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Habitat inclusif : l’alternative pour les personnes fragiles qui a tout bon

Valentine Ambert - Rédactrice - Youmatter

Rédactrice pour Youmatter. Formée à Sciences Po Lyon, spécialisée sur les enjeux de développement en Afrique subsaharienne contemporaine et investie dans les secteurs de la RSE, du progrès social et de la transition écologique.

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Comment mieux loger les personnes fragiles ou isolées ? L’habitat inclusif tente de trouver une réponse à cette question. Décryptage.

Dans quoi travailler, où m’installer, où vivre… Ces questionnements sont ceux que l’on rencontre tous à un moment, voire plusieurs fois dans notre vie. Mais chez les personnes âgées et/ou les personnes souffrant d’un ou plusieurs handicaps, il est souvent plus difficile de répondre à ces interrogations. 

Déjà fragilisées par leur situation, il est leur est parfois difficile de trouver un lieu de vie qui corresponde à leur situation et à leurs besoins, où elles fassent partie de la société et de la vie ordinaire. 

L’habitat inclusif se propose comme une solution alternative, garantissant autonomie, sécurité et convivialité, entre autres. 

Repenser notre approche des personnes fragiles : l’inclusion plutôt que l’insertion 

La mixité entre personnes valides et handicapées, personnes jeunes et âgées est à la base d’une société épanouie. Pourtant, la France a encore de nombreux progrès à faire en matière d’inclusivité compte tenu des politiques sociales conduites. 

L’inadaptation de l’environnement provoque l’exclusion des personnes, pas l’inverse

Comme le souligne cette étude du groupement Polycap, la France, en cherchant à la fois à compenser les difficultés rencontrées par la personne fragile et en adaptant cette dernière à son environnement par la mise en place de droits spécifiques, privilégie l’intégration. Une approche remise en cause par les auteurs de l’étude : 

La législation doit être repensée de sorte que les personnes en situation de handicap ne soient plus perçues comme inadaptées à l’environnement mais que ce soit l’inadaptation de l’environnement qui provoque leur exclusion. Ainsi la formalisation d’une législation basée sur l’accessibilité universelle s’inscrit dans le prolongement naturel d’une politique inclusive.

On encourage la création d’ESAT, des établissements spécialisés de travail protégé, plutôt que d’inciter davantage les entreprises à embaucher des personnes en situation de handicap. Elles se retrouvent ensemble, sont aidées pour acquérir de l’autonomie, mais en-dehors de la vie ordinaire. Cela crée la représentation d’individus à l’écart de la société qui semblent ne pas pouvoir y vivre, ce qui ne fait que renforcer la stigmatisation à leur égard et réduit leur visibilité. 

Un sentiment d’exclusion et d’isolement également perçu chez les personnes âgées. Le rapport de juin 2020 par l‘association Petits Frères des Pauvres souligne que plus d’une personne de plus de 60 ans sur trois ne sort pas de chez elle tous les jours. Par ailleurs, 900 000 personnes de plus de 60 ans sont en situation d’isolement à la fois des cercles familiaux et amicaux, une situation aggravée par la crise sanitaire. 

La recréation de liens sociaux, la construction de logements et d’infrastructures adaptés aux personnes fragiles situés au cœur de la cité sont de véritables défis pour répondre aux enjeux relatifs à l’inclusion.

Vers un nouveau projet de société ?   

Mélanger des personnes exclues n’est pas efficace, il faut également composer avec les personnes qui ne sont pas ciblées par l’inclusion.

Michel Billé, sociologue spécialisé dans les questions relatives aux handicaps et à la vieillesse lors du congrès de l’APAJH (Association pour Adultes et Jeunes Handicapés) à Paris en juin 2019.

Les nouveaux dispositifs d’habitat qui voient le jour tels que la cohabitation intergénérationnelle, les Habitats Participatifs, ou encore les résidences autonomie ont pour objectif de pallier ces difficultés rencontrées par les personnes âgées ou les adultes handicapés. Finalement, ils représentent un projet pour la société tout entière, celui d’inclure tout le monde dans l’environnement social. 

De cette volonté de créer des lieux de rencontre en-dehors des espaces spécialisés et de participer à une autre insertion sociale est né le concept de l’habitat inclusif. Alliant espace individuel et projet de vie sociale tout en favorisant la mixité (des personnes ni âgées ni handicapées vivent parfois au même endroit), ce dispositif est à mi-chemin entre le domicile individuel et l’établissement médico-social.

