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Polluants de l’air intérieur : les identifier pour mieux s’en prémunir

Valentine Ambert - Rédactrice - Youmatter

Rédactrice pour Youmatter. Formée à Sciences Po Lyon, spécialisée sur les enjeux de développement en Afrique subsaharienne contemporaine et investie dans les secteurs de la RSE, du progrès social et de la transition écologique.

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A l’occasion de la Journée Nationale de la Qualité de l’Air (JNQA) le 16 septembre, Youmatter décrypte pour vous l’air qui compose nos intérieurs et vous propose des solutions pour en améliorer la qualité afin de préserver la santé de tous. 

L’air intérieur est environ 8 fois plus pollué que l’air extérieur, alors même que nous passons en moyenne 20 heures soit plus de 80% de notre temps par jour dans les bureaux, maisons ou bâtiments collectifs. Les sources de pollution dans les bâtiments sont nombreuses, liées aux matériaux de construction, à l’activité humaine, etc. 

Il y a là un réel risque pour notre santé, puisque les polluants contenus dans l’air peuvent provoquer des allergies, de l’asthme voire des cancers à plus long terme. 

Pollution de l’air intérieur : d’où vient-elle ?

Commençons par nous pencher sur les formes et les facteurs de pollution, car leur multiplicité nécessite que l’on s’y attarde. 

Sous quelle forme ces polluants se trouvent-ils ? 

Plusieurs dizaines de composés polluent l’air : il existe les contaminants biologiques (virus, bactéries, moisissures, allergènes…) et les contaminants physico chimiques (particules, monoxyde de carbone, composés organiques volatils -COV- ou semi volatils). 

Les COV forment une famille de plus de 500 polluants, comprenant les pesticides, phtalates, retardateurs de flamme, ou encore… le formaldéhyde. Bien connu des industriels, il est souvent considéré comme le plus dangereux de sa petite famille. 

La concentration en contaminants dépend notamment du taux de confinement dans le bâtiment, ou encore des activités des occupants. 

Et ces substances invisibles, où les trouve-t-on ? 

En 2014, l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) a publié avec l’Agence Nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) la première étude sérieuse sur le sujet. Elle montre que ces substances sont généralement présentes dans les matériaux utilisés pour la construction des logements, dans les matériaux de décoration et d’ameublement aussi à travers les peintures, colles ou autres vernis émissifs. A noter que la concentration en polluants est plus importante dans le mobilier neuf. On en trouve également dans les tapis et mousses synthétiques, les appareils de chauffage et de cuisson.

Selon l’ADEME, bon nombre de nos activités à domicile dégradent la qualité de l’air de nos logements. Outre la fumée de tabac, les produits d’entretien et de bricolage sont émissifs. Les polluants se glissent également dans des objets insoupçonnés comme les bougies ou encens. La combustion dégage du monoxyde de carbone, mais également des COV contenus dans les différentes substances chimiques ajoutées pour créer des senteurs. Même constat pour les produits dits “purificateurs” ou “assainissants” type sprays.  

À l’intérieur des logements, l’air est bel et bien pollué de manière spécifique par rapport l’air extérieur, et les risques pour notre santé ne sont pas à négliger.

Des risques pour notre santé, et un coût pour la société 

Dans cette même étude menée par l’OQAI, l’Anses et le CSTB, la pollution de l’air intérieur coûterait chaque année en France 19 milliards d’euros et serait responsable de plus de 30 000 cas de maladies.
Celles-ci se manifestent au départ par des signes anodins comme de la rhinite allergique, de l’asthme, de l’eczéma, des conjonctivites… Elles peuvent évoluer vers des AVC, cardiopathies ischémiques, bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO) et cancers pulmonaires. 

Plus grave encore, l’OMS dénombre chaque année, dans le monde, près de 4 millions de décès prématurés liés à des maladies imputables à la pollution de l’air domestique notamment due à la cuisson à base de combustibles solides et de kérosène. En outre, près de la moitié des décès par pneumonie chez l’enfant de moins de 5 ans sont dus à l’inhalation de matières particulaires provenant de la pollution de l’air intérieur.

Certains contaminants sont plus dangereux que d’autres. Le formaldéhyde a notamment beaucoup fait parler de lui car au-delà d’être irritant et cancérigène, il est le seul polluant chimique considéré comme un allergène.

Pourtant, les fabricants sont en général bien informés de la nocivité de leurs produits et leur contribution à la pollution de l’air, puisque sur bon nombre de produits ménagers apparaît la mention “utilisez seulement dans des zones bien ventilées”. 

On trouve aussi ces contaminants dans des produits censés nous vouloir du bien comme les sprays dits “assainissants. Une analyse de composition menée par Que Choisir a révélé qu’ils saturaient davantage l’air qu’ils ne l’assainissaient, tandis que ces mêmes sprays sont vendus en pharmacie… 

Ainsi, la pollution de l’air intérieur coûte cher et les risques sont donc bien présents, à la fois pour la santé et pour l’environnement. Comment limiter cette pollution ? Comment agir à l’échelle individuelle ?

Comment se prémunir contre les polluants de l’air intérieur ?

