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Mode, beauté : et si on consommait moins, mais mieux ?

Clément Fournier - Rédacteur en chef

Formé à Sciences Po Bordeaux et à l'École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

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En partenariat avec l'ADEME

Pour une mode et une cosmétique plus durable, une seule solution : consommer si possible moins, et surtout mieux. La sobriété, voilà l’objectif ! Tentons de comprendre ce que ça veut dire, avec le nouvel article de notre dossier spécial « Transition écologique et sobriété », en partenariat avec l’ADEME (Agence de la Transition Écologique).

Comme tous les autres secteurs économiques, les secteurs de la mode et de la beauté sont appelés à se transformer pour répondre à des exigences de plus en plus fortes en matière écologique et sociale. Réduire les émissions de gaz à effet de serre, la consommation de ressources  ou encore les déchets, améliorer les conditions de production, les impacts du secteur sur la santé des consommateurs et des salariés, ou le partage de la valeur sont autant d’enjeux que vont devoir relever rapidement le secteur de la mode et celui de la beauté.

Pour faire tout ça en même temps, il fau évidemment compter avec les innovations, avec la transition énergétique et avec de nouveaux procédés de recyclage. Mais surtout, il faudra que le secteur dans son ensemble se réinvente en sortant des logiques de surconsommation qui les anime en prenant le chemin d’une consommation plus responsable et de la sobriété. Consommer moins, mais mieux, voilà sans doute la seule vraie solution pour un secteur de la mode et de la beauté plus soutenable. Tentons de comprendre pourquoi, et surtout, comment faire.

Les impacts environnementaux de la mode et de la cosmétique en question

Depuis quelques années, les secteurs de la mode et de la beauté sont critiqués pour leurs impacts écologiques, sociaux ou encore sanitaires. Par exemple, on sait désormais que l’industrie de la mode génère des consommations de ressources très importantes, et des pollutions diverses. De la culture massive du coton, à la production de fibres synthétiques, en passant par les traitements et teintures appliqués au produits ou encore le transport des marchandises à travers le monde, toutes les étapes de la production d’un vêtement génèrent des pollutions. Résultat, le secteur génère des émissions de gaz à effet de serre, des particules fines, des pollutions diverses qui affectent l’air, les eaux ou les sols. Les conditions de production ne sont par ailleurs pas toujours justes sur le plan social, et des catastrophes comme celle du Rana Plaza rappellent à quel point le secteur est encore marqué par les inégalités et la précarité des conditions de travail. (Voir à ce sujet : L’impact environnemental de la mode et de la fast-fashion)

Le secteur de la beauté et de la cosmétique aussi a ses impacts environnementaux et sociaux. Extraction des matières premières, fabrication des produits, et utilisation d’ingrédients polluants ou encore emballages génèrent pollutions et dégradations des écosystèmes. En termes de conditions de travail et d’éthique, le secteur a aussi ses défis : inégalités entre les hommes et les femmes, éthique animale, exploitation des travailleurs agricoles…

Comment définir la mode et la cosmétique “plus” durable ?

Alors bien-sûr, pour faire face à ces défis, des initiatives émergent pour améliorer un peu les impacts de la cosmétique ou de la mode. De plus en plus d’acteurs de la mode se tournent par exemple vers les textiles alternatifs : le coton bio remplace le coton conventionnel, le lin, parfois cultivé en France, se fait une place dans nos vestiaires, comme le chanvre, les fibres recyclées émergent… Dans le domaine de la beauté, c’est la même chose : les filières bio se développent pour les ingrédients des produits cosmétiques, les emballages à base de matières recyclées commencent à se généraliser.

