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Environnement : top 4 des plus grandes intox de l’année

Adèle Hospital - Rédactrice - Youmatter

Formée en sciences et politiques de l'environnement à Sciences Po et Sorbonne Université, Adèle est rédactrice sur Youmatter. Ses sujets de prédilection sont la biodiversité et l'agriculture.

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Les sujets environnementaux sont souvent l’occasion de voir beaucoup d’approximations voire d’erreurs. Comment les identifier ? Quelles sont les principales intox de l’année ? Explications.

Les sujets relatifs à l’environnement et l’écologie occupent une place de plus en plus grande dans le débat public et c’est très positif. Cependant, cela donne souvent lieu à des approximations, une mauvaise interprétation des études scientifiques voire carrément à des grosses erreurs. Par manque de formation sur ces sujets, mauvaise compréhension des enjeux mais aussi parfois par calcul politique ou stratégie commerciale, on voit passer beaucoup d’intox en matière d’environnement. 

Démêler le vrai du faux n’est pas aisé, surtout dans le domaine de l’environnement où les sujets sont complexes et éveillent de plus en plus les passions. Il est difficile de faire la part entre les considérations scientifiques, politiques, militantes et morales mais voici quelques conseils pour repérer les “fake news” à l’avenir :

  • faire attention à qui s’exprime : Est-ce que la personne s’exprime sur son domaine de compétence ? Est-ce une publication d’un organisme scientifique, d’une ONG, d’une entreprise, d’un lobby ? La personne a-t-elle intérêt (financier, de position, politique) à s’exprimer sur ce sujet ? 
  • revenir aux études scientifiques sur lesquelles se base la prise de position : Sur combien d’études se base-t-on ? Quelle est la méthodologie utilisée ? Quelle est la taille de l’échantillon ? Est-ce une méta-analyse ou une étude isolée ? Une étude basée sur un grand échantillon aura plus de force statistique. Une méta-analyse (qui est une analyse d’un grand nombre d’études sur un même sujet) permet de donner une image plus fidèle de l’avancement de la science sur un sujet.
  • croiser les sources : un bon moyen d’avoir une vision la plus objective sur un sujet est de multiplier les sources d’informations, en leur appliquant bien sûr les critères au-dessus.

Nul doute que l’année prochaine sera de nouveau l’occasion d’être confronté à beaucoup d’approximations et d’erreurs en matière d’environnement. Nous espérons que vous serez en mesure de les détecter et vous pourrez toujours compter sur Youmatter pour vous y aider. En attendant, voici un palmarès des pires intox de cette année. 

1. Les néonicotinoïdes sont la seule solution pour sauver la filière sucrière française

L’année a commencé avec une mauvaise nouvelle pour les défenseurs des abeilles : la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili et le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie ont annoncé leur intention d’accorder une dérogation à l’interdiction des néonicotinoïdes pour les producteurs de betterave sucrière. Les néonicotinoïdes sont des insecticides très persistants dans les écosystèmes qui sont reconnus pour avoir un effet délétère sur les insectes pollinisateurs dont les abeilles. En 2016, c’est la même Barbara Pompili, alors membre du gouvernement Valls, qui faisait interdire les néonicotinoïdes.

En août 2020, la situation catastrophique dans les champs de betteraves justifie une dérogation pour ces cultures, arguent les deux ministres. Face à une attaque de pucerons qui répandent la jaunisse et menacent la production de sucre française, la réintroduction des néonicotinoïdes est présentée comme la seule solution. “Face à cette crise, les alternatives aux néonicotinoïdes pour la betterave se sont avérées inefficaces pour l’instant. Les néonicotinoïdes sont donc la seule solution de court terme pour sauver la filière.” explique Barbara Pompili. 

Pourtant, en mai 2021, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) publie une actualisation de son avis sur les alternatives aux néonicotinoïdes. L’Agence identifie 22 solutions alternatives aux néonicotinoïdes incluant d’autres produits phytopharmaceutiques de synthèse ou d’origine naturelle, l’adaptation des méthodes culturales, l’utilisation de microorganismes ou d’huiles minérales ou le choix de variétés de betteraves résistantes aux pucerons. Si l’Anses reconnaît que ces solutions ne sont pas suffisantes en utilisation seule, elle voit un grand potentiel dans une approche de lutte intégrée. “Le principal défi demeure cependant celui de l’adaptation de ces méthodes au cas particulier de la culture de la betterave sucrière dans ses bassins de production en France.” explique l’Anses. Or, comment encourager la recherche sur les solutions alternatives si l’on organise pas de façon proactive la transformation de la filière pour sortir des néonicotinoïdes ?

