A la une dans notre dossier spécial sobriété : Mobilité durable : la sobriété doit définir nos déplacements

Un vélo se déplaçant à Paris

Mobilité durable : la sobriété doit redéfinir nos déplacements

Clément Fournier - Rédacteur en chef

Youmatter

Formé à Sciences Po Bordeaux et à l'École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

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En partenariat avec l'ADEME

Qu’est-ce qu’une mobilité durable ? Comment se déplacer de façon plus écologique ? Pourquoi la sobriété doit-elle être au cœur d’une mobilité plus écologique et comment penser nos déplacements dans une logique de sobriété ? Tentons de comprendre, avec ce nouvel article de notre dossier spécial « Transition écologique et sobriété », réalisé en partenariat avec l’ADEME.

Lorsque l’on parle de transition écologique, la mobilité, nos déplacements et le transport sont des enjeux fondamentaux. En effet, nos déplacements sont au cœur de nombreuses questions écologiques : l’usage des énergies fossiles, les émissions de gaz à effet de serre, les polluants atmosphérique, notamment particules fines, le bruit… Par exemple, aujourd’hui en France, la majorité des énergies fossiles sont consommées dans les moteurs des véhicules qui nous servent à nous déplacer, et cela contribue à la fois au réchauffement climatique et à la pollution de l’air.

Face à ce constat émerge progressivement l’idée qu’il faudrait construire une mobilité plus durable. Mais qu’est-ce que c’est au juste, une « mobilité durable » ? S’agit-il de changer de motorisation en passant à la voiture électrique, ou à l’hydrogène ? Faut-il adopter de nouveaux réflexes, en prenant les transports en commun, ou en recourant aux mobilités actives, comme la marche ou le vélo ? S’agit-il de limiter au maximum l’avion ? Vraisemblablement, la mobilité durable passe par un peu de tout ça. Mais surtout, elle implique d’inscrire nos déplacements dans une démarche de sobriété, en revenant à la question fondamentale de nos besoins de mobilité. Tentons d’y voir plus clair.

L’impact environnemental de la mobilité

Nos déplacements sont à l’origine de nombreux impacts environnementaux et sanitaires. Bien-sûr, le transport génère des gaz à effet de serre. En France, c’est près d’un tiers de nos émissions de gaz à effet de serre qui sont liées aux transports, ce qui en fait le premier secteur en termes d’émissions du pays, devant la production et la consommation d’énergie des bâtiments. Et contrairement à ce que l’on entend parfois, ce sont bien les déplacements quotidiens, notamment des particuliers, qui sont à l’origine de la majorité des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports. Ainsi en France, les voitures individuelles émettent plus de CO2 que l’ensemble des autres modes de transport réunis (cargos, avions, camions etc…). Pire, contrairement aux autres secteurs, les émissions des transports continuent d’augmenter…

Les déplacements et le transport génèrent également des particules fines, qui s’accumulent dans les espaces urbains où les voitures sont les plus nombreuses. Ces particules fines, en plus de constituer une pollution constante de l’atmosphère, ont aussi des conséquences négatives en termes de santé publique, puisqu’elles favorisent les maladies respiratoires, les maladies cardiaques et certains cancers. Le bruit est également une pollution importante liée aux transports, et on estime qu’il coûte chaque année en France plus de 150 milliards d’euros, notamment à cause de ses conséquences sur la santé et la productivité.

Bref, nos déplacements, notre mobilité, ont des conséquences nombreuses, à la fois en termes de santé, en termes environnementaux et en termes sociaux et économiques. Aujourd’hui, il est clair que notre système de déplacements n’est pas soutenable, non seulement du point de vue climatique et environnemental, mais d’un point de vue global.

Réinventer nos déplacements

Dans ce contexte, il nous faut aujourd’hui réinventer nos déplacements. En premier lieu, ce sont nos déplacements quotidiens, notamment en voiture, qu’il faut transformer. Nos voitures, essentiellement thermiques (essence ou diesel) fonctionnent aux énergies fossiles et contribuent donc à la fois au réchauffement climatique et à la pollution atmosphérique.

