A la une dans notre dossier spécial sobriété : Pourquoi la transition écologique doit être juste et sociale ?

antenne 4G 5G

Valentine Ambert - Rédactrice - Youmatter

Rédactrice pour Youmatter. Formée à Sciences Po Lyon, spécialisée sur les enjeux de développement en Afrique subsaharienne contemporaine et investie dans les secteurs de la RSE, du progrès social et de la transition écologique.

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Au-delà des possibilités numériques qu’elle apporte, la 5G suscite également de nombreuses craintes, notamment sur le plan environnemental. L’occasion de se pencher sur les potentiels impacts environnementaux de cette technologie.

Déjà opérationnelle dans des pays tels que la Chine ou la Corée du Sud, la 5G constitue la cinquième génération de communication sans fil qui succède à l’actuel réseau 4G. Mise au point pour être davantage en adéquation avec l’activité numérique moderne, la 5G permettra notamment un meilleur débit et de plus grandes capacités de stockage. 

Pourtant, selon un sondage Odoxa, les besoins de garanties sur les risques environnementaux et sanitaires qui pèsent aujourd’hui plus lourd (60%) que l’opportunité de faire progresser l’Internet mobile en France (39%).

La crainte d’un risque environnemental se situe à un niveau élevé : 69% des Français craignent un impact négatif sur la consommation d’énergie et 59% sur l’environnement et le réchauffement climatique.

Cette crainte est corroborée par des chiffres d’un rapport de décembre 2020 du Haut conseil pour le climat qui souligne que selon l’intensité du déploiement, l’impact carbone de la 5G pourrait ajouter entre 2,7 Mt éqCO2 et 6,7 Mt éqCO2 en 2030 à l’empreinte carbone du numérique.

A quoi serait liée cette augmentation des émissions ? On vous explique.

Une baisse de la consommation énergétique de la 5G compensée par une augmentation de la demande

La 5G, moins énergivore

Le réseau 5G est plus efficace que la 4G sur le plan énergétique. En effet, bien qu’un équipement 5G consomme jusqu’à 3,5 fois plus d’énergie qu’une antenne 4G à puissance maximale, selon l’opérateur Huawei, il offre un débit environ 10 fois plus élevé permettant de servir un plus grand nombre d’utilisateurs. Ainsi, pour un même volume de données traitées, la 5G consomme moins d’énergie électrique. L’efficacité énergétique de la 5G est donc meilleure que celle de la 4G.

Cependant, la consommation électrique ne nous dit pas tout des impacts environnementaux. Comme le souligne GreenIT, tout dépend de la nature de l’énergie primaire utilisée (vent, charbon, uranium…) et du processus de transformation (combustion, réaction nucléaire…).

Par exemple, si l’électricité est produite à partir d’énergie primaire « bas carbone » comme des énergies renouvelables ou l’énergie nucléaire, cela aura des conséquences environnementales moindres par rapport à une électricité produite à partir de charbon.

« Si la réduction de la consommation électrique est intéressante, elle ne se suffit pas à elle-même et ne témoigne pas de gains environnementaux » conclut GreenIT.

L’effet rebond : vers une augmentation de la consommation des usagers

Au-delà de l’efficacité énergétique de la technologie, c’est la question d’un possible effet rebond. L’idée de l’effet rebond : que le gain en efficacité énergétique soit annulé par une augmentation de la consommation.

La 5G pourrait en effet contribuer à accélérer encore notre consommation de données mobiles, en créant de nouveaux usages. Hugues Ferreboeuf, chef de projet sobriété numérique au Shift Project, estime ainsi que la mise en place de la 5G va stimuler des comportements et des innovations qui vont augmenter l’empreinte environnementale du numérique.

Il l’affirme notamment sur France info : « il y a bien un phénomène de création de consommation par l’offre. Au lieu de regarder des vidéos en simple définition ou en haute définition, on va les regarder en 4K ou plus tard en 8K ».

C’est ce qu’a observé l’opérateur sud-coréen SK Telecom. En passant de la 4G à la 5G, les clients ont multiplié par 3 le volume de trafic consommé sur le réseau, et ce en quelques semaines.

Une augmentation de la consommation qui serait dans tous les cas inévitable ? C’est ce que déclarent les opérateurs télécom. « Ces 3 dernières années, la consommation en termes de débit a été multipliée par 3 » affirme Nicolas Guérin pour France info, président de la Fédération française des Télécoms.

Le renouvellement forcé des terminaux numériques

Le Haut conseil pour le climat pointe également les émissions indirectes de gaz à effet de serre liées à l’utilisation de cette nouvelle technologie.

En effet, elle incite à s’équiper d’un nouveau téléphone compatible avec la 5G, ce qui rendra nos précédents modèles obsolètes, tout comme des milliers d’autres objets connectés.

Or, le remplacement de nos actuels appareils n’est pas sans conséquence. On dénombre aujourd’hui à travers le monde 34 milliards d’équipements utilisateurs dont 15 milliards d’objets connectés et informatique embarquée.

D’après une étude de 2019 menée par GreenIT, la fabrication des équipements des utilisateurs (smartphones, ordinateurs, imprimantes…) représente la principale source d’impact environnemental du secteur.

Elle est responsable de 63% des émissions de gaz à effet de serre du secteur du numérique à l’échelle mondiale, mais aussi de 83% de la consommation d’eau et de 75% de l’épuisement des ressources abiotiques (hors énergie fossile) du secteur du numérique.

C’est sans compter la destruction des sols liée à l’extraction des minerais utilisés pour faire fonctionner de nombreux appareils ou encore la pollution des eaux.

Nouvelles technologies vs sobriété numérique

Un rapport du Sénat souligne que le numérique serait responsable en 2019 en France de 2 % des émissions de gaz à effet de serre, et pourrait atteindre, selon les prévisions du secteur, les 6,7 % d’ici à 2040 si rien n’est fait pour en réduire leur impact.

Il ne s’agit pas de retourner au « modèle amish » et de refuser en bloc tout ce qui constitue une forme de progrès mais plutôt de s’interroger et se laisser du temps pour évaluer les impacts. « Cette exigence de sobriété énergétique ne doit pas reposer en premier lieu sur les usages en aval, mais sur la définition des services numériques et des technologies en amont » défend le Haut conseil pour le climat.

La 5G va avoir un impact indéniable sur l’environnement que l’on est pour le moment incapables de quantifier précisément. L’absence d’évaluation de l’impact environnemental était notamment déplorée par le Sénat dans une note d’information en juin 2020 :

« Alors que les enchères permettant de lancer le déploiement de la 5G devraient avoir lieu en septembre prochain, la mission d’information regrette qu’aucune évaluation de l’impact environnemental de cette nouvelle technologie mobile n’ait encore été mise à disposition du public et des parlementaires ».

Il s’agit donc de s’informer quant au rôle et à la finalité des nouvelles technologies, d’évaluer leurs conséquences sur le plan environnemental et sociétal et laisser place au débat pour faire le bon arbitrage entre nécessité de rester dans la course technologique et principe de précaution.

Pour en savoir plus, le rapport du Shift Project apporte un point de vue éclairant sur les questions de sobriété numérique.

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