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Non, les TER ne polluent pas « 5 fois plus qu’une voiture » – Fact check

Clément Fournier

Certains médias, reprenant un rapport de la Cour des Comptes, expliquent que les TER polluent « plus » ou « autant » qu’une voiture. Voici pourquoi cette assertion est fausse ou trompeuse.

En octobre 2019, la Cour des Comptes a publié un rapport sur les Trains Express Régionaux intitulé « Les trains express régionaux à l’heure de l’ouverture à la concurrence« .

Outre les coûts et les perspectives stratégiques du secteur TER, la Cour des Comptes a analysé, en partenariat avec SNCF Mobilités et l’ADEME, les émissions de gaz à effet de serre des TER.

En reprenant les données de ce rapport, certains média ont alors titré que les TER polluaient 5 fois plus que des voitures (ici), ou autant que les voitures (ici).

Le problème, c’est que cette idée est fausse ou trompeuse. En réalité, un TER émet systématiquement ou presque largement moins de CO2 qu’une voiture thermique. On vous explique pourquoi, et comment prendre garde à ne pas se tromper avec ce type de chiffres.

Les TER diesel plus polluants qu’une voiture ?

Dans son rapport, la Cour des Comptes se base sur les facteurs d’émission définis par l’ADEME pour calculer les émissions de CO2 moyennes de différents moyens de transport : Car TER, TER électriques, TER diesels, voitures individuelles…

Ces facteurs d’émissions, on les obtient en calculant combien de carburant consomme un mode de transport et en fonction du contenu en CO2 du carburant, on obtient une valeur en CO2 par km.

À partir de ces données, on peut donc calculer combien de CO2 émet chaque mode de transport en fonction du nombre de passagers transportés par ce mode de transport. Par exemple, si un bus émet 700 g de CO2 par kilomètre, mais qu’il transporte 30 passagers, on dira qu’il émet environ 24 g de CO2 par passager et par kilomètre.

Dans le rapport de la Cour des Comptes, on trouve donc l’idée qu’un TER à moteur diesel transportant 10 passagers émet environ 5 fois plus de CO2 qu’une voiture individuelle transportant 1.9 passagers (539 g de CO2 par passager et par kilomètre pour le TER diesel contre 115 g de CO2 pour la voiture). Mais ce chiffre ne vaut que si le TER est un diesel et s’il transporte 10 personnes.

Il faut donc bien vérifier si ces données sont réalistes dans la pratique. D’abord, les TER diesels sont-ils nombreux ? Un TER transportant 10 passagers, cela correspond-t-il a la réalité des TER au quotidien ? Pas vraiment.

Les TER transportent-ils suffisamment de passagers pour être écologiques ?

D’abord, il faut bien noter que la majorité des TER ne sont pas des TER diesels. Seule une faible proportion des TER sont des diesels purs : moins de 18.5% des rames TER sont des diesels. Certaines rames (environ 29%) sont bi-modes, c’est à dire quelles sont électriques mais sont dotées d’un moteur diesel « de secours » pour les portions de ligne qui ne sont pas électrifiées. Le reste, ce sont des trains électriques, qui émettent donc très peu de CO2 puisque l’électricité, en France, émet très peu de CO2.

Ensuite, concernant la fréquentation, le chiffre de 10 passagers est-il réaliste ? Pas vraiment, si l’on en croit les données que l’on trouve dans le rapport. On lit ainsi, page 47, que la fréquentation moyenne des TER en France est de 78 passagers. Dans ces conditions, un TER diesel n’émet plus que 70 g de CO2 par passager et par km, soit 40% de moins qu’une voiture avec pratiquement 2 passagers. Cela signifie que si on compare un automobiliste seul dans sa voiture il émettra 3 fois plus qu’en TER moyen.

Bien-sûr, 78 passagers par train, c’est une moyenne. Il y a donc des lignes qui transportent bien plus de passagers et d’autres qui en transportent moins. Ainsi, le rapport de la Cour des Comptes cite certaines petites lignes régionales, comme la ligne Saumur – La Roche sur Yon, où les fréquentations sont basses. Sur ces lignes, plusieurs types de trains circulent, des électriques, des bi-modes et des diesels : Z 27500, B 84500 X 73500, X 76500. Ce sont souvent des trains d’une capacité d’au moins 150 places. Il faudrait donc que les trains soient remplis à moins de 10% pour atteindre les 10 passagers.

Sur d’autres petites lignes, citées dans le rapport, on trouve des taux d’occupation moyens de 20%, comme sur la ligne Figeac-Rodez en Occitanie. Sur ces petites lignes, non-électrifiées, où roulent des trains mono-caisse (type X73500) il peut donc arriver qu’on se retrouve avec moins de 20 personnes par train. Dans ces cas très spécifiques, il est donc possible que la pollution générée par un TER soit équivalente ou supérieure à celle d’une voiture.

Mais cela concerne en réalité très peu de lignes, et dans la grande majorité des cas, les TER restent largement plus écologiques, notamment quand ils sont électriques et quand ils sont suffisamment fréquentés.

Pollution des TER : un serpent qui se mord la queue

Il est donc trompeur de dire que les TER polluent plus ou autant que les voitures. D’une part parce que ce n’est pas vrai dans la majorité des cas, et d’autre part parce que dans les situations précises où cela est vrai, c’est un problème aux ramifications complexes.

Si les TER polluent, c’est avant tout parce qu’on n’investit pas pour électrifier les lignes. Or, si ces investissements ne sont pas faits, c’est aussi parce que la concurrence de la voiture existe sur ces mêmes lignes et qu’elle rend peu rentable l’exploitation des petites lignes régionales.

Ce problème est celui d’un serpent qui se mord la queue : puisque les automobilistes préfèrent utiliser leur voiture (pour diverses raisons, pratiques et financières) plutôt que de prendre le train, alors il n’est pas intéressant pour les régions et pour la SNCF d’investir dans ces lignes, soit pour électrifier, soit pour faire baisser les coûts des billets. Résultat, ces lignes ferment, ou si elles restent exploitées, elles sont peu fréquentées et le matériel roulant est ancien, donc polluant.

Ce n’est donc pas en prétendant que le TER pollue plus que la voiture (donc en donnant encore plus de raisons aux automobilistes de préférer le confort de la voiture individuelle) qu’on résoudra ce problème. D’autant que, à la différence de la voiture individuelle, le TER est un investissement d’intérêt public : électrifier les lignes, moderniser le matériel roulant, développer les lignes régionales permettrait à terme de réduire l’empreinte carbone globale du transport, et en particulier celle de l’automobile, puisque cela permettrait de disposer de plus d’alternatives écologiques à la voiture.

Il faut donc rappeler que dans la grande majorité des cas, le TER pollue nettement moins que la voiture, et que si certaines petites lignes polluent, c’est avant tout parce que rien n’est fait pour encourager les usagers à les emprunter. La comparaison est donc difficile à tenir, et surtout, elle est fondamentalement trompeuse.

Sources :

– Cour des comptes, Les transports express régionaux à l’heure de l’ouverture à la concurrence : des réformes tardives, une clarification nécessaire, Rapport public thématique, octobre 2019

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