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Municipales : quels enjeux pour les maires face à la transition écologique ?

Clément Fournier - Rédacteur en chef

Youmatter

Formé à Sciences Po Bordeaux et à l'École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

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La transition écologique est au coeur de l’élection municipale, et pour l’accélérer, les futurs maires vont avoir de grands défis à relever. Tentons de le comprendre.

Trop souvent, on a tendance à considérer la transition écologique comme une question d’ordre national. Cela peut se comprendre : la transition énergétique, la réglementation des pratiques commerciales, le système fiscal, tout cela est décidé au niveau national et ce sont des leviers d’une importance cruciale pour faire la transition vers des sociétés plus durables.

Pourtant, la transition écologique est aussi une problématique locale. C’est peut-être même à l’échelon local que se situent les leviers de transformation les plus importants pour la transition écologique. Que ce soit sur le transport, l’urbanisme, la gestion des déchets ou encore la biodiversité, c’est au niveau local que se jouent l’essentiel des grandes problématiques écologiques.

Pour mieux comprendre le sujet, tentons de décrypter un peu tout ça. Pourquoi l’échelon des communes est-il fondamental pour la transition écologique ? Que peut faire un maire pour contribuer à la transition ? En quoi les défis de la transition sont-ils différents pour un maire d’une grande ville et celui d’une commune rurale ? En quoi ces grands défis sont-ils complexes ? Prenons de la hauteur et tentons de comprendre.

Les maires et la transition écologique : diversité des communes, diversité des enjeux

D’abord, définissons le sujet. En France, il y a plus de 36 000 communes. Donc plus ou moins 36 000 maires qui prendront (ou reprendront) dans quelques semaines leur poste pour 6 ans. Parmi ces 36 000 communes, on trouve de tout : la grande majorité de ces communes (environ 30 000) sont dites “rurales” et comptent moins de 2000 habitants, n’appartenant pas en général à ce que l’on appelle une unité urbaine. Ce sont les plus nombreuses, mais elles ne regroupent que 20% de la population. Environ 5 000 communes ont entre 2 000 et 20 000 habitants et sont considérées comme de petites villes et elles abritent près de 35 à 40% de la population française. Entre 20 et 100 000 habitants, on parle de villes moyennes et on en compte en France environ 400, regroupant 25% de la population. Et au delà de 100 000 habitants, ce sont les grandes villes françaises, environ 40, qui englobent à elles seules 15% des Français.

Dans ces différents types de communes, les maires ont des “pouvoirs”, des compétences et des prérogatives qui sont en lien avec la transition écologique. Ce sont eux qui déterminent en partie les réseaux et infrastructures de transport, eux qui organisent et pilotent la gestion des déchets sur leur territoire, eux aussi qui animent la transition énergétique au niveau local ou encore eux qui déterminent l’alimentation dans les cantines, les établissements publics… Pourtant, chacune de ces communes devra faire face à des préoccupations écologiques différentes. Une petite commune rurale, entourée de terres agricoles, se posera certainement des questions relatives à l’usage des pesticides, tandis que dans une grande ville, saturée par le transport automobile, on s’inquiètera plus de la pollution de l’air. Les enjeux en termes d’impact ne sont pas les mêmes non-plus. Ainsi, si les grandes villes génèrent collectivement plus de pollution et d’émissions de CO2 que les petite villes, le problème s’inverse au niveau individuel. Ainsi, un habitant d’une grande ville polluera en moyenne moins qu’un habitant d’une zone rurale ou péri-urbaine : son logement sera plus petit, plus facile à chauffer, ses transports seront en moyenne moins carbonés. Les leviers d’actions ne seront donc pas tout à fait identiques.

Globalement les futurs maires qui devront agir face à la question de la transition écologique vont avoir fort à faire. Mais en fonction de la commune qu’ils administreront, ils n’auront pas du tout à faire face aux mêmes questions. Si on essayait de voir, pour chaque grande catégorie de villes, ce que peuvent faire les maires pour la transition écologique ?

La transition écologique des villes rurales

Dans le monde rural, les problématiques écologiques tournent bien souvent autour de l’agriculture, omniprésente dans les territoires ruraux.

