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Economie collaborative

L’Économie Collaborative est-elle la prochaine Révolution Industrielle ?

Clément Fournier - Rédacteur en chef

Youmatter

Formé à Sciences Po Bordeaux et à l'École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

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La nécessité d’un développement plus durable est désormais une évidence aussi bien pour les entreprises que pour la société. L’économie collaborative propose un modèle de production et de consommation basé sur le partage qui pourrait bien permettre cette transition. Assiste-t-on à la naissance de la prochaine révolution industrielle ? 

La tragédie des communs décrite par Garrett Hardin est aujourd’hui une réalité. Nous produisons et consommons des quantités tellement importantes de biens de consommation que les ressources viennent à manquer, et que l’environnement naturel est profondément déséquilibré par nos activités. Et surtout, nous sommes loin d’être efficients dans nos modes de consommation.

Un exemple ? En Europe, on dénombre entre 5 et 7 voitures pour 10 habitants… et ces voitures sont à l’arrêt 89% du temps. Quand elles roulent, c’est souvent pour transporter une seule personne. Trop de voitures, trop peu utilisées et trop mal utilisées, laisse un immense potentiel non exploité.

C’est sur la base de ce constat que se sont développées récemment les entreprises les plus dynamiques dans le secteur de la mobilité. Uber, Blablacar ou Koolicar par exemple, proposent chacune à leur manière une façon d’utiliser ce potentiel, en partageant les véhicules existants pour nos transports.

C’est ce que l’on appelle l’économie collaborative : au lieu de consommer chaque produit de façon individuelle, l’idée est de partager l’utilisation, de mutualiser les produits, les infrastructures et les plateformes, pour une économie basée sur le partage.

Ce qui peut sonner comme une utopie bienveillante digne de Robert Owen est pourtant une réalité économique, non seulement très concrète, mais surtout très dynamique.

Le marché mondial de l’économie collaborative devrait connaître une croissance de 2100% d’ici 2025

Outre sa voiture, on peut aujourd’hui partager son logement (Aibnb), louer ses vêtements (Poshmark)… Plus étonnant, on peut partager son wifi (Fon) et même l’énergie solaire (Yeloha).

Bref, l’économie collaborative est en plein développement, et PwC estime que le marché mondial pourrait croître de 2100 % dans les 10 prochaines années. Vous avez bien lu : le marché qui représente déjà 15 milliards de dollars aujourd’hui pourrait multiplier sa valeur par plus de 20 et atteindre 335 milliards en 2025.

Cela représente plus de 25% de croissance annuelle. Certains secteurs comme la finance collaborative sont appelés à croître de plus de 60% par an. L’économie collaborative semble donc devenir le nouveau business model qui fonctionne. La preuve ? Le succès du festival OuiShare Fest à Paris qui rassemblait les acteurs de l’économie collaborative avec plus de 180 intervenants et 50 nationalités représentées.

Les millenials et le big data mènent l’expansion de l’économie collaborative

Rien d’étonnant à y regarder de plus près : l’économie collaborative est en train de trouver dans les nouvelles technologies, un formidable vecteur de diffusion. La génération des millenials, acquise à une gestion instantanée et digitale des choses n’a aucun problème à utiliser son smartphone, la localisation GPS et les algorithmes des nouvelles applis afin de trouver tout de suite un produit ou un service à louer, qu’il soit offert par une entreprise ou par un particulier.

Grâce à cette nouvelle tendance de l’économie collaborative, il y a une réelle opportunité pour notre modèle économique d’évoluer. On peut y voir un moyen de transformer un peu de notre nature consumériste pour la rendre plus durable, en offrant à chaque produit plusieurs vies et en mutualisant les services.

Comment réguler l’économie collaborative ?

S’il y a lieu d’être enthousiaste, il ne faut pas être aveugle face aux problèmes posés par l’économie collaborative. La polémique d’Uber l’illustre d’ailleurs parfaitement. Il est clair que si un particulier et une entreprise offrent chacun un même service, l’entreprise qui paye des taxes sur son activité et est régulée par la loi n’est plus compétitive face au particulier qui n’a qu’à déposer une annonce sur son téléphone. L’économie collaborative porte en elle certains questionnements comme comment partager la valeur, comment s’articuler aux organisations et entreprises qui ne partagent pas leur modèle ou comment gérer la notion de travail et de précarité ?

Pour ces raisons, il faut une régulation intelligente de l’économie collaborativeAmsterdam par exemple a récemment légiféré sur la question d’AirBnb, en encadrant la pratique du partage de logement. Il est désormais interdit de « partager » son logement plus de 2 mois par an, ce qui reviendrait de fait à gérer un véritable hôtel.

Si les gouvernements sont capables de proposer de telles régulations sans tuer l’innovation profonde qui se cache dans le modèle de l’économie collaborative, il y a là la base d’un véritable changement de paradigme économique.

Les entreprises sauront-elles se saisir de ce changement ? Possible : lors du Business Climate Summit, Xavier Huillard, PDG de Vinci décrivait comment il était possible de mutualiser l’utilisation des bâtiments des entreprises, par exemple en les louant à bas prix aux heures où ils sont vides.

