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La face sombre des bouquets : l’impact environnemental des fleurs coupées

Valentine Ambert - Rédactrice - Youmatter

Rédactrice pour Youmatter. Formée à Sciences Po Lyon, spécialisée sur les enjeux de développement en Afrique subsaharienne contemporaine et investie dans les secteurs de la RSE, du progrès social et de la transition écologique.

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Le bouquet de fleurs, un cadeau empoisonné ? Décryptage de l’impact environnemental des fleurs coupées.

D’après les données collectées par Statistics Brain, près de 200 millions de roses se vendent chaque année en France à l’occasion de la Saint Valentin, et pas moins de 600 millions à l’année. Mais ce marché important n’est pas sans conséquence sur l’environnement.

Bilan carbone, consommation d’eau, pesticides… On vous guide pour acheter un bouquet écologique.

Les engrais chimiques et pesticides des fleurs coupées

La première dimensions à considérer au sujet de l’impact environnemental des fleurs est peut-être celui de son impact sur la biodiversité. L’usage des pesticides, notamment, est un enjeu important. Roses, lys ou encore chrysanthèmes utilisent plus d’engrais chimiques et de pesticides que la plupart des cultures agricoles. Une première explication tient au fait qu’il existe des normes très strictes sur le calibre et la qualité des fleurs vendues. Les producteurs sont donc encouragés à protéger au maximum les cultures de fleurs de tous les parasites : insectes, champignons ou maladies.

D’autre part, la réglementation n’impose pas de limites de résidus de produits chimiques pour les fleurs coupées non comestibles. Le magazine 60 millions de consommateurs a ainsi décompté 15 substances en moyenne (fongicides, néonicotinoïdes, insecticides…) par bouquet de roses analysé. Aucun n’en était dépourvu.

De même, les fleurs étant rarement produites en France, elles bénéficient de réglementations sanitaires parfois plus souples que dans l’Hexagone. C’est ainsi que 60 millions de consommateurs a retrouvé la présence de substances chimiques interdites. Par exemple, le bouquet le moins bien classé par le groupe contenait pas moins de 25 produits chimiques différents, dont neuf pesticides interdits en France.

Comme le souligne l’étude de 60 millions de consommateurs, cela ne constitue pas nécessairement un problème de santé publique, du moins pour les consommateurs qui sont faiblement exposés. Mais l’usage massif de pesticides, associé à une monoculture, parfois sous serre, constitue un problème important pour la biodiversité. Ces dernières années, les études ont ainsi démontré que les produits phytosanitaires persistent dans l’eau et les sols, et constituent une menace pour les écosystèmes et la biodiversité.

Transport par avion, consommation importante d’énergie : le lourd bilan carbone de nos fleurs

D’une manière générale, les bouquets de fleur coupées sont aussi une source importante d’émissions de CO2. Les quelques études sur le sujet indiquent qu’un bouquet de fleurs coupées contribue à des émissions allant de quelques kg de CO2 à plusieurs dizaines de kg de CO2.

Pour les fleurs produites en Europe, et notamment au Pays-Bas (l’un des principaux producteurs mondiaux), les émissions sont liées à la culture sous serre : chauffées et éclairées en continu, les fleurs demandent de grandes quantités d’énergie.

Inversement, pour les fleurs produites à l’étranger dans des climats plus favorable, c’est le transport, généralement en avion puis en camion réfrigéré, qui domine dans les émissions de CO2. .

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les fleurs importées de pays africains ou sud-américain semblent d’ailleurs émettre moins de CO2 que les fleurs produites en Europe. Ainsi, une étude de l’université de Cranfield en Angleterre concluait en 2007 qu’une rose kenyane émet 6 fois moins de CO2 qu’une rose néerlandaise. De la même façon, une étude publiée dans l’International Journal of Life Cycle Assessment concluait que les fleurs produites en Équateur avaient des impacts environnementaux inférieurs à celles produites en Europe. Cette autre étude menée pour Fairtraide International va également dans ce sens.