Mais pour encourager une mobilité durable, il faut en fait s’attaquer à toutes les formes de déplacements : les déplacements longue distance, les déplacements pour le travail, le loisir ou le tourisme, et même, les transports de marchandises. C’est donc un enjeu global, qui implique de multiples transformations.

Or ces transformations sont parfois difficiles. Nous avons en effet depuis des décennies structuré notre système de mobilité autour des énergies fossiles et de la voiture individuelle. En d’autres termes, nos villes, nos systèmes économiques, nos normes sociales, tout est structuré autour de l’idée que chaque citoyen ou presque peut se déplacer facilement et rapidement en voiture thermique. Par exemple, nous habitons souvent loin de nos lieux de travail, et même, des lieux de la vie sociale et économique. Pour travailler, consommer, pratiquer nos loisirs, nous devons donc parcourir des distances longues, pour lesquelles il n’y a pas toujours d’alternative évidente au véhicule individuel.

Pourtant, aujourd’hui, de nouvelles pratiques s’institutionnalisent ou commencent à émerger pour transformer ce système. Dans les grandes villes, il existe de plus en plus de moyens de transports permettant de sortir de ce paradigme de déplacements polluants : les transports en commun ou encore les mobilités actives (comme le vélo) notamment, permettent aujourd’hui bien souvent de remplacer la voiture, et des motorisations alternatives émergent, comme la voiture électrique. Pour les marchandises, le fret ferroviaire renaît progressivement, ça et là. 

Mais ces alternatives sont à la fois indispensables et insuffisantes. D’abord, elles ne sont pas disponibles partout : il est en particulier difficile de recourir à ces alternatives lorsque l’on habite en zone rurale ou isolée, où les transports en commun sont rares par exemple.

Les alternatives ont aussi parfois leurs contraintes. Le fret ferroviaire est ainsi souvent délaissé, même lorsqu’il est utilisable, car il est jugé à la fois plus cher et plus lent ou complexe. Le critère purement économique favorise presque toujours les modes de transports polluants, puisque ces modes de transport ne payent pas ou peu leurs externalités environnementales.

Enfin, les modes de transport alternatifs ne sont pas non plus des solutions parfaites sur le plan écologique. Par exemple, contrairement à ce que l’on entend parfois, la voiture électrique n’est pas « zéro émission » ou « zéro impact ». Certes, elle permet de réduire de façon très importante les émissions de gaz à effet de serre et la pollution locale, et ce, même en comptabilisant la pollution liée à la fabrication du véhicule et de sa batterie (pour plus d’informations, voir : La voiture électrique est-elle plus écologique que la voiture thermique ?). Mais la généralisation de la voiture électrique pourrait engendrer d’autres conséquences écologiques : une pression accrue sur les ressources naturelles et les écosystèmes naturels, par exemple. De la même manière, bien que souvent vanté comme une solution écologique, l’hydrogène n’est pas toujours réellement écologique, et il génère aussi d’importantes pollutions.

La mobilité durable face au défi de la sobriété

Pour inventer un modèle de déplacements plus durable, il ne faut donc pas seulement faire émerger des solutions alternatives, mais bel et bien transformer profondément notre rapport à la mobilité. Pour le dire clairement : aucune technologie, aucune énergie “verte” ne permettrait aujourd’hui de préserver nos habitudes de déplacements actuelles sans dégrader l’environnement de manière massive. 

Il est donc fondamental, avant toute chose, que nous changions ces habitudes de déplacements pour les adapter aux limites écologiques de notre planète. Et cela vaut pour tous les acteurs : les acteurs publics doivent agir pour faire évoluer nos systèmes de transports, les acteurs économiques doivent adopter de nouveaux réflexes et faire émerger de nouveaux modes de déplacement, et les citoyens doivent eux aussi changer leurs habitudes.

