À quoi ressembleraient nos vies si l’on voulait réellement éviter le réchauffement climatique ?

Clément Fournier - Rédacteur en chef

Youmatter

Formé à Sciences Po Bordeaux et à l'École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

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Une vie qui respecterait l’équilibre du climat, ça serait quoi ? Combien d’énergie pourrait-on dépenser ? Combien de km en voiture ? Combien de voyages en avion ? On a fait le calcul pour vous. (Article mis à jour en janvier 2022 suite aux estimations plus récentes)

Quand on parle de « réchauffement climatique », on a souvent des difficultés à imaginer ce que cela veut dire. Que représentent vraiment 2 degrés d’augmentation des températures ? Quelles sont les conséquences concrètes du réchauffement climatique sur l’environnement ? Et les conséquences du changement climatique sur la société ? Et sur les entreprises ? Est-ce que c’est vraiment grave ? Et qu’est ce qu’on peut faire pour l’éviter ? Autant de questions auxquelles il est très difficile de répondre.

Une raison principale explique ce flou : il est extrêmement difficile de prévoir exactement les conséquences concrètes du réchauffement climatique. Globalement, on sait que cela va modifier la structure des circulations atmosphériques et océaniques, que cela va faire disparaître certaines espèces endémiques (animales ou végétales) et que cela va augmenter la fréquence des évènements météo extrêmes type cyclones, inondations ou sécheresses. Mais il y a tellement de facteurs en jeu qu’on ne peut pas savoir très précisément quel impact aura ce phénomène sur telle ou telle région.

En revanche, il y a une question à laquelle on peut donner une réponse assez précise : à quoi ressembleraient nos vies si l’on voulait adopter un mode de vie qui évite le réchauffement climatique.

Un mode de vie respectueux du climat, c’est quoi ?

antarctique-polar-pods-changement-climatiqueEn termes de causes, le réchauffement climatique actuel est un phénomène relativement simple. Ce sont nos émissions de gaz à effet de serre qui provoquent le réchauffement climatique anthropique. Pour avoir un mode de vie « neutre » en termes climatiques, c’est à dire un mode de vie qui ne perturbe pas le cycle naturel du climat, il « suffirait » donc de produire moins de gaz à effet de serre que la Terre n’en absorbe chaque année.

Or on sait que chaque année, environ 11 milliards de tonnes de CO2 par an sont absorbées par les écosystèmes et la planète. Théoriquement, si l’on voulait vivre sur une planète avec un climat stable, on devrait donc émettre au maximum 11 milliards de tonnes de CO2  sur l’ensemble de la planète. En admettant que la population de la Terre se stabilise autour de 9 milliards d’individus (ce qui est le scénario retenu par l’ONU à l’heure actuelle) cela voudrait dire que chacun de nous aurait le droit d’émettre environ 1.22 tonnes de CO2 par an pour ne pas dépasser notre « quota carbone » (en admettant que chaque individu ait à peu près les mêmes conditions de vie).

Ensuite, il suffit de comparer ce chiffre (1.22 tonnes par an) à notre mode de vie actuel et aux émissions de CO2 engendrées par divers activités de notre de vie (transport, consommation, production…), et avec quelques estimations, on peut dresser un portrait de ce à quoi notre vie ressemblerait si elle était climatiquement neutre.

1.2 tonnes de CO2 par an et par habitant : notre « budget carbone »

Aujourd’hui, un français émet en moyenne entre 7 et 10.6 tonnes de CO2 par an selon les différentes estimations. Cela veut dire concrètement que nous émettons environ 6 à 9 fois plus de CO2 que nous ne devrions pour respecter l’équilibre climatique. Pour la suite de l’analyse, nous retiendrons les ordres de grandeur de l’estimation faite par MyCO2 par l’agence de comptabilité carbone Carbone4, autour de 10 tonnes de CO2 par an et par personne. Ce chiffre prend en compte nos émissions directes (consommations d’énergie et de pétrole) et nos émissions indirectes (les émissions de CO2 liées à la production et/ou à l’importation des produits que nous consommons). Globalement, d’après cette estimation les trois plus gros postes d’émissions de CO2 dans notre vie sont d’abord le logement, puis le transport et enfin l’alimentation. Le reste rassemble les services divers, l’équipement et l’habillement. Les émissions d’un français se répartissent alors de la façon suivante :

Si l’on devait dès demain se limiter à notre budget carbone de 1.22 tonne par habitant, en gardant les mêmes capacités techniques et les mêmes conditions de production, qu’aujourd’hui, voyons ce que cela donnerait.