L’habitat inclusif ou vivre chez soi avec les autres

Pouvoir décider de son propre rythme de vie tout en étant accompagné sur le plan médico-social, être en mesure de recevoir des proches, c’est possible avec ce modèle de logement particulier. 

Définir l’habitat inclusif

La loi Elan de 2018 (loi relative à l’évolution du logement, de l’aménagement et de la transition numérique) le décrit ainsi : “l’habitat inclusif est destiné aux personnes handicapées et aux personnes âgées qui font le choix, à titre de résidence principale, d’un mode d’habitation regroupé, entre elles ou avec d’autres personnes, […], et assorti d’un projet de vie sociale et partagée défini par un cahier des charges national fixé par arrêté des ministres chargés des personnes âgées, des personnes handicapées et du logement […].” (art. L.281–1)

L’habitat inclusif, comment ça fonctionne ? 

L’habitat inclusif peut prendre la forme d’une colocation ou d’appartements groupés. Les habitants décident de partager des espaces communs et d’y réaliser des activités ensemble, et gardent aussi des espaces privés. L’accessibilité est simplifiée, le cadre de vie aménagé pour permettre aux habitants de bénéficier des soins qui leur sont nécessaires. 

L’habitat est aussi inclusif car connecté au lieu de vie du territoire : les commerces, services d’administration ou encore les activités de loisirs sont proches et faciles d’accès. Les habitants vivent avec et comme tout le monde, au cœur du quartier. 

Ce modèle représente une solution alternative entre accueil en établissement spécialisé et logement individuel dans la famille. Il offre aux personnes en situation de fragilité une vie adaptée à leur niveau d’autonomie et permet aux aidants de profiter d’un répit. Une solution sécurisante pour l’entourage aussi donc.  

Un écosystème d’acteurs pour faire vivre le projet d’habitat inclusif

Pour mener à bien ce type de projet, c’est tout un écosystème d’acteurs qui est mobilisé : 

  • Les financeurs et épargnants solidaires pour l’apport financier 
  • Les élus pour mettre à disposition du foncier 
  • Les professionnels de santé pour satisfaire aux besoins d’accompagnement 
  • Les aidants familiaux et les bénévoles pour enrichir la vie quotidienne 

Le décloisonnement des sphères du milieu ordinaire, du secteur sanitaire et du secteur médicosocial, ainsi que l’évolution de ses acteurs sont un axe fondamental pour le déploiement des habitats inclusifs. L’idée générale est de s’inscrire dans une logique de coopération et de complémentarité avec l’ensemble des partenaires.

Etude du groupement Polycap

La complémentarité et l’entraide de ces acteurs dans le cadre des projets d’habitats inclusifs permet la création de nouvelles solidarités : les citoyens ont la possibilité aussi de s’insérer dans le dispositif à travers du bénévolat auprès de ces personnes par exemple, ou bien une contribution à ce type de projet à travers l’épargne solidaire.

L’intégration du projet au quartier : quelques préalables 

Afin de prévenir toute stigmatisation et de faciliter l’inclusion des personnes accompagnées au sein de la vie du quartier et du voisinage, il existe plusieurs préalables. 

Par exemple, il est préférable que l’habitat inclusif ressemble architecturalement à un logement de droit commun pour éviter de reproduire une “mini institution”. Les unités de petite taille mêlées à l’habitat ordinaire sont donc privilégiées et on évite d’indiquer que l’habitat dispose de logements destinés à des personnes âgées ou en situation de handicap.

S’il s’agit d’une résidence accessible à tous, il est conseillé de dispatcher les appartements dédiés aux personnes fragiles sur l’ensemble de l’immeuble et non sur un même étage ou secteur du bâtiment. 

Toujours dans cet objectif d’éviter la stigmatisation et encourager l’inclusion, l’effectif maximum d’un habitat inclusif est réglementé. Le décret du 24 juin 2019 limite le montant du forfait habitat inclusif à 60 000 euros pour un seul et même dispositif avec un montant minimum de 3 000 euros par habitant. Ainsi, un habitat inclusif ne peut regrouper plus de 20 personnes sur un même site. 

En bref, l’habitat inclusif répond à de multiples défis : 

  • habiter chez soi, tout en n’étant pas isolé et en bénéficiant de soins et de services
  • habiter ensemble, à travers des projets de vie sociale favorisant le “vivre ensemble” 
  • habiter dans la cité, puisque l’habitat est pleinement intégré à la cité et proche des commodités

Pour en savoir plus, nous vous recommandons de consulter le guide de l’habitat inclusif.

Photo by Nathan Anderson on Unsplash

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