Enfants et écrans, un juste équilibre à trouver

Florentin Roy - Journaliste spécialisé sur la transition écologique et sociale

Florentin est journaliste spécialisé sur la transition écologique et sociale ainsi que sur ses implications politiques. Passé par les rédactions de Sciences et Avenir et Socialter, il contribue à Youmatter depuis 2022.

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Considérés par certains comme les responsables de nombreux maux, les écrans sont pourtant des dispositifs d’apprentissage et de développement efficaces pour les enfants. Quels sont les réels risques ? Quels sont les enjeux ? Youmatter se plonge dans cette relation complexe entre enfance et usage des écrans.

Les frères Lumière proposent dès 1895 la première projection gratuite sur grand écran. Une passion de l’humain pour la représentation, l’image, la projection qui aboutira au déploiement d’une véritable culture de l’écran.

D’abord réservé à un nombre très restreint de foyers – on ne compte que 3794 postes de télévision en 1950 – les écrans se sont aujourd’hui déployés dans l’ensemble des sphères sociales, à toutes les échelles, et pour tous les usages. 

Smartphones, tablettes, télévisions, consoles de jeu, ordinateurs, dès le plus jeune âge les individus sont soumis à une omniprésence des écrans. Un foyer français possède en 2021 plus de 5 écrans en moyenne. Alors, quelles conséquences cette exposition aux écrans peut-elle avoir sur les jeunes ? Est-ce plutôt négatif ou plutôt positif ? Et comment trouver le bon équilibre ? On tente d’y voir plus clair.

La surexposition aux écrans, un problème pour les enfants ?

Une exposition trop élevée aux écrans pourrait être associée à certains risques pour les jeunes, et en particulier pour les enfants. Le premier risque de ces risques, tant sur le plan physique que psychologique, c’est la sédentarité.

Tout temps passé devant les écrans est un temps sédentaire, et un temps perdu pour d’autres activités de développement – sports, sorties culturelles, contacts sociaux… Or, la littérature scientifique démontre depuis longtemps que la sédentarité durant l’enfance et l’adolescence est un facteur favorisant le surpoids et l’obésité, les problèmes métaboliques ou articulaires. Selon l’Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale (Anses), la sédentarité induite notamment par l’usage prolongé des écrans représente un vrai risque sanitaire pour les enfants en France. 49 % des jeunes de 11 à 17 ans présenteraient des risques élevés, « soit plus de 4h30 de temps écran journalier et/ou moins de 20 minutes d’activité physique par jour ».

L’utilisation prolongée des écrans pourrait aussi avoir des conséquences sur la santé oculaire et la vision des jeunes : myopie, déficit de vision binoculaire, etc. Elle pourrait aussi avoir des répercussions négatives sur le sommeil, de l’enfance à l’adolescence. « L’usage des médias, quel que soit le média, que ce soit juste avant de dormir, mais aussi un usage journalier >2h après l’école sur chaque support ou 4h en tout, entraîne significativement une latence d’endormissement ≥ 60 min et un déficit en sommeil ≥ 2h », indique le Haut Conseil de la Santé Publique

L’usage prolongé des écrans aurait aussi un lien avec certains problèmes psychologiques. Une étude a par exemple démontré qu’un temps d’écran supérieur à 2-3 heures par jour serait associé à une qualité de vie et une santé mentale dégradée chez les adolescents. D’autres études font le lien entre dépression et temps d’utilisation des écrans. Plusieurs raisons pourraient expliquer ces liens :

  • un phénomène de déplacement (le temps d’écran empêche de s’adonner à des activités plus saines, comme les contact sociaux),
  • un phénomène de comparaison sociale (les écrans exposent les jeunes à des stéréotypes sociaux qui peuvent affecter l’estime de soi)
  • ou un phénomène de renforcement (l’usage des écrans tendrait à exposer les usagers à des contenus qui renforcent leur mal-être, notamment à cause des algorithmes)
  • mais aussi : la perturbation des cycles du sommeil, la fatigue chronique liée à la lumière des écrans, etc.

Il est aussi possible que la relation ait lieu dans l’autre sens, c’est-à-dire que les enfants en situation dde mal-être tendent à utiliser plus souvent les écrans. En tout cas, et même si certaines études estiment que le risque pour la santé mentale de l’usage des écrans est faible, il ne peut être écarté totalement. Comme toute activité l’usage des écrans en excès peut donc avoir des conséquences physiques et mentales négatives.

De la corrélation à la causalité

Toutefois, rien dans la littérature scientifique n’indique que les écrans soient un danger majeur pour les jeunes et certaines craintes présentes dans l’espace public semble plus ou moins infondées. Si certaines discours médiatiques ont participé à brouiller la bonne compréhension d’un sujet aussi complexe, et ont attisé, consciemment ou par maladresse, des craintes sur des prétendues conséquences néfastes des écrans sur la santé et le développement des enfants, il convier de rester nuancé.

Par exemple : de nombreuses voix ont mis en garde contre les conséquences des jeux vidéo violents sur les jeunes joueurs et joueuses. En 2018, l’ancien Président des Etats-Unis Donald Trump avait tenté de faire porter le chapeau de la tuerie de Parkland (Florida) au secteur vidéoludique. La violence montrée à l’écran, notamment dans le jeu de guerre Call of Duty, aurait motivé le tueur à passer à l’acte.