En gardant à peu près la même répartition de nos activités qu’aujourd’hui, cela voudrait dire qu’il ne faudrait pas dépasser 325 kg de CO2 émis pour notre logement (dont 150 kg pour les consommations de gaz ou de fioul, 50 kg pour nos équipements électriques, notamment), 300 kg environ pour le transport, 280 kg pour l’alimentation, environ 150 kg pour les services publics comme la santé, l’éducation ou l’administration, et 230 kg pour les biens et services (hygiènes, restaurants, services), pour les achats divers, les loisirs et l’habillement.

Climat : pour un mode de vie radicalement sobre et différent

Mais concrètement, que représentent ces « kilos de CO2 » dans la vie quotidienne ? Eh bien pas grand chose… Par exemple, 150 kg de CO2 pour le chauffage et l’eau chaude au gaz, c’est à peine 650 kWh de gaz consommés chaque année. (voir : Chauffage au gaz et climat : est-ce compatible ?). Sachant qu’actuellement, un appartement récent consomme environ 125 kWh de gaz par m2 pour le chauffage, autant dire qu’on ne chauffe pas grand chose avec seulement 650 kWh. Et si tout le « budget carbone » est brûlé par le chauffage au gaz, il ne reste alors plus grand chose pour le reste des émissions liées à nos logements : construction, entretien, électricité… Côté achats, même constat. Le budget carbone du poste achats ne devrait théoriquement pas dépasser 230 kg (hors alimentation), en y incluant les loisirs. Pourtant, l’achat d’un smartphone « brûle » à elle seule un tiers de ce budget avec près de 80 kg de CO2. Un seul ordinateur représente à lui seul plus que ce budget achat. Et on n’a même pas encore abordé l’achat de vêtements ou d’autres objets de loisir.

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Pour le transport à présent. Si l’on doit se limiter à 300 kg de CO2, cela veut dire qu’on ne doit pas circuler plus de 4600 km en voiture chaque année (dans une voiture peu gourmande, comme une Twingo). Or aujourd’hui, un français roule près de 12 600 km par an dans sa voiture. Si l’on décidait d’abandonner la voiture pour voyager en avion à la place, nous pourrions faire environ 4000 km en avion chaque année au maximum, soit même pas un aller simple pour New-York. (voir : À quoi correspond une tonne de CO2 ? et L’empreinte carbone d’une voiture)

Et enfin, pour l’alimentation, si l’on devait se limiter à 220 kg par personne, cela équivaudrait à changer radicalement notre régime alimentaire. Par exemple, si vous mangez une belle pièce d’agneau de 300 g, vous avez déjà brûlé entre 2 et 10 kg de CO2, soit 1-5% de votre budget carbone annuel pour l’alimentation. Avec notre consommation actuelle de boeuf (20 kg par an et par français en moyenne) on est déjà à 520 kg de CO2 par an ! Impossible donc de continuer ainsi si l’on veut respecter l’équilibre du climat.

Un mode de vie impossible ?

Autrement dit, avec nos conditions de vie actuelles et nos technologies, il semble complètement impossible d’adopter un comportement neutre du point de vue climatique. Cela veut donc dire qu’il faudra adopter des changements drastiques, qui peuvent-être de trois ordres :

  • Le passage à des énergies et des modes de production plus propres (en passant massivement à des énergie faibles en carbone et en améliorant l’efficience des modes de production)
  • L’optimisation de nos consommations (en limitant les gaspillages, les pertes énergétiques et thermiques…)
  • La diminution de nos besoins en énergie carbonées et en produits polluants.

Reste à savoir si nos efforts dans ces domaines seront suffisamment rapides et suffisamment puissants pour nous permettre de limiter notre impact sur le climat avant que celui-ci ne s’emballe réellement.

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