2. L’hydrogène est le meilleur allié de la transition écologique

L’hydrogène a le vent en poupe. Le gouvernement français a lancé à l’automne 2020, dans le cadre du plan de relance, un grand projet hydrogène à 7 milliards d’euros d’ici 2030. Il doit permettre de produire de l’hydrogène « vert » de façon rentable et de développer ses usages notamment dans le domaine des transports.

Le gouvernement et les industriels l’ont largement présenté comme la solution au changement climatique. Barbara Pompili a expliqué : “La France a été parmi les premiers pays à identifier tout le potentiel de l’hydrogène notamment sa capacité à réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en étant compétitif.” Son collègue ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, n’est pas en reste : “[L’hydrogène] est indispensable dans certains usages industriels, dans l’industrie chimique, dans la sidérurgie, dans le raffinage. Il est essentiel pour stocker les énergies renouvelables. Il est essentiel dans les transports, pour les véhicules lourds, pour les bus, pour les poids lourds. Demain, nous le souhaitons pour l’avion.” L’hydrogène est-il vraiment la solution au changement climatique ? Pas si simple…

Il existe deux méthodes principales actuellement pour produire de l’hydrogène. La plus commune, utilisée pour produire plus de 90% de l’hydrogène mondial, c’est le reformage d’hydrocarbures. On place des hydrocarbures dans des conditions précises de température, de pression et d’humidité qui permettent de séparer les atomes de carbone de l’hydrogène. La seconde méthode, c’est l’électrolyse de l’eau : on utilise un courant électrique pour séparer l’hydrogène de l’oxygène de l’eau. Dans tous les cas, ces procédés demandent de grandes quantités d’énergie.

Pour l’électrolyse de l’eau, le procédé n’est “durable” que si l’électricité utilisée est elle-même “durable”. Produire de l’hydrogène avec de l’électricité provenant de centrales à charbon revient à émettre beaucoup de CO2 et de polluants. Il faut donc que l’électricité utilisée ait été elle-même produite via des sources bas carbone comme les énergies renouvelables ou le nucléaire. Selon l’ADEME, la production d’1 kg d’hydrogène avec le mix électrique français, plutôt bas carbone grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables, émet environ 2.7 kg de CO2.

De plus, le rendement de l’hydrogène est faible car il y a une perte d’énergie au moment de sa production puis au moment de sa transformation en électricité. Au total, l’hydrogène a une intensité carbone d’approximativement 110 g de CO2/kWh selon l’ADEME. Comme l’électrolyse de l’eau demande de grandes quantités d’eau, il peut aussi y avoir des problèmes liés à l’utilisation de cette ressource dans certaines régions.

Pour en savoir plus : L’hydrogène est-il vraiment écologique ?

3. Les menus sans viande dans les cantines sont mauvais pour la santé, injustes économiquement et socialement

En février 2021, la mairie de Lyon décide de mettre en place des menus uniques sans viande dans les cantines des écoles. Elle déchaîne un vent de critiques souvent basées sur des arguments erronés. Non, moins de viande dans les cantines n’est pas une décision “aberrante d’un point de vue nutritionnel” comme l’affirme le ministre de l’Agriculture, Julien de Normandie. Selon l’Anses dans cette note relative à l’expérimentation de menus végétariens dans les écoles, “des repas végétariens diversifiés et équilibrés […] ne seraient donc pas susceptibles d’entraîner de dégradation de la qualité nutritionnelle de l’alimentation des enfants”. Moins de viande dans les cantines ce n’est pas non plus pénaliser les éleveurs français et les classes populaires comme le prétend le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que manger moins de viande est bon pour l’environnement.

Pour en savoir plus : Menus sans viande à la cantine : démêler le vrai du faux

4. La neutralité carbone

Le concept de “neutralité carbone” est très à la mode. Ces derniers mois, beaucoup d’entreprises, d’États et de collectivités ont proclamé leur objectif d’être “neutre en carbone”, “net zéro” ou “zéro émissions nettes”. Le principe de neutralité carbone, cependant, n’est pas défini précisément, il fait référence à différents modes de calculs et différentes stratégies. Cela en fait un mauvais outil de communication.

Le texte initial de la loi Climat et Résilience adopté par l’Assemblée Nationale avait même proposé d’interdire de vanter un produit comme neutre en carbone dans la publicité. Après le passage du texte en commission mixte paritaire, cette interdiction sera finalement supprimée.  C’est dommage car la neutralité carbone n’est pas un bon outil de communication. Il faudrait pour cela clarifier et définir des méthodes de calcul communes. Il faudrait également que la mention de “neutre en carbone” s’accompagne d’une vraie stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour éviter le greenwashing

Pour en savoir plus : Neutralité carbone : le grand n’importe quoi des allégations climatiques

Photo de Priscilla Du Preez sur Unsplash

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