodiversité. Ce sont les objectifs d’Aichi. 10 ans plus tard, la CDB dresse le bilan : seulement 6 objectifs ont été atteints partiellement et aucun ne l’a été totalement. En cause : le manque de moyens mis en oeuvre (seulement 9 milliards de dollars par an) et la non-transcription de ces objectifs internationaux au niveau des pays.

Le taux de déforestation n’a ralenti que d’un tiers et accélère de nouveau dans certaines régions tandis que la surpêche concerne toujours un tiers des stocks de poissons. Bref, la CDB constate que nous sommes encore loin du but et « dans l’ensemble, peu de progrès ont été accomplis ». Comme avec la crise climatique, il faut donc d’urgence inverser la tendance et organiser un vrai changement structurel.

Photo by Scotty Turner on Unsplash

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