L’économie collaborative… une idée qui permettrait au business d’être plus responsable sans perdre de vue ses profits.

Crédit image : Collaboration sur Shutterstock

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Commentaires

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  • coolargol
    Collaboratif c'est bien vite dit...ça n'est que du commerce via internet...tant qu'il y a échange de s'un service contre de l'argent il n ' y a pas grand chose de collaboratif...pour moi l'économie "collaborative" doit être "démonétisé"...L'économie présenté ici, n'est que de l'esclavagisme des temps modernes..ou l'homme devient "tacheron" sans qu'on lui permette de mettre de coté de quoi "épargner" pour sa santé, ses congés, sa retraite..c'est même l'inverse, car ne cotisant à RIEN, il ne collabore à RIEN...si ce n'est à l'enrichissement des plate-formes ''collaborative"...
  • Thierry Curty
    Sauf que l'économie collaborative, ce n'est pas la plupart des entreprises décrites dans l'article. Ca, ce sont des entreprises ultra capitalistes néo-libérales qui surfent sur la vague de ce que j'appelle le "collabwashing". En réalité, ces entreprises partagent bel et bien : elles, prennent l'argent et leurs clients fournissent de quoi l'encaisser. ...Il y a plus équitable... http://thierrycurty.fr/economie-partagee-pas-encore-positive/
  • Laëtitia
    +1 ! Retrouvez un autre article qui propose un angle éditorial différent sur la consommation collaborative, entre dérives et solutions : http://cobanking.fr/consommati...
  • Abriko
    Je ne vois pas en quoi Uber est plus collaboratif que le taxi classique. Uber, c'est le taxi en version précaire. Je suis d'avis que les taxis doivent évoluer, mais avec une application comme celle d'Uber les taxi G7 feraient partis de l'économie collaborative? Qu'en est il de VTC? Faut il absolument travailler au noir pour faire partie de l'économie collaborative? Beaucoup de question en effet. Chez AirBnB, la recette contient une grosse dose de sens dans le fait que les touristes ne veulent plus aller dans les hôtels formatés mais chez l'habitant. Chez Uber, il n'y a rien de nouveau! Uber est un contre exemple à ne pas suivre.
    • Clément Fournier
      Je suis d'accord, Uber en soi n'est pas l'exemple le plus collaboratif que l'on puisse citer. Mais UberPop ou UberPool sont des services d'Uber qui portent déjà plus clairement les notions de partage et de collaboration. Comme je l'écris dans l'article, la polémique autour d'Uber est surtout intéressante car elle est symptomatique de questionnements plus larges autour de l'économie collaborative : le devenir de la notion de travail et la question de la précarité, le problème du partage de la valeur... un avis là-dessus ?
      • Abriko
        Je pense qu'il n'est pas question de notion de "travail" mais de "statut". Le travail lui est le même, c'est le lien qui change, le vecteur de recrutement, la solution de partage etc. Le statut lui est le nerf de la guerre. Le coeur même de l'opposition droite-gauche. Le statut nous protège, nous accompagne, nous soigne, nous sécurise, nous envoie à la retraite. Quel statut dans une économie collaborative?
        • Clément Fournier
          C'est bien le problème justement, l'économie collaborative tend à détruire le statut du travailleur et ça fait partie des raisons qui me font penser qu'une régulation est indispensable. A ce sujet je ne sais pas si vous avez entendu parler de Wonolo qui fonctionne sur le principe de "workers on-demand", mais ça illustre parfaitement le problème de la précarisation du travail dans l'économie collaborative. Pour plus d'infos sur Wonolo : http://www.newrepublic.com/article/120378/wonolo-temp-worker-app-shows-scary-future-sharing-economy
          • Abriko
            Moi qui croyez qu'il faudrait attendre quelques temps avant que ce genre de truc commence :/ Une certaine économie considérée comme collaborative est simplement le systême D généralisé et mis en routine grâce aux nouveaux outils technologique.
            • Dominique Cuppens
              Oui tout a fait d'accord avec Abriko. Blablacar est l'informatisation de l'auto-stop avec un service connu à l'avance, une contribution établie aux frais, et un réseau social qui donne les éléments de confiance. Comment réguler effectivement un système qui écolo-économiquement parlant est imbattable, car valorisant marginalement un investissement déjà fait, et qui plus est fournissant souvent une offre large de grande qualité ? A partir du moment où cette économie va représenter plus de 10% de notre PIB (de façon visible ce qui est aussi une bonne nouvelle) il va falloir remettre à plat notre fiscalité, nos législations et règlements, et nos régulations pour que cela puisse être une contribution économique comme une autre; afin que tout à chacun puisse intégrer cela simplement et en parfaite équité dans ses sources de revenu de plus en plus diverses. Sans oublier les parents au foyer, etc. Beau et vaste chantier. Et les économies "classiques" vont devoir s'adapter et véritablement satisfaire leurs clients et devenir lean (ainsi que les Etats, voir supra) : une autre très bonne nouvelle, même si la transition va être difficile ?