Une étude publiée dans le Journal of Management montre les liens entre la rémunération d’un dirigeant d’entreprise et la capacité de résilience de cette entreprise. Explications.

Le sujet de la rémunération des dirigeants est bien souvent au coeur des débats lorsqu’on parle des inégalités ou de la responsabilité d’une entreprise. Les dirigeants sont-ils trop payés ? Quel est l’écart acceptable de salaire entre les dirigeants d’une entreprise et ses salariés ? Les fortes rémunérations des dirigeants sont-elles acceptables alors même que leurs entreprises détruisent parfois des emplois ? Ou bien une telle rémunération ne changerait-elle rien à la situation réelle de l’entreprise ?

En général, on dispose d’assez peu de données pour répondre de manière objective à ces questions. Mais de plus en plus, de nombreux champs de la recherchent en management cherchent à montrer comment l’attitude et l’action des dirigeants d’entreprise affectent le fonctionnement des organisations. Et en premier ligne, on trouve la question de la rémunération.

Dernièrement, une étude publiée dans le Journal of Management s’intéresse à cette question : quels sont les liens entre la rémunération des dirigeants et sa capacité de résilience en cas de crise ? Leur constat : les entreprises qui rémunèrent le plus leurs dirigeants sont souvent moins engagées, moins résilientes… et donc plus faibles en cas de crise.

Un lien entre rémunérations élevées et engagement RSE

Les chercheurs ont ainsi conçu un échantillon de près de 300 entreprises cotées en bourse et ont analysé les liens entre la rémunération des dirigeants et leurs performances sur certains enjeux comme la RSE ou la résilience de leur organisation au moment de la crise économique de 2008.

Leurs travaux montrent que plus un dirigeant a une rémunération importante, moins l’entreprise a tendance à s’investir sur les enjeux sociaux et environnementaux (les enjeux de la RSE). De ce fait, l’entreprise est généralement moins bien préparée à affronter les chocs systémiques et a donc en général moins bien encaissé la crise de 2008.

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Selon les chercheurs, les rémunérations importantes de certains dirigeants serait le signe d’une certaine forme « d’avidité ». En effet, les CEO et dirigeants ont une influence non-négligeable dans l’établissement de leur propre rémunération, notamment la rémunération exceptionnelle.

Rémunération : un signe de « l’avidité » des dirigeants

Si la rémunération d’un dirigeant est disproportionnellement plus élevée que celle des autres dirigeants d’entreprise similaire, avec en particulier des bonus importants décorrélés de la performance de l’entreprise, on peut supposer que c’est notamment parce que le dirigeant fait preuve de comportements avides et cherche à maximiser sa propre richesse.

Les chercheurs constate alors que leurs entreprises tendent à disposer de budgets moins importants pour les actions RSE ou la gestion des risques et de la résilience. La logique est la suivante : le dirigeant cherchant avant tout à maximiser ses propres gains est plus réticent à investir dans des postes qui ne participent pas à la maximisation du profit à court terme.

Pourtant, ce sont bien souvent ces investissements qui permettent la résilience sur le long terme. Conséquence : un dirigeant dont la rémunération serait très importante aurait tendance à miner la résilience à long terme de son entreprise. Et la corrélation fonctionne probablement dans les deux sens : ce sont les dirigeants avides qui sont les mieux payés, et les rémunérations importantes tendent à accroître leur avidité.

Rémunération des dirigeants, résilience et réponse face à la crise

Les chercheurs vont même jusqu’à dire que l’existence de bonus importants dans la rémunération des dirigeants est un levier incitant les dirigeants à négliger leurs parties prenantes et les investissements de la RSE.

C’est donc une piste pour moduler l’engagement des entreprises : si la rémunération des dirigeants était moins fortement liée aux performances de court terme, ces derniers auraient sans doute intérêt à regarder de plus près les problématiques de long terme, au lieu de les sacrifier sur l’autel de la profitabilité instantanée.

Peut-être les entreprises commenceraient alors à devenir plus résilientes, plus engagées, et moins fragiles en cas de crise… Comme celle que l’on vit actuellement.