Malgré ces initiatives, il n’existe pas de produits zéro impact ou “écologiques” pour autant. Compte tenu de leurs conséquences environnementales massives, les secteurs de la mode et de la beauté ne sauront être réellement plus durables que s’ils se transforment en profondeur. Même avec des matériaux plus durables ou des productions locales, la Fast Fashion, qui se fonde sur la surconsommation permanente de produits de qualité très faibles, des prix très bas et le renouvellement constant des collections, continuera à générer des impacts environnementaux au-delà des limites planétaires. Même avec des approvisionnements plus écologiques et des packaging recyclés ou bio-sourcés, l’industrie de la cosmétique restera non-soutenable tant qu’elle encouragera la consommation de multiples produits, aux compositions parfois douteuses, sans se poser la question essentielle des besoins auxquels elle doit répondre. Pour réduire ses impacts environnementaux, la mode et la cosmétique doivent réduire leurs impacts tout au long du cycle de vie de leurs produits : de l’approvisionnement jusqu’au recyclage, en passant par le packaging et le transport, tout en adoptant une démarche visant moins de surproduction et de surconsommation.

Ces secteurs doivent se poser sérieusement la question du changement de modèle économique, et de la transition vers des logiques de sobriété. Les producteurs doivent donc chercher à produire moins et mieux, à sortir de la logique d’une croissance infinie des productions et des ventes. Ils doivent chercher à répondre au mieux aux besoins des consommateurs sans inciter à une consommation nocive. C’est une véritable révolution qui s’impose.

Mode et cosmétique : de quoi avons-nous vraiment besoin ?

Cette révolution, celle de la sobriété, doit revenir à une question fondamentale : de quoi avons-nous vraiment besoin ? De quelle quantité de vêtements avons-nous besoin ? Quelle quantité de produits cosmétiques ? Pour obtenir quel résultat (cosmétique) ?  Pour quels usages ?

Aujourd’hui, ces questions semblent entièrement occultées par les logiques de marchés qui inventent chaque jour de nouveaux produits, de nouvelles lignes de vêtements, de nouvelles collections. On produit, met en vente, achète et consomme (ou jette) des quantités phénoménales de textiles, de crèmes, de parfums, de produits de soin.

Dans le monde, par exemple, selon la Fondation Ellen MacArthur la production de textile a doublé en 15 ans, en partie parce qu’un nombre croissant d’habitants dans les pays en développement notamment accède à des niveaux de consommation plus élevés, mais aussi parce que la consommation de vêtements continue à augmenter dans les pays développés. Ainsi, un Français achète en moyenne autour de 8 kg de vêtements par an, et en jette une partie qui sont encore utilisables. On estime par ailleurs que dans chaque foyer, on peut trouver près de 115 euros de vêtements jamais portés. Une partie de nos consommations dans ce domaine sont le fruit d’achats impulsifs, déclenchés par des procédés marketing spécifiquement conçus pour provoquer la décision d’achat. La mode, par essence, se fonde sur une logique de surconsommation permanente et régulière. Les acteurs de la fast-fashion produisent artificiellement le besoin de renouveler nos vêtements, par l’obsolescence programmée des produits, la création régulière de nouvelles collections, la destruction des invendus qui produit une rareté illusoire.

En réalité, on peut donc se demander : quelle part de ces achats sont réellement nécessaires ? Lesquels pourraient être évités ? Lesquels nous apportent réellement quelque chose ? Voilà les questions qu’il faut se poser, si l’on veut pouvoir réduire la production de vêtements, seule solution pour faire émerger une industrie textile réellement durable. L’objectif est alors de faire émerger une industrie du textile qui nous permette de répondre à notre besoin d’habillement avec sobriété.

C’est la même chose pour la cosmétique et le secteur de la beauté : selon l’INSEE, depuis les années 1960, le budget des Français pour les achats de produits cosmétiques et de soins n’a cessé d’augmenter. Chaque année, un foyer français dépense quelques centaines d’euros en produits cosmétiques et de beauté : crèmes, maquillage, parfums, mais aussi shampoings, savons et autres soins. Il est donc important de se demander : lesquels de ces produits sont réellement utiles ? Lesquels nous servent vraiment au quotidien ? Lesquels sont éventuellement redondants ? Selon une étude IFOP menée en 2020 pour la marque Laboté, près d’un consommateur sur deux gaspille ses produits cosmétiques, dont 13% très régulièrement. C’est là le signe que l’on en achète trop, ou que nos achats ne sont pas adaptés. 