Or, il n’existe pas aujourd’hui de consensus dans la communauté scientifique sur cette question. Aucune étude ne permet d’établir avec certitude un lien de causalité entre un jeu vidéo violent et des comportements agressifs. Certains enfants jouant aux jeux vidéo violents ont des comportements brutaux, c’est une corrélation qui peut être faite. Mais cela ne veut pas dire que le jeu vidéo est responsable de cette violence.

Dans son analyse des données scientifiques sur les effets de l’exposition des enfants et des jeunes aux écrans, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) souligne différentes conclusions sur le sujet : « Bien qu’une majorité de chercheurs aient plaidé en faveur d’une telle association (jeux vidéo violents et agressivité), d’autres prétendent que les preuves existantes étaient erronées à de nombreux égards, peut-on lire dans le rapport, plus que la violence des jeux, l’interaction entre cette violence et la compétition qu’ils instaurent serait prédicteur de l’agressivité des jeunes joueurs ».

En matière de développement cognitif, là aussi, le consensus scientifique est difficile à établir. Contrairement à ce que l’on a beaucoup entendu dans les média, il n’existe pas de preuve démontrant que l’usage des écrans serait lié à une baisse du QI ou de l’intelligence ou des capacités motrices chez les enfants. Le HCSP souligne par exemple que « certains travaux observent des effets négatifs sur l’acquisition du langage alors que d’autres notent des améliorations des apprentissages« . Ou encore que les travaux scientifiques distinguent différents types d’usage des écrans, qui « ne semblent pas engendrer les mêmes effets sur le développement moteur et cognitif des jeunes enfants« . Certaines études montrent que l’usage des écrans ou des jeux vidéos peut être bénéfique pour certains apprentissages, d’autres que l’excès d’écran peut être négatif.

L’exposition des enfants aux écrans est, in fine, à étudier au cas par cas, tant sur les conséquences que sur le type d’écran utilisé (télévision; ordinateur; console).

L’écran n’est pas le seul facteur 

Un autre point d’accroche dans l’espace médiatique concerne notamment les répercussions des écrans sur les résultats scolaires. Des titres évocateurs et souvent peu nuancés simplifient et invisibilisent les raisons exactes des disparités entre les jeunes étudiants. Si les effets délétères d’une surexposition aux écrans restent indéniables, le problème principal ne réside finalement pas tant dans la durée d’exposition que dans l’usage des écrans qui en est fait.

De nombreuses études, référencées par l’HCSP, révèlent que « l’association entre le temps d’écran et les résultats scolaires des enfants mettent en évidence que les enfants les plus vulnérables sont les enfants qui passent beaucoup de temps sur internet et sur les réseaux sociaux sans objectif ciblé vis-à-vis de leur performance scolaire ». En revanche, les jeunes étudiants qui utilisent Internet et les écrans dans le cadre de leurs études auront globalement de meilleurs résultats scolaires. 

Des résultats scolaires inférieurs ne peuvent donc être imputés aux seuls écrans. L’environnement familial, le mode de vie, le genre, la classe sociale, l’âge…, sont autant de facteurs de vulnérabilité pour les plus jeunes. 

Un mauvais usage peut accroître des comportements néfastes pour les personnes les plus vulnérables, mais l’écran en lui-même n’est pas fondamentalement mauvais. Il s’agit plutôt de développer une utilisation raisonnée des écrans.

Un besoin d’accompagnement

Or, c’est sur ce point que de nombreux parents se trouvent démunis. Le manque de sensibilisation et d’accompagnement des parents face à l’omniprésence des écrans est un point soulevé par Alexandra Christides, Directrice générale de la Fédération nationale des écoles des parents et des éducateurs (Fnepe) dans un article, « le principal motif de consultation des parents auprès des EPE [Écoles des parents et des éducateurs ] n’est plus aujourd’hui la réussite scolaire mais la consommation d’écrans des ados et, de plus en plus, celle des enfants, notamment de moins de 3 ans ». 

La littérature scientifique montre qu’un encadrement dans l’usage des écrans est indispensable dans les foyers pour le développement des enfants. Mais cet encadrement varie sensiblement selon les familles, leur milieu social et leur situation.

Comme l’HCSP le rappelle, « la consommation des écrans constitue un excellent traducteur de la socialisation pratiquée par et dans les différentes configurations familiales ». On sait ainsi que les familles les plus en difficulté sur le plan socio-économique ont plus de mal à encadrer les pratiques numériques de leurs enfants, pour des raisons qui tiennent autant aux difficultés économiques et pratiques qu’au manque d’information sur le sujet. Cependant, cette relation entre environnement familial des enfants et consommation des écrans reste encore partiellement étudiée, du fait du nombre de facteurs à prendre en compte.

Selon les conclusions de l’HCSP, les bonnes pratiques des écrans et du numérique doivent devenir une des préoccupations majeures des gouvernements. Cela passera notamment par une meilleure compréhension des usages dans les foyers et en dehors, et la création d’une relation de confiance entre les parents et l’enfant, non pas par une interdiction totale des écrans et du numérique, mais par une utilisation saine et diversifiée de ces différents médias. 

Photo par Kelly Sikkema depuis Unsplash.

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