Lignes électriques à haute tension

Production et consommation électrique en France en 2022 : quel bilan ?

Clément Fournier - Précédemment rédacteur en chef

Youmatter

Journaliste spécialisé sur la transition écologique et sociale, anciennement rédacteur en chef de Youmatter.

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Quelle quantité d’électricité a-t-on produit et consommé en 2022 ? Grâce à quelles sources de production ? Où en est le système électrique français ? RTE publie son bilan.

L’année 2022 a été une année compliquée pour les systèmes électriques partout en Europe, et en particulier en France. Au coeur de l’hiver, la crainte de possibles coupures de courant était forte. Les infrastructures de production, notamment nucléaires, semblaient en difficultés. Il a donc fallu s’engager en urgence dans des mesures de sobriété énergétique.

Mais que retenir de cette année si particulière, qui annonce peut-être une nouvelle normalité pour les prochaines années ? Le bilan électrique 2022 publié par RTE en février 2023 à partir des données de 2022 permet de tirer quelques leçons. Voici points saillants à retenir.

Un nucléaire peu disponible

C’est peut-être la donnée la plus significative à retenir concernant le système électrique français en 2022 : le nucléaire a été peu disponible. Les infrastructures, fragilisées par des problèmes structurels et des travaux de maintenance qui avaient été retardés (notamment à cause des confinements et des lourdeurs de gestion de la filière) n’ont produit en 2022 que 279 TWh d’électricité. Cela représente tout de même 63% de la production nationale, mais c’est la production la plus basse depuis 1988, et cela représente une baisse de 30% par rapport aux deux dernières décennies.

En moyenne, sur l’année, la disponibilité du parc nucléaire n’a été que de 54%, contre près de 73% pour les 5 années précédent la crise de la Covid-19. Cette situation illustre les difficultés actuelles de la filière, coincée dans une sorte d’entre-deux. Les infrastructures, vieillissantes, n’ont pas bénéficié des investissements qui auraient pu permettre de prévenir ou d’anticiper les problèmes techniques qui les ont frappées en 2022 (corrosion sous contrainte, notamment). La fermeture de certaines centrales n’a pas non plus été réellement anticipée et compensée par l’investissement dans de nouvelles infrastructures, qu’elles soient nucléaires ou renouvelables.

La production hydro-électrique en baisse en 2022

De la même manière, la filière hydro-électrique a été marquée par une baisse relativement significative en 2022. Moins de 50 TWh d’électricité ont été produits par les barrages français, qui sont pourtant la première source de production d’électricité renouvelable en France. C’est 20% de moins que sur la période précédente.

Pourquoi une telle baisse ? C’est l’une des conséquences du réchauffement climatique, et notamment de la sécheresser qui a frappé le pays l’an dernier. En effet, la sécheresse et les canicules à répétition ont provoqué une diminution des ressources hydrologiques, et donc de la capacité de production des barrages. Cela montre à quel point les transformations climatiques peuvent peser sur les systèmes de production électriques.

Le gaz, troisième source de production électrique en France

En 2022, le gaz s’est positionné sur le podium des sources de production d’électricité les plus utilisées. Le gaz a ainsi produit pratiquement autant d’électricité que l’hydro-électricité (pratiquement 45 TWh, soit une croissance de 38% par rapport à 2021).

Paradoxalement, alors que l’on devait réduire notre dépendance au gaz dans un contexte d’invasion de l’Ukraine, c’est donc le gaz qui connait la plus forte progression dans le mix électrique français.

Une électricité plus « carbonée » que les années précédentes

La conséquence de la baisse des productions nucléaires et hydroélectriques, ainsi que de la hausse de la production au gaz, c’est que l’électricité français en 2022 a été plus polluante qu’en temps « normal ». La production reste dans sa grande majorité « bas carbone » : 87% de l’électricité produite en France l’a été grâce à des sources bas carbone (nucléaire, hydro-électricité ou éoliennes, panneaux solaires…) mais ce chiffre était plutôt supérieur à 91% sur les années précédentes.

Les émissions de CO2 du système électrique français ont ainsi augmenté d’environ 17% en 2022, passant de 21.5 à 25 millions de tonnes de CO2. La France reste toutefois sur ce point un bon élève européen, notamment grâce à son parc nucléaire historique, puisqu’elle se place en 3ème position dans l’Union Européenne, juste derrière la Suède et la Finlande. La Norvège et la Suisse font également mieux en Europe géographique (mais elle ne sont pas dans l’UE).

Voir aussi : Combien de CO2 émet l’électricité française ?

Une baisse faible de la consommation, et une hausse de la part des importations

Enfin, en 2022, on a beaucoup parlé de sobriété énergétique. Sur le dernier trimestre, tout le monde semblait mobilisé pour réduire la consommation électrique. Pourtant, la baisse observée cette année est relativement faible : 1.7% de baisse par rapport à 2021, environ 4% de baisse par rapport à la moyenne 2014-2019. Si la consommation a certes baissé de façon plus importante sur la fin de l’année, elle avait augmenté à certaines périodes, notamment au printemps avec un mois d’avril plus froid.

Si l’on compare cette faible baisse de consommation à des productions en baisse (notamment sur le nucléaire et l’hydro-électrique) on se retrouve donc avec un déficit de production d’environ 15 TWh… Déficit qui a été compensé par des importations chez nos voisins. Pour la première fois depuis 1980, la France est importatrice nette d’électricité sur l’année, notamment sur les mois de juillet, août et septembre qui on été les plus compliqués pour la filière nucléaire.

Ces difficultés en 2022 montrent bien que le système électrique français est à la croisée des chemins, et qu’il faut d’urgence investir pour développer le système de production de demain. C’est ce que l’on a commencé à faire en installant 5 GW de nouvelles capacités de production d’énergies renouvelables (au premier rang desquelles l’énergie solaire) mais il faut encore aller plus loin, et investir globalement pour préserver la qualité du système électrique français.

Photo de Fré Sonneveld sur Unsplash

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