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Végétaliser notre alimentation permettrait de capter plusieurs milliards de tonnes de CO2

Clément Fournier - Rédacteur en chef

Youmatter

Formé à Sciences Po Bordeaux et à l'École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

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La transition vers une alimentation plus végétale pourrait nous permettre de stocker près de 100 milliards de tonnes de CO2, en restaurant les puits de carbone naturels. On vous explique.

Pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et lutter contre le réchauffement climatique, il est primordial que nous réduisions notre consommation de produits d’origine animale. On le sait, la production de viande ou de produits laitiers génère énormément de gaz à effet de serre et de polluants. En particulier, l’élevage bovin est à l’origine de très fortes émissions de méthane. À l’inverse, la production d’aliments d’origine végétale est généralement nettement moins polluante. En remplaçant certains produits d’origine animale de notre alimentation par des produits d’origine végétale, on réduirait donc drastiquement les pollutions générées par la production alimentaire dans le monde.

Mais passer à une alimentation plus végétale a un autre avantage : non seulement elle permet de produire notre alimentation en émettant moins de gaz à effet de serre, mais elle pourrait aussi nous aider à absorber une partie du carbone qui se trouve dans l’atmosphère. Une étude publiée dans la Revue Nature montre en effet que la transition vers une agriculture plus végétale dans les pays développés permettrait d’absorber jusqu’à 100 milliards de tonnes de CO2. La végétalisation de nos assiettes aurait donc un double bénéfice sur le plan climatique. Explications.

Alimentation moderne, pression sur les écosystèmes et réchauffement climatique

L’omniprésence des produits d’origine animale dans l’alimentation moderne des pays développés a de nombreuses conséquences écologiques. D’abord, l’élevage (qu’il soit bovin, porcin, ovin, aviaire ou autre) nécessite une grande quantités de ressources agricoles. Pour produire de la viande ou du lait en grandes quantités, il faut en effet donner aux animaux de la nourriture. Cette nourriture, il faut la produire, et aujourd’hui, une grande part des terres agricoles mondiales sont dédiées, au moins en partie, à la production d’aliments destinés au bétail : tourteaux d’oléagineux, céréales, fourrage cultivé… Résultat, pour produire autant de produits d’origine animale que nous en consommons dans les pays développés, nous créons une pression sans précédent sur les écosystèmes. Les terres agricoles s’étendent, bien souvent au détriment des espaces sauvages, et c’est d’ailleurs l’une des principales causes de la déforestation sur la planète, notamment en Amérique du Sud ou en Asie du Sud-Est.

Cet étalement constant des terres agricoles menace évidemment la biodiversité, puisqu’elle transforme des espaces sauvages uniques en espace agricoles, cultivés, dans lesquels la biodiversité est significativement plus faible. Mais elle a aussi une conséquence climatiques importantes. En effet, remplacer les espaces naturels comme des forêts ou des prairies sauvages par des espaces cultivé réduit considérablement les puits de carbone. Non seulement cela réduit le nombre d’arbres et de plantes sauvages au profit de cultures qui stockent nettement moins de carbone, mais cela réduit aussi significativement les capacités des sols à absorber le carbone atmosphérique.

Végétaliser notre agriculture, ré-ensauvager la planète

En faisant la transition vers une alimentation et une agriculture plus végétale, on pourrait donc réduire de manière très importante la surface de terres agricoles nécessaires à la satisfaction de nos besoins alimentaires. En d’autres termes, on pourrait ré-ensauvager une partie de ces terres, les rendre à leur état naturel de forêt ou de prairie sauvage. Et cela permettrait donc d’augmenter les puits de carbone.

C’est ce bénéfice du point de vue des puits de carbone qu’on voulu évaluer des chercheurs de l’Université de Leiden. Ils ont d’abord choisi une alimentation de référence faible en produits d’origine animale, de l’ordre de 300 g de viande et 200 g de poisson par semaine, avec une consommation modérée de produits laitiers. Puis ils ont évalué comment une telle transition dans les pays les plus avancés pourrait permettre de modifier la répartition des terres agricoles mondiales et l’effet que cela aurait sur nos puits de carbone naturels. Selon leurs calculs, avec une telle transition, près de 100 milliards de tonnes de CO2 pourraient ainsi être stockées grâce aux puits de carbone restaurés.

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Une transition aux effet systémiques

En résumé : la transition vers une agriculture plus végétale et empiétant moins sur les espaces naturels constitue un potentiel considérable de capture du CO2. À l’heure où l’on parle de plus en plus de stockage et de capture artificielle du CO2, il est donc bon de rappeler que les principaux potentiels dans ce domaine restent nos espaces naturels, qu’il suffirait de restaurer pour lutter activement contre le surplus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

C’est donc un argument de plus pour la transition vers une alimentation moins riche en produits d’origine animale. D’autant qu’une telle transition a des effets systémiques. Selon les chercheurs, elle permettrait de réduire de près de 60% les émissions liées à la production alimentaire en plus d’augmenter significativement nos puits de carbone naturels. C’est aussi une transition utile sur le plan de la santé puisque l’alimentation riche en produits d’origine végétale et faible en produits d’origine animale est celle qui offre le plus de bénéfices du point de vue de la santé globale.

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