Au cœur de ces transformations, c’est la notion de sobriété qui doit s’imposer. Il s’agit en fait de prendre le temps de nous poser la question de nos besoins en matière de mobilité. Pourquoi nous déplaçons-nous ? Quels sont nos besoins en matière de déplacements ? Peut-on éviter certains déplacements ? Et quelles sont alors les solutions les plus écologiques pour répondre aux déplacements nécessaires ? Voyons donc à quoi pourrait ressembler cette posture de sobriété appliquée à nos déplacements.

Mobilité durable et sobriété : identifier les déplacements superflus

Le premier enjeu si l’on veut penser sobriété, c’est de chercher à éliminer le superflu. Et en matière de déplacements et de transport motorisé, il existe énormément de superflu. Dans le quotidien, de nombreux déplacements pourraient être évités par des gestes simples. Cela peut sembler évident, mais la première étape pour une mobilité sobre, durable est de se poser chaque fois cette question : “ce déplacement peut-il être évité, en ai-je vraiment besoin ?”

Les déplacements professionnels sont particulièrement concernés. Des pratiques comme le télétravail permettent de réduire certains déplacements professionnels. Pour les métiers qui le permettent, la pratique du télétravail peut éviter jusqu’à 10 trajets par semaine, soit potentiellement des centaines de kilomètres. 

Éviter des déplacements superflus, c’est aussi chercher à réduire et optimiser au maximum les trajets, notamment s’ils sont réalisés en voiture. Comment ? Par exemple, il peut s’agir de faire ses courses en rentrant du travail, pour éviter de faire deux déplacements différents, ce qui permet en général de réduire le nombre de kilomètres parcourus. Mais cela peut être aussi un achat que l’on décale ou dont on décide de se passer pour éviter de prendre le volant. La question se pose d’une manière particulièrement forte pour les déplacements liés au tourisme : a-t-on vraiment besoin de se déplacer (en particulier de se déplacer loin) pour profiter de ses vacances ? (À ce sujet, consultez notre article : Comment imaginer un tourisme durable ?)

En tout état de cause, il est souvent possible, en prenant le temps d’analyser sa vie quotidienne, d’identifier des manières de réduire nos déplacements, d’éviter certains déplacements qui ne sont pas absolument indispensables, d’optimiser et de regrouper les déplacements en voiture pour limiter son usage. 

En plus de réduire notre impact écologique, cela permet parfois de gagner ou de retrouver du temps, comme l’a montré la généralisation du télétravail ces derniers mois avec la crise sanitaire.

Remettre en cause ses préjugés sur la mobilité

La deuxième étape pour entrer dans une démarche de mobilité durable est sans doute de faire un travail de remise en cause. Il s’agit notamment de déconstruire nos présupposés et notre vision sur la mobilité en général. Actuellement, en France, on se déplace beaucoup, assez loin, et généralement en voiture. Un Français passe près de 8 heures par semaine à se déplacer, et près des 2/3 des déplacements sont effectués en voiture, y compris pour certains petits trajets. Se déplacer en voiture, le plus souvent seul, est devenu un réflexe et semble presque la seule alternative.

Pourtant, d’autres modes de mobilité existent, et répondent parfois mieux que le « réflexe voiture » à nos besoins de transports. Les mobilités actives ou les transports en commun sont ainsi des solutions permettant de se déplacer à des coûts et en des temps souvent équivalents à la voiture, notamment en zone urbaine. Par exemple, pour les déplacements de proximité, notamment en milieu urbain, le vélo est souvent un mode de transport plus rapide et plus pratique (plus facile à garer par exemple) que la voiture. 

Le problème, c’est que ces alternatives sont bien souvent occultées par des idées reçues : sur la dangerosité du vélo, la ponctualité des transports en commun ou la difficulté des déplacements partagés par exemple. Or la plupart du temps, ces idées sont fausses. Par exemple, contrairement à ce que l’on pourrait penser, circuler en voiture n’est pas forcément plus rapide que circuler en transports en commun en ville. À Paris, par exemple, la voiture circule en moyenne à moins de 15 km/h, soit autant qu’un vélo, mais moins vite que les plus lentes des lignes de métro, qui affichent des vitesses moyennes autour de 20 km/h. Aussi, 98% environ des trajets en métro arrivent à l’heure. Le vélo n’est pas non plus plus dangereux que les autres modes de transport : en ville, on compte moins de cyclistes tués ou blessés que de motards ou même de piétons. La voiture électrique ou le co-voiturage font aussi l’objet de réserves, souvent fausses ou exagérées, qui freinent leur adoption : jugés trop chers, trop contraignants, ils restent encore souvent marginaux.