Pourtant, si désormais la notion de gaspillage est bien comprise quand on parle de consommation alimentaire, tout comme les liens entre santé et alimentation, ces aspects sont plus souvent ignorés quand on parle de cosmétiques. Les travaux de l’ADEME montrent que l’on a souvent plus de difficultés à identifier l’achat de produits cosmétiques superflus comme de réels gaspillages. De même, la consommation de divers produits cosmétiques aux multiples ingrédients n’est pas toujours perçue comme un problème de santé publique. Contrairement à l’alimentation où la prise de conscience à eu lieu il y a plusieurs années, le sujet émerge à peine concernant les cosmétiques.

La sobriété au coeur d’une mode et d’une cosmétique durable

L’enjeu est donc d’adopter une posture de sobriété, en se demandant : quelle est la quantité minimale d’achats (vêtements ou produits de beauté) réellement nécessaire à la satisfaction de mes besoins ? En adoptant une telle posture, il est probable que l’on finisse par constater qu’une bonne partie des achats que l’on effectue au quotidien sont plus le fait d’une mode, d’une décision impulsive ou d’un réflexe que d’une réelle nécessité. Prendre le temps de réfléchir à ses besoins en matière de vêtements ou de produits de beauté permet de redonner un sens à ces consommations, d’en faire un acte conscient.

On constate alors souvent que pour répondre à nos besoins, il est souvent plus pertinent d’acheter moins, mais mieux. Un seul manteau, de qualité, qui pourra durer des années, plutôt que 3 ou 4 manteaux, de mauvaise qualité qui ne seront pas utilisés très longtemps, par exemple. Ou une seule crème hydratante, de qualité, plutôt que 3 produits différents, souvent redondants les uns avec les autres. Et cette approche est bénéfique à la fois sur le plan écologique et sur le plan financier, puisque même en achetant des produits plus chers, on compense en achetant moins.

Choisir des produits plus durables et plus sobres

Pour une démarche de mode plus durables, le choix de la qualité rime aussi souvent avec celui de la durabilité. Les producteurs de vêtements ayant les exigences les plus élevées en termes de qualité des savoir-faire et des finitions produisent souvent des vêtements plus résistants, qui s’usent moins. Globalement, ces produits durent plus longtemps, ils s’utilisent donc plus longtemps, permettent de réduire les achats, et par extension la production et donc les impacts environnementaux.

Là encore, pour le consommateur, le co-bénéfice financier, de bien-être voire de santé est important : non seulement on choisit des produits plus écologiques, plus résistants, plus durables, mais en plus on évite de devoir racheter très régulièrement ses vêtements. Si on investit plus au départ, on économise donc à long terme. Les vêtements de qualité sont également souvent plus agréables à porter ou à utiliser : les coupes sont plus adaptées, la qualité des finitions évite que les vêtements se dégradent, grattent ou deviennent rèches.

C’est la même chose pour les produits cosmétiques. Un produit de qualité, c’est souvent un produit plus durable. Mais qu’est-ce qu’un cosmétique de qualité ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas forcément les produits les plus chers, mais ceux qui sont conçus en respectant des normes de qualité, pour les ingrédients ou les formulations, ceux qui répondent mieux à nos besoins, de façon plus durable et plus saine. Inversement, les produits de beauté de mauvaise qualité sont ceux qui surchargent leurs formulations d’ingrédients inutiles, souvent controversés, pour des résultats moins bons : un vernis de mauvaise qualité résiste souvent moins qu’un vernis de qualité par exemple. 

De plus en plus, des labels, des comparatifs, ou des applications comme Yuka permettent de faire le tri et de choisir les cosmétiques les plus respectueux de l’environnement… Pour cela, l’ADEME a produit une documentation synthétique accessible ici. D’ailleurs, une étude menée auprès de foyers témoins en France par l’ADEME a montré que cette situation vaut aussi pour les produits d’hygiène et d’entretien : en choisissant les bons labels et les bons gestes de sobriété dans sa consommation, on peut réduire considérablement son impact environnemental !

Privilégier les matières et les ingrédients naturels

L’autre enjeu qui est souvent très lié à celui de la qualité de production, c’est celui des matières et des ingrédients. Dans la mode comme dans la cosmétique, choisir des matériaux naturels permet bien souvent (mais pas toujours) des bénéfices écologiques, de santé et économiques.