Protéger les terres et les espaces naturels

Chaque année, la France perd des terres agricoles et des espaces “naturels” (cultivés ou non). Progressivement, on remplace ces terrains par du foncier : de l’habitat notamment, qui représente en France près de 70% des surfaces “artificialisées”. C’est un enjeu écologique immense pour les villes rurales (et périurbaines) : comment éviter que les terres agricoles et les espaces naturels soient progressivement grignotés par les espaces d’habitation. En effet, chaque fois que l’on convertit une prairie, un espace semi-forestier ou même une zone de culture en une zone d’habitat (même si ce sont des surfaces de jardin) ou d’infrastructure, on y détruit la biodiversité et on empêche la vie des sols, donc la séquestration de carbone dans le sol.

Les maires des communes rurales disposent de certaines compétences dans ce domaine, puisque ce sont eux (ou le président de l’EPCI compétent) qui délivrent les autorisations d’occuper le sol. Les maires ruraux ont donc un rôle fondamental à jouer pour préserver les terres françaises et empêcher leur destruction ou leur conversion.

C’est aussi le maire qui a compétence pour dresser des procès verbaux en cas de pollutions des eaux, des sols ou en cas d’abandon de déchets dans la nature. Il a donc un double rôle de préservation : à la fois préserver les terres face aux changements d’usage, et empêcher leur dégradation.

Agriculture durable et pesticides

Ce sont aussi le maire et le conseil municipal qui gèrent l’urbanisme via les schémas de cohérence territoriale (SCOT) et aux Plans locaux d’urbanisme (PLU). Parmi les enjeux : l’articulation entre terres agricoles et habitats ou infrastructures. Dans le contexte actuel, où de plus en plus de maires prennent des arrêtés “anti-pesticides”, la question devient centrale : faut-il continuer à autoriser des permis de construire pour des habitations près des zones agricoles ?

Juridiquement, les maires n’ont à priori pas le droit de prendre des arrêtés contre les épandages de pesticides (quoique des procédures juridiques soient encore en cours à ce sujet) puisque la compétence en la matière revient au gouvernement. Mais les maires peuvent tout de même agir en mettant cette question au coeur de leurs projets d’urbanisme.

Sur le sujet de l’agriculture, les maires des communes rurales peuvent aussi agir en coopération avec les autres collectivités des territoires pour soutenir (logistiquement, financièrement) des modèles d’agriculture différents : horticulture, maraîchage, arboriculture, des pratiques agricoles diversifiées, para-diversifiées, filières intégrées localement…

La transition énergétique des territoires ruraux

Les communes rurales ont aussi à relever des défis en termes de transition énergétique. Par exemple, c’est bien souvent sur les territoires des communes rurales que sont installées les énergies renouvelables. En cas d’ouverture de telles installations (ICPE, installations classées pour la protection de l’environnement), le conseil municipal doit rendre un avis et le rôle du maire est alors déterminant, même si sa compétence s’articule avec celle du Préfet.

La question du biogaz sera aussi centrale dans les prochaines années dans les communes rurales. En effet, dans le cadre de la loi de transition énergétique, une attention particulière est portée au développement des projets de bio-méthane, qui se concentreront de fait dans les zones rurales. Le développement de ce type de projets devra donc se faire en co-construction avec les élus municipaux, les agriculteurs locaux et les autres autorités administratives.

À ce sujet, il existe un guide institutionnel méthodologique pour la transition vers les “Territoires à Énergie Positive“.

Les transports écologiques dans les villes rurales ?

Dans les communes rurales, on le sait, il est très difficile de se déplacer sans voiture. Pourtant, de nets progrès pourraient être faits en matière de transports en commun. C’est ce que prouve une étude comparative européenne : les transports en commun ruraux et péri-urbains en France sont moins développés et moins performants qu’en Allemagne ou en Espagne.

Sur ce sujet, les acteurs municipaux en zone rurale ont dont des marges de manoeuvre intéressantes : en agissant en coopération avec les autres collectivités du territoire, il est possible de développer des réseaux de transports et une multi-modalité permettant de se passer plus facilement de la voiture individuelle.

Les villes moyennes face à la transition écologique

Du côté des petites villes et des villes moyennes, les défis liés à la transition sont un peu hybrides. Ces espaces urbains ont en effet des caractéristiques communes avec les villes rurales et en même temps avec les grandes villes. Plus peuplées, plus denses, elles ont en termes d’habitat des points communs avec les grandes villes. Pourtant, leur situation à la périphérie des grands centres-urbains ou au coeur d’un territoire plus rural les mettent face à des enjeux proches de ceux des villes rurales sur certaines questions liées à l’étalement ou aux transports.