Déconstruire ces idées reçues permet de sortir du paradigme du « tout voiture » et d’envisager d’autres modes de transport. Mais ce travail est difficile car il se heurte bien souvent à la force de l’habitude et de l’imaginaire. Il faut alors se pousser à expérimenter des modes de déplacement nouveaux, sortir parfois de sa zone de confort, ce qui n’est pas toujours simple.

Prioriser les mobilités actives

Une fois ce travail de remise en cause effectué, il faut comprendre qu’une mobilité sobre et vraiment durable est avant tout une mobilité “active”. On les nomme “actives” car ce sont les mobilités qui utilisent l’énergie humaine plutôt que des propulsions utilisant de l’énergie (fossile ou non). La marche, le vélo ou encore la trottinette ou les rollers sont des mobilités actives, utilisant la propulsion humaine.

En quelques décennies, les mobilités actives ont beaucoup diminué en France, progressivement remplacées par l’usage généralisé de la voiture. Pourtant, jusqu’à la fin des années 1970, elles représentaient encore une grande part des trajets. En 1967, 26% des salariés se rendaient au travail à pied par exemple, contre seulement 6% aujourd’hui. Pourtant, pour les trajets courts de quelques kilomètres, les mobilités actives sont une alternative intéressante à la voiture.

Pour les trajets de moins de 3 km, la marche est à la fois rapide, écologique, et une bonne manière d’atteindre les recommandations des scientifiques en matière d’activité physique. Le vélo est bien souvent le mode de transport le plus rapide et le plus pratique pour se déplacer en ville pour les trajets d’une dizaine de kilomètres ou moins. Et avec le vélo à assistance électrique, on peut aller encore plus loin grâce à une mobilité hybride : active, et électrique. D’autres modes de déplacement actifs existent : la trottinette, par exemple, est un moyen de transport de plus en plus utilisé dans les centre-villes.

Pour une mobilité plus durable, plus sobre et plus économe en énergie, il semble aujourd’hui nécessaire de revenir à ces modes de mobilité actifs, notamment pour les trajets courts du quotidien, qu’il s’agisse de trajets domicile-travail (quand c’est possible) ou des déplacements pour les achats ou les loisirs. Non seulement, cela permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre et la pollution, mais cela permet aussi de réduire le trafic routier, et donc, l’encombrement des routes. À terme, cela pourrait permettre de libérer de la place dans l’espace public, en diminuant le recours systématique aux places de parking. Ce serait une manière de rendre l’espace public aux piétons et aux vélos.

Mais pour favoriser ces mobilités actives, il faut aussi transformer nos espaces de vie. Par exemple, il faut privilégier des logements proches de nos lieux de travail ou de nos lieux de vie sociale, plutôt que de chercher toujours à s’éloigner pour bénéficier de plus grands espaces, qui par ailleurs, alimentent l’artificialisation des zones naturelles. C’est donc une transformation globale qui s’impose, allant de nos systèmes de transports à nos façons d’habiter l’espace, une sobriété structurelle.

Éviter les moteurs thermiques

Lorsque l’on doit se déplacer et que le recours aux mobilités actives n’est pas possible, il faut aussi acquérir le réflexe éviter les moteurs thermiques. En effet, ces moteurs dans les voitures, les deux-roues comme dans les avions, fonctionnent grâce aux énergies fossiles et émettent donc de grandes quantités de gaz à effet de serre et de pollutions diverses. En choisissant des motorisations alternatives on peut réduire drastiquement ces impacts environnementaux.