Par exemple, on peut se tourner vers les matières textiles naturelles, si possible locales, comme la laine, le coton, le lin ou le cuir pour ses vêtements. Bien évidemment, une matière naturelle n’est pas toujours nécessairement la garantie d’un vêtement plus écologique, mais lorsqu’elles sont produites dans de bonnes conditions (comme les filières bio, les matières issues d’élevage durables), les matières naturelles peuvent avoir un bilan environnemental intéressant comparativement aux matières synthétiques, bien souvent issues des matières pétrolières. Ces matières ont généralement l’avantage de produire des vêtements plus résistants et plus durables que les produits en matières synthétiques, issues des produits. Cela participe à leur durabilité, mais aussi, généralement, à la réduction de leurs impacts environnementaux, notamment l’exploitation des ressources fossiles.

C’est le même principe pour les cosmétiques : les matières naturelles sont intéressantes dans la mesure où elles sont bien souvent renouvelables (c’est le cas des plantes, par exemple). Le recours à des produits les plus naturels possibles permet d’éviter l’exposition à des substances dont l’effet sur la santé est douteux : adjuvants, texturants, conservateurs… Encore une fois, le recours à des produits d’origine naturelle ne garantit pas forcément un produit plus écologique, mais elle permet de s’inscrire dans une dynamique vertueuse qui s’accompagne souvent de co-bénéfices santé et écologiques.

Moins de transports et d’emballages

Les secteurs de la mode et de la beauté souffrent aussi d’être très dépendantes de chaînes logistiques éclatées sur l’ensemble de la planète. Un seul vêtement peut avoir parcouru des dizaines de milliers de kilomètres à travers le monde avant d’être commercialisé : récolte du coton, tissage, assemblage, traitements, puis vente sont autant d’étapes qui peuvent parfois être réalisées chacune dans un pays différent. Ces stratégies, mises en œuvre pour limiter les coûts de production, ont toutefois un coût significatif sur le plan environnemental et social. Pour certains produits cosmétiques, le transport est ainsi un poste non négligeable de contribution au réchauffement climatique !

Entrer dans une démarche de sobriété, c’est donc aussi se demander comment se tourner vers des produits fabriqués dans une logique plus locale, minimisant les transports évitables. Et si les produits locaux sont parfois plus chers que les produits faits à l’autre bout du monde, ils bénéficient aussi bien souvent d’un autre savoir-faire, et ils s’insèrent dans des logiques de production vertueuses, qui riment souvent avec une qualité supérieure. Il s’agit donc encore d’acheter moins, mais pour acheter mieux, pour soi, pour le tissu économique local et pour l’écologie.

Acheter mieux et plus sobre, c’est aussi aller vers la réduction des emballages. Dans la cosmétique notamment, les produits suremballés sont légions. Comme l’emballage est un élément marketing essentiel, il monopolise souvent les ressources pour distinguer le produit. Or cette logique n’apporte rien au consommateur, ni en termes de confort d’usage ni en termes de qualité du produit. Il serait donc utile de chercher à réduire aussi ces emballages, d’entrer dans une démarche d’éco-conception.

Un changement de paradigme de production et de consommation

En tout cas, pour faire la transition vers une mode et une cosmétique plus durable, il faudra un changement de paradigme de production et de consommation. La sobriété doit désormais être au cœur des logiques de ces secteurs comme des autres. Mais ce qui est particulièrement complexe pour ces industries, c’est que leurs modèles reposent aujourd’hui sur des dynamiques totalement inverses à celles de la sobriété.

Il nous faut passer de systèmes qui cherchent à vendre toujours plus, à créer le besoin, quitte à sacrifier les coûts sociaux et environnementaux, à un système qui vise à vendre moins, mais à vendre des produits à la fois plus qualitatifs, plus durables, au plus près de nos besoins réels. C’est une réflexion de fond, qui doit impliquer les producteurs comme les consommateurs et le régulateur.

Et si les choses évoluent doucement dans le bon sens, le chemin à parcourir reste long pour que chacun s’engage dans cette sobriété si essentielle.

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