Revitaliser les centre-villes

Depuis quelques années, les villes moyennes subissent un phénomène massif de dévitalisation de leurs centre-villes. Plusieurs facteurs sont en cause : désindustrialisation, étalement urbain, omniprésence de la voiture… En tout cas, les centres se vident dans les villes moyennes et c’est un problème immense pour la transition écologique.

En effet, la désertion des centre-villes au profit des espaces périphériques ou péri-urbains augmente considérablement l’impact écologique de notre mode de vie : on utilise plus de la voiture, on construit plus de logements, on occupe plus d’espaces…

Pour les maires des villes moyennes, il y a donc un énorme enjeu à réussir à revitaliser leurs centres, faire revenir les habitants dans les logements vides, réhabiliter l’espace urbain et y recréer de l’activité pour relocaliser les commerces. Le problème, c’est que ces villes se sont structurées depuis longtemps autour du triptyque maison individuelle, voiture individuelle, zone commerciale périphérique, et qu’il est désormais très difficile de revenir en arrière.

Pour agir, plusieurs leviers sont envisageables, certains notamment listés dans un rapport de la Caisse des dépôts :

  • Limiter au maximum l’installation de nouvelles zones commerciales périphériques
  • Investir pour réhabiliter les commerces de proximité
  • Investir pour réhabiliter les friches urbaines
  • Miser sur les facteurs d’attractivité des centre-villes (tourisme, activités culturelles…)
  • Rendre les centre-ville plus accessibles aux piétons et aux mobilités douces

L’idée générale étant d’attirer à nouveau les habitants, citoyens et consommateurs dans les centre-villes, pour éviter qu’ils ne se dispersent. Et si possible, de les y attirer par des moyens autres que la voiture.

Eviter l’étalement urbain et densifier l’habitat

Pour y parvenir, les maires des villes moyennes peuvent aussi agir via la gestion de l’urbanisme. Comme pour les villes rurales, il est important que les villes moyennes réduisent leur étalement urbain et donc limitent les nouvelles délivrance de permis de construire sur des terrains vierges. Le but : arrêter d’augmenter encore et toujours la pression sur les espaces agricoles et naturels, alors même que des millions de logements sont vides. Il faut donc une vraie politique globale d’urbanisme et d’habitat : privilégier la rénovation des bâtiments existants aux constructions neuves, réhabiliter les bâtiments.

L’objectif est aussi de densifier l’habitat, afin que l’on puisse loger plus d’habitats près et autour des centres, afin de les rendre plus dynamiques et là encore, moins dépendants de la voiture. Et pour ça, miser sur l’habitat collectif dense au lieu de l’habitat individuel avec jardin, comme le préconise l’ADEME, est la méthode la plus efficace. Problème : cette méthode n’est pas vraiment en adéquation avec les ambitions des électeurs, qui désirent plus que jamais des maisons individuelles avec jardin et voiture.

Proposer une vraie multi-modalité durable

Le corollaire de tout ça, c’est qu’il faut bien évidemment penser une offre de transport adaptée. Si l’on réduit la place de la voiture dans les centres, il faut proposer des alternatives (tramways, transports en commun) et aussi une vraie multi-modalité, avec des parkings périphériques par exemple, qui permettent de moins utiliser les transports dans le centre sans le cloisonner pour autant et isoler la périphérie.

Sur ce point, chaque ensemble urbain a ses spécificités, mais dans tous les cas, il est possible de miser sur plus de transports en commun, plus de vélo, plus de multi-modalité. En revanche, c’est un vrai investissement d’argent public, pas toujours rentable, notamment au départ et si les incitatifs ne sont pas là. Mais sans la transition vers ce type de transport, la transition écologique risque d’être bien difficile, étant donné que les transports individuels (voiture donc) sont la première cause d’émissions de CO2 en France.

Améliorer l’efficacité énergétique

Enfin, les maires de villes moyennes ont tout intérêt à miser à fond sur l’efficacité énergétique, au niveau individuel et collectif. En effet, c’est dans les villes moyennes qu’habitent le plus de citoyens en France, et c’est donc logiquement qu’on y trouve la plus grande quantité de logements mal isolés et peu performants sur le plan énergétique.