Et des alternatives existent pour la plupart des déplacements. Par exemple, les déplacements en voiture peuvent parfois être remplacés par des trajets en transports en commun, dont certains sont aujourd’hui électriques : c’est le cas de certains métros, ou tramways par exemple dans les villes qui en sont dotées. Dans certaines villes, on trouve aussi désormais des bus électriques. Des bus à hydrogène émergent également en Île-de-France, à Pau ou dans le Pas de Calais. Bien que l’hydrogène vert ne soit pas forcément toujours le plus écologique, il permet tout de même de réduire les impacts en comparaison des moteurs thermiques.

En matière de déplacements longue distance, c’est la même chose : choisir le train plutôt que la voiture ou l’avion permet bien souvent d’éviter le recours à des moteurs thermiques. Bien-sûr, certains trains régionaux fonctionnent encore au diesel mais cela concerne moins d’un train sur cinq (voir : Le TER est-il polluant ?). Globalement, choisir le train permet d’éviter le recours aux énergies fossiles et donc de réduire de façon drastique la pollution générée par rapport à l’avion ou à la voiture.

Lorsque les transports en commun ne sont pas accessibles, comme c’est souvent le cas en milieu rural ou périurbain, d’autres alternatives existent. Pour les déplacements du quotidien, il est possible de remplacer la voiture thermique par la voiture électrique, qui réduit fortement les externalités environnementales par rapport à la voiture thermique. En outre, les véhicules électriques sont plus silencieux, plus simples à conduire, et sont parfaitement adaptés pour la mobilité du quotidien, pour laquelle on se déplace rarement à plus de 100 km de son domicile.

S’essayer aux mobilités partagées

En plus du reste, la mobilité durable peut aussi passer par le recours aux mobilités partagées. Ces mobilités désignent les modes de transport qui permettent de regrouper en un seul véhicule plusieurs usagers. C’est le cas du co-voiturage par exemple.

L’idée derrière le co-voiturage est simple : si l’on met trois ou quatre personnes dans une voiture, on polluera moins que si l’on fait circuler ces trois ou quatre personnes dans des véhicules différents. Un véhicule au lieu de trois, cela réduit les émissions de gaz à effet de serre et la pollution, et évite l’encombrement des routes. Et en effet, sachant que le taux moyen d’occupation d’une voiture est à peine supérieur à 1 personne par véhicule pour la plupart des trajets, on se dit qu’il serait intéressant d’optimiser les choses.

Les mobilités partagées sont particulièrement utiles pour réduire les émissions sur les trajets courts, du quotidien, comme pour les trajets domicile-travail. En effet, la plupart du temps les automobilistes se rendent seuls au travail et ils n’ont pas toujours d’autre alternative. En se mettant en contact avec des collègues ou des personnes travaillant dans des endroits proches pour partager un véhicule, ils peuvent donc réduire considérablement l’empreinte carbone liée à leurs déplacements. Sur les trajets plus longs, l’intérêt écologique du co-voiturage est plus discutable, car dans les faits, le co-voiturage sert souvent d’alternative au train, qui est pourtant moins polluant qu’une voiture, même bien remplie (voir à ce sujet : Le co-voiturage est-il vraiment écologique ?)

Les mobilités partagées peuvent aussi être une manière de mettre en commun des véhicules sur le principe de l’économie collaborative. Par exemple : et si votre voiture pouvait être utilisée par quelqu’un d’autre pendant que vous êtes en vacances et ne vous en servez pas ? C’est désormais possible grâce à des appli ou sites internet qui proposent des systèmes de location entre particuliers. C’est aussi le principe de l’auto-partage, comme celui des voitures en libre service : on a alors plus besoin d’être propriétaire de sa voiture pour se déplacer, ce qui réduit les frais associés à la possession d’un véhicule (comme l’assurance) tout en permettant de disposer occasionnellement d’un véhicule en cas de besoin. Si ces pratiques se diffusent, elles permettront à terme de réduire le nombre de voitures en circulation sur les routes. Et de faire un pas de plus vers la sortie du paradigme de la voiture individuelle !