La pollution de nos intérieurs constitue un réel enjeu de santé publique.
C’est en imposant des législations à l’échelle nationale pour obliger les industriels à supprimer les contaminants de leurs produits que les consommateurs pourront effectuer leurs achats d’intérieur en toute confiance et respirer un air sain chez eux.

L’Etat doit également se préoccuper de l’enjeu de la qualité de l’air intérieur conjointement avec celle de l’air extérieur. “Il est essentiel d’appréhender le problème dans son ensemble afin de déterminer les sources de polluants sur lesquelles mettre l’accent “, explique Gilles Aymoz, responsable du service qualité de l’air à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Le Plan National Santé Environnement ou PNSE s’étalant entre 2020 et 2024 s’inscrit dans cette dynamique d’amélioration de la qualité de l’air intérieur. Copiloté par les ministères de la Transition écologique et de la Santé, il constitue un plan d’action à l’échelle gouvernementale, en agissant sur 4 axes : 

  • améliorer les connaissances que l’on a sur les liens entre environnement et santé
  • former les professionnels et les citoyens à ces enjeux 
  • diminuer les expositions environnementales affectant notre santé 
  • démultiplier les actions concrètes 

Ainsi, des mesures sont prises, comme par exemple l’obligation depuis 2012 pour les fabricants d’afficher les niveaux d’émission en polluants volatils de tous les nouveaux de produits de construction et de décoration allant de A+ (très faibles émissions) à C (fortes émissions). A noter que ces étiquettes doivent être interprétées dans un contexte plus large, car les contaminants ne proviennent pas uniquement de la composition des produits, mais du taux d’humidité de la pièce entre autres.

De plus, une surveillance de la qualité de l’air intérieur est obligatoire dans certains établissements recevant du public, en particulier les crèches, écoles maternelles et primaires depuis 2018, mesure étendue aux collèges, lycées et accueils de loisirs depuis 2020. 

Au-delà de l’action des pouvoirs publics, certains acteurs du BTP ont intégré la problématique de la qualité de l’air dans la conception des bâtiments. On peut prendre pour exemple la maison de santé pluridisciplinaire à Châteauneuf-sur-Sarthe, qui a été conçue dans une démarche globale de préservation de la QAI (utilisation de peintures minérales), de l’environnement (utilisation de matériaux biosourcés), et dans une démarche solidaire (chantier-école en intégrant des jeunes en insertion). Le bâtiment est lauréat du Trophée bâtiment santé 2019 qui récompense chaque année les édifices les moins polluants

Ce type d’innovation étant encore peu généralisé, voici 10 conseils pour agir à votre échelle et respirer un air meilleur chez vous. 

Conseils : les gestes barrière pour un air sain 

Vous pouvez améliorer la qualité de l’air de votre logement à travers ces gestes simples. 

Conseil n°1 : Aérez !
15 minutes par jour minimum, pour permettre un renouvellement de l’air. Quelle que soit la météo, et même si votre logement est équipé d’une VMC (Ventilation Mécanique Contrôlée). 

Conseil n°2 : Evitez les parfums d’intérieur.
Type bougies parfumées, encens, désodorisants ou parfums d’ambiance. 

Conseil n°3 : Ventilez après les activités qui produisent beaucoup d’humidité.
Après le bain, la douche, la cuisson, etc., pour éviter la condensation, et à plus long terme les moisissures. 

Conseil n°4 : Fabriquez vos propres produits ménagers.
A partir de produits naturels comme du vinaigre blanc, du savon noir, du savon de Marseille, ou encore du bicarbonate de soude. C’est économique, écologique et bon pour votre santé. Voir à ce sujet notre article : 5 conseils pour un ménage écologique et économique.

Conseil n°5 : Évitez de séjourner dans des pièces qui ont fait l’objet de travaux récents.
Une pièce qui vient d’être repeinte ou redécorée avec de nouveaux meubles par exemple. Il faut l’aérer au maximum pendant plusieurs jours avant de s’y réinstaller.

Conseil n°6 : Nettoyez régulièrement votre animal domestique. 
Lavez et brossez régulièrement votre animal domestique et interdisez-lui l’accès aux chambres. Attention aussi aux antiparasitaires pour chats et chiens. Traitez votre animal à la pipette plutôt que par pulvérisation.

Conseil n°7 : Traquez les pesticides.
Sous forme de diffuseurs, bombes et plaquettes insecticides, privilégiez-leur la tapette. Attention aussi aux produits pour plantes d’intérieur.

Conseil n°8 : Enlevez vos chaussures.
Laissez-les dans l’entrée afin d’éviter de rapporter des polluants de l’extérieur dans votre logement.

Conseil n°9 : Réduisez les pièges à poussière.
Préférez le parquet ou le carrelage plutôt que les moquettes et tapis, évitez d’accumuler des bibelots.

Conseil n°10 : Troquez votre balai, balayette et plumeau contre un aspirateur.
Privilégiez un aspirateur doté d’un filtre HEPA qui piège les particules les plus fines. Pour un dépoussiérage parfait, indispensable avec des enfants, passez ensuite la serpillière ou la microfibre humide sur les sols lisses.

Bonus : Évitez de fumer en intérieur
La fumée de tabac est encore plus toxique pour les populations sensibles (nourrissons, femmes enceintes…) 

Pour plus de conseils, consultez ce guide de l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur.

Photo par aranprime sur Unsplash

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