Il y a donc un enjeu énorme à pousser dans le sens d’une meilleure efficacité énergétique, en soutenant la rénovation des logements. Les communes, à travers leur Plan Climat Energie Territorial peuvent contribuer à financer ces rénovations énergétiques ! Mais aussi d’autres formes d’investissement énergétique : les réseaux de chaleur urbains, le solaire thermique…

Les maires des grandes villes et les enjeux écologiques

Enfin, reste les grandes villes et les très grandes métropoles, ainsi que l’exception parisienne. Dans les grandes villes, la densité des populations permet de faire de nombreuses économies d’échelle en termes écologiques, mais pour accélérer le mouvement, il faut agir sur les enjeux en matière de transport, de foncier, et d’habitat.

L’enjeu du transport écologique dans les grandes villes

Dans les grandes villes, les déplacements sont plus nombreux mais souvent moins longs qu’en zone rurale ou dans les villes moins importantes. Il est donc plus facile de décarboner les transports, d’abord en limitant l’usage de la voiture et en proposant des transports doux ou des transports publics et ensuite en proposant des modèles de véhicules plus écologiques. Le problème c’est que les villes sont depuis longtemps construites sur le modèle du tout voiture, avec une place immense accordée aux transports motorisés. Dans de nombreuses grandes villes françaises, l’offre de transport en commun n’est pas encore aussi développée qu’à Paris.

Des mesures existent pour se lancer dans cette direction : les zones à trafic limité, la circulation différenciée, la piétonisation de certaines zones, la limitation des zones de parking et même les péages urbains (expérimentés à Londres) permettent déjà de rendre plus contraignant l’usage de la voiture, et donc d’inciter les riverains à choisir des modes plus doux. Mais dans le même temps, il faut que l’offre de transport en commun soit proportionnée. À Paris, où le réseau est très développé (métro, tramways, bus) c’est relativement simple, mais dans les grandes villes ne disposant pas de ce type d’infrastructures, il faut investir. Des villes comme Strasbourg ou Bordeaux ont massivement investi ces 20 dernières années pour développer le tramway, mais il est possible de miser sur les bus. Et bien-sûr, le vélo apparaît de plus en plus comme une méthode de déplacement pertinente dans les centres-villes, où ils sont souvent plus rapides que la voiture. Mais là encore, le maire doit faire des choix : favoriser le vélo, investir dans les transports publics, limiter la place de la voiture en développant des alternatives…

En tout état de cause, une telle transition vers des modes de transport différents doit aussi se faire en intégrant l’ensemble de l’aire urbaine, afin de développer, là encore, la multimodalité. Parking-relais, zones multimodales… tout cela permet aux habitants d’une zone de mieux circuler en émettant moins de CO2.

Sur l’enjeu des transports, il faut aussi noter l’importance de la question de l’aviation. Par exemple, le transport par avion était le premier poste de l’empreinte carbone de Paris en 2018 : 33% des émissions du territoire de Paris étaient liées aux déplacements en avion des parisiens. Pour les maires des grandes villes, il y a donc urgence à agir sur cette question. Faut-il continuer à agrandir les aéroports des grandes villes ? Comment faire pour encourager les habitants à se déplacer en train ? Comment limiter les déplacements professionnels en avion ? Autant de sujets sur lesquels les conseils municipaux des grandes villes seront amenés à réfléchir s’ils veulent sincèrement améliorer leur impact environnemental.

Le foncier et le bâti : pour un habitat écologique

L’autre enjeu de beaucoup de grandes villes, c’est la gestion de leur foncier. De plus en plus de centre-villes sont phagocytés par les sites de location en ligne et ne servent plus l’habitat régulier. Résultat, les prix augmentent et cela tend à repousser progressivement les habitants de plus en plus loin des centres, ce qui augmente à la fois l’étalement urbain et la nécessité de l’usage de la voiture. Or ces logements, inoccupés une grande partie de l’année, pourraient servir à densifier les villes et donc à améliorer leur efficacité écologique globale. Certaines villes ont déjà commencé à prendre des mesures pour limiter les dérives de ce système, mais les moyens sont pour l’instant difficiles à affecter et les résultats se font attendre. Parmi les questions à se poser : faut-il encadrer plus strictement les locations touristiques et saisonnières ? Comment juguler la spéculation immobilière ?