L’impact carbone du transport serait en fait inférieur à l’impact carbone des consommations énergétiques nécessaires à la production des fleurs dans les climats européens. Pour les fleurs cultivées en Europe, les serres éclairées et chauffées parfois 24h/24, commandées à distance par des systèmes informatiques qui contrôlent également l’humidité de l’air, la température et la lumière, mais aussi parfois la quantité d’eau et de nutriments dans lesquels baignent les racines des fleurs, nécessitent énormément d’énergie. Ce qui a pour effet d’augmenter significativement les émissions de CO2.

Cela étant, les recherches sont peu nombreuses et une autre étude concluait à l’inverse que dans certaines conditions de production, on arrivait à des impacts équivalents. D’autre part, si les fleurs importées de pays aux climats plus chauds semblent avoir des impacts écologiques inférieurs, elles sont souvent associées à des impacts sociaux plus négatifs : en effet, le salariat y est parfois très précaire, les conditions de travail peuvent être très difficiles.

En d’autres termes, si l’on souhaite acheter une rose en hiver, on a le choix entre une rose qui a assez peu voyagé et dont les standards de travail récents ont été respectés mais qui est potentiellement très polluante ou une rose probablement moins polluante, mais qui a parcouru des milliers de kilomètres et dont le bilan social est plus que douteux.

Une culture gourmande en eau

Les roses, requièrent aussi d’importantes quantités d’eau pour leur culture, surtout accélérée. Il faut ainsi entre 7 et 30 litres d’eau pour obtenir un seul bouton de rose.

Aux Pays-Bas, plusieurs productions cultivent les roses en hydroponie. Cette technique de culture hors-sol permettrait de réaliser des économies d’eau de 70 à 90%, mais il est encore difficile d’évaluer l’impact environnemental global de ces techniques.

Inversement, au Kenya, la production de roses se concentre autour du lac Naivasha où la culture intensive, l’utilisation de pesticides et l’afflux de travailleurs entrainent un assèchement et une pollution du lac.

Que faire ?

Faciliter l’achat de fleurs locales et de saison en améliorant la traçabilité

Le monde de la floriculture prend peu en considération le terme de traçabilité. Rien n’oblige les fleuristes à indiquer la provenance de leurs fleurs.

Aujourd’hui, 85% des fleurs coupées vendues en France proviennent de l’étranger, essentiellement du Kenya, d’Ethiopie, ou encore d’Equateur. Elles proviennent aussi des Pays-Bas, où elles sont cultivées sous serre.

Le mouvement slow flower cherche à répondre à cet enjeu. En favorisant la vente de fleurs de saison en circuit court, afin d’éviter le recours aux importations et à la culture intensive sous serre.

Acheter des fleurs de saison

Comme les fruits et les légumes, les fleurs doivent être cultivées selon la saison, en fonction de leur variété, et les consommateurs doivent suivre ces rythmes. De la même manière qu’il est peu écologique de consommer des fraises ou des tomates en hiver.

En automne, privilégiez les graminées, le dahlia, le chrysanthème, puis hiver, le mimosa, la renoncule ou l’anémone. Avec l’arrivée des beaux jours, optez pour la fleur de pavot, la pivoine ou encore la tulipe, et en été préférez le delphinium, l’hortensia, l’achillée.

Donc pour être écolo, fini les roses en plein hiver ! Un bénéfice pour la planète qui vous poussera aussi à être plus original car en 2018, 3/4 de l’argent dépensé à l’occasion Saint Valentin est allé dans l’achat de roses selon France AgriMer.

Se fier aux labels

Des labels existent pour faciliter le choix des consommateurs par rapport à leurs valeurs. On retrouve par exemple le label agriculture biologique, le label Plante Bleue qui certifie une culture éco-responsable ou encore le label Fleurs de France qui garantit une production dans l’Hexagone. Cliquez ici pour consulter la cartographie des engagés.

Photo by Waldemar Brandt on Unsplash

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