Penser « minimalisme” pour des transports écologiques

Enfin, la transition vers une mobilité durable passe aussi par une approche “minimaliste”. En résumé, il s’agit d’inverser la logique du “toujours plus” qui prévaut souvent en matière de déplacements, pour adopter le “moins”.

Par exemple, depuis quelques années, les citoyens achètent des véhicules de plus en plus volumineux et de plus en plus lourds, comme les SUV. À priori, ces véhicules ne répondent pas vraiment à un essentiel (voir : Écologie : faut-il renoncer aux SUV ?). Le Français moyen n’a pas vraiment besoin d’un volume énorme dans son véhicule, sachant que le taux d’occupation moyen d’un véhicule en France dépasse à peine une personne par véhicule. Il n’a pas non plus besoin d’une puissance importante, sachant que 80% de la population française réside en ville, et une majorité en plaine. La tendance des véhicules lourds et puissants comme les SUV est donc plus une mode et une tendance marketing qu’autre chose, mais c’est une mode qui génère des impacts environnementaux considérables sans répondre à un besoin réellement fondamental. D’une certaine manière, ces véhicules sont donc superflus, pas strictement nécessaires.

Penser la sobriété, ce serait renoncer à ce superflu, en évitant ce type de véhicules pour choisir des véhicules plus adaptés à nos besoins quotidiens, c’est-à-dire des véhicules plus petits, plus compacts, plus économes en énergie ou en carburant. Et cela vaut pour les véhicules thermiques comme pour les véhicules électriques : une grosse berline, même électrique, génèrera toujours des impacts environnementaux très significatifs. Il vaut alors mieux choisir une petite citadine, quitte à louer une voiture plus grosse occasionnellement pour répondre à des besoins ponctuels.

Cette approche minimaliste s’applique même pour des modes de déplacement que l’on imagine à priori « durables ». Prenons la trottinette électrique, par exemple. À priori, l’engin semble plus sobre et durable qu’une voiture. Pourtant, construire un engin électrique complexe, doté d’une batterie, pour des déplacements souvent courts, que l’on pourrait effectuer à pied ou en trottinette classique, ou en transports en commun, n’est pas vraiment une approche écologique, dans le sens où elle ajoute une complexité technologique qui n’est pas vraiment nécessaire. Et dans les faits, à cause de cette complexité technologique, les trottinettes électriques ne sont pas si écologiques que ça en général.

Penser “moins” plutôt que “plus, c’est aussi choisir de se déplacer moins. Partir moins loin en vacances, partir moins souvent, privilégier le moins loin, la proximité, lorsque c’est possible. C’est aussi privilégier les modes de déplacement les moins gros, les moins énergivores, dès que c’est possible : aller chercher son pain à pied ou à vélo plutôt qu’en voiture, se rendre au travail par les transports en commun, plus économes en énergie, plutôt qu’en voiture individuelle, éviter les véhicules lourds et / ou très polluants… Et pour toujours choisir le mode de déplacement le moins polluant, c’est simple : rendez-vous sur le calculateur d’empreinte carbone des déplacements réalisé par l’ADEME

La mobilité durable est donc un enjeu complexe. C’est une nouvelle façon de penser notre mobilité qui doit émerger : de nouveaux véhicules, plus écologiques, mais surtout de nouvelles pratiques, tournées vers l’essentiel et vers la sobriété des productions et des usages. Cela implique d’adapter ses choix de mobilité en fonction de ses besoins de manière réfléchie, en tenant compte bien-sûr des contraintes et marges de manœuvre qu’offrent les collectivités et opérateurs de mobilité. En tout état de cause, cette transformation ne peut pas le fait des seuls citoyens : il faut que l’ensemble du système de mobilité se transforme, avec de nouvelles infrastructures, de nouvelles normes sociales et économiques. Ce nouveau système doit favoriser les mobilités alternatives plus écologiques, et donner l’opportunité aux usagers de les utiliser de façon plus simple. Mais dans tous les cas, la solution ne viendra pas que d’une technologie ou une motorisation, quelle qu’elle soit. C’est bien une transformation globale qui doit s’opérer, avec en trame de fond, toujours, la sobriété.

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