L’autre facette de la question, c’est le bâti : là encore, rénovations et optimisation énergétique sont sur la table. Mais les grandes villes peuvent également servir de laboratoire d’innovations pour de nouvelles formes d’usage du bâti : gestion intelligente des réseaux électriques et de chaleur, éventuellement smart grid à petite échelle, lorsqu’ils sont pertinents… Des expérimentations peuvent être menées un peu partout afin de faire des études d’impact.

La question des déchets et de l’économie “circulaire”

La question des déchets touche évidemment toutes les villes, quelle que soit leur taille. Mais les grandes villes, grâce à leurs populations nombreuses, sont particulièrement pertinentes pour réfléchir à la question d’une gestion optimale des déchets. C’est souvent dans les grandes villes que s’initient le plus facilement les démarches innovantes, les filières nouvelles, les expérimentations.

À Paris, par exemple, certains quartiers mettent à l’épreuve la question du compostage domestique, afin de récolter les déchets alimentaires pour produire du compost. C’est aussi grâce aux efforts de Paris et de sa région que de nouvelles filières recyclage s’ouvrent : petit aluminium, ensemble des plastiques… Là encore, le rôle du maire est fondamental, pour impulser la démarche, mettre les moyens, coopérer avec les acteurs économiques du territoire.

Végétaliser, refroidir : s’adapter aux changements climatiques

Enfin, dans les grandes villes plus encore qu’ailleurs, il y a un défi fondamental à relever pour les maires face à la transition : l’adaptation aux changements environnementaux et en particulier climatiques. C’est bien évidemment valable dans toutes les communes, mais les grandes villes sont particulièrement concernées.

En effet, dans les villes, les changements environnementaux sont exacerbés. Le réchauffement climatique, d’abord, frappe de plein fouets les villes. Le béton omniprésent, la mauvaise circulation de l’air, la multiplication des voitures, chauffages et consommations énergétiques et l’absence de végétation fait des villes de véritables îlots de chaleur. Il fait en moyenne 2 à 3 degrés de plus à l’intérieur de Paris qu’en banlieue, et cette différence peut monter à 10 degrés d’écart en période de fortes chaleur, notamment la nuit. Même chose en cas d’inondation : les grandes villes, très artificialisées, ont des difficultés à gérer les phénomènes de ruissellement des eaux. C’est aussi dans les grandes villes que les pics de pollution se font le plus ressentir.

Au regard de ces enjeux, chaque situation urbaine est différente : selon la géographie, la structure urbaine, le climat, les enjeux ne seront pas nécessairement les mêmes. Mais il est partout nécessaire de se poser la question : comment anticiper ces changements, comment s’y préparer, comment les atténuer ? Faut-il végétaliser pour réduire les îlots de chaleur urbain et refroidir les villes ? Dans ce cas, comment végétaliser sans fragmenter la ville ? Comment éviter la multiplication des climatisations qui renforce encore le phénomène de chaleur urbaine ? Comment se préparer à d’éventuelles crises écologiques (inondations, pics de pollution, tempêtes…) ? C’est un travail de prospective important à mener pour les maires. Problème : ces enjeux là se jouent à des échelles de temps bien éloignées de celles d’un mandat électoral. Il faut donc voir plus loin, et ce n’est pas toujours facile.

En résumé, les maires, dans toutes les villes de France vont devoir se poser la question de la transition écologique. Aujourd’hui, ce sont les transports et le foncier et le bâtiment qui sont les enjeux les plus importants en termes d’échelle : ce sont eux qui génèrent le plus de polluants et d’émissions de CO2, ce sont eux qui engendrent le plus d’impacts sur les espaces naturels. C’est donc là que les villes devront agir en priorité. Mais il y a d’autres enjeux importants que l’on aurait pu mentionner : l’alimentation par exemple, via la commande publique ou la réglementation des organismes publics.

En tout cas, ce travail de fond est énorme, et c’est un travail de long terme. Pas sûr donc qu’il soit tout à fait facile à mener dans le temps politique actuel, où tout doit aller vite, pour satisfaire instantanément l’électeur. Il faudra certainement du courage pour proposer des modèles urbains différents. Rendez-vous à partir du mois prochain, pour voir comment les nouveaux maires feront face à ces enjeux.

Dans ces temps de désinformation et fakenews où les sujets qui comptent vraiment sont trop souvent oubliés ou torturés dans la sphère médiatique…

 

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