Lors de la dernière décennie, la France a connu une suite d’événements qui a obligé les gouvernements successifs à repenser le système d’alerte pour les populations en cas de risques climatiques, terroristes ou industriels.

La série d’attentats entre 2015 et 2016, l’incendie de l’usine Lubrizol classée Seveso en 2019, les feux de forêt inédits qui ont touché la France en 2022, ou bien l’arrivée des Jeux Olympiques de Paris en 2024 sont autant d’événements qui ont poussé la création d’une nouvelle plateforme d’alerte : FR-Alerte.

Dans le cadre du Plan France Relance, un budget de 50 millions d’euros a été accordé pour le déploiement de FR-Alerte. Maintenant opérationnel depuis le mois de juin 2022 sur l’ensemble du territoire national, métropolitain et dans les Outre-mer, ce dispositif d’alerte et de prévention des risques en temps réel permet, comme l’indique le site du gouvernement, « d’informer sur la nature et la localisation d’un danger ou d’une menace et d’indiquer les actions et comportements à adopter » à toute personne détentrice d’un téléphone portable.

Ce mouvement de modernisation des systèmes d’alerte a été initié par l’Europe dès 2018, grâce à l’article 110 du Code des communications électroniques européen, qui oblige les pays membres à mettre en place au moins une des deux technologies entre la diffusion cellulaire (Cell Broadcast) et les SMS géolocalisés, ou Location-Based Short Message System (LB-SMS).

Dans un contexte où les dangers climatiques, notamment liés aux événements météorologiques extrêmes, risquent d’être de plus en plus présents, la question se pose : comment cette modernisation peut-elle servir pour alerter les populations face au risque climatique ?

Événements climatiques : un nouvel attirail d’alerte, une solution mixte

De nouvelles technologies pourraient servir à alerter, en cas d’incendies, d’inondation, de tempête violente ou autres événements environnementaux. Par exemple, la technologie de diffusion cellulaire permet d’émettre une notification, écrite et sonore, à tous les téléphones portables présents dans le rayon de diffusion d’une antenne de télécommunication. Certains pays, à l’image du Japon et des États-Unis, l’utilisent depuis près de 20 ans.

Elle a l’avantage de diffuser instantanément un message à un grand nombre de personnes. Elle facilite en outre la communication à destination des touristes étrangers en voyage dans la zone touchée grâce à l’envoi d’un message traduit dans la langue du téléphone du destinataire. La technologie nécessite cependant un appareil relativement récent (après 2012), possédant la technologie de diffusion cellulaire.

Le CB souffre cependant de désavantages majeurs. Il ne fonctionne que sur un réseau spécifique. Du moins en France, il reste cantonné au seul réseau 4G, ce qui empêche une partie de la population d’avoir accès au service. Autre spécificité, il ne permet pas aux autorités publiques de savoir combien de personnes ont reçu et lu le message d’alerte. Un problème pour l’organisation des différents acteurs lors d’une gestion de crise.

« Depuis juin 2022, la diffusion cellulaire a été déployée et est techniquement fonctionnelle en France, venant compléter environ 2000 sirènes, explique Johnny Douvinet, géographe et Professeur à l’Université d’Avignon, mais d’ici le premier semestre 2023, le LB-SMS devrait être mise en place sur le territoire national, et l’alerte par satellite sera même opérationnelle d’ici 2024 ».

Le LB-SMS devra permettre de combler les limites du CB. La technologie fonctionne de son côté grâce aux réseaux traditionnels de communication (2G jusqu’à la 5G) et permet l’envoi d’un SMS à tous les téléphones présents dans une zone définie. Les autorités peuvent ainsi connaître le nombre exact de téléphones atteints par le signal. En revanche, le LB-SMS souffre, lui-aussi, d’une limite technique. L’envoi massif d’un SMS à de nombreux utilisateurs peut saturer le réseau. Il existe donc un risque de congestion, comme lors des grands rassemblements où appels et SMS peinent à être acheminés.

Ces deux nouvelles technologies complètent un système vieillissant et peu performant centré sur l’utilisation de sirènes.

Un retard sur l’alerte climatique maintenant rattrapé

Les sirènes, testées tous les premiers mercredi du mois dans les villes ont cet avantage d’être rentrées dans le quotidien. Un son distinctif et prenant mais qui semble aujourd’hui quelque peu anachronique. Mise en œuvre au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par le Général de Gaulle, le Réseau National d’Alerte (RNA) a été déployé dans le but d’alerter les populations face à une attaque aérienne. En 1960, elles n’étaient que 1000, en 2010, 4291 sirènes étaient réparties sur le territoire. Mais leur utilisation est devenue rapidement désuète, voire inutile.

Outre la multitude de limites techniques, par exemple les dysfonctionnements électriques, le vieillissement des dispositifs ou le rayon de diffusion, l’alarme en elle-même ne donne finalement qu’une information floue, incomplète et ne concerne qu’un faible nombre d’habitants. L’État a bien essayé d’améliorer et moderniser le système au niveau national par l’investissement de plus de 80 millions € dans le cadre du Système d’alerte et d’information à la population (SAIP), sans pour autant que ces investissements soient vraiment effectifs. Même avec le nouveau réseau SAIP, les sirènes toucheraient moins de 30 % de la population.

Et encore faut-il que les sirènes soient utilisées. En près de 60 ans d’existence, les sirènes n’ont résonné en France qu’une dizaine de fois, dont seulement 2 fois lors d’un épisode climatique pour les sirènes gérées par l’État. La faute principalement à une peur des autorités publiques de créer des mouvements de panique dans les populations.

Mais cette époque est maintenant révolue par la création d’un réseau hybride. « La France a rattrapé son retard, et est même devenue un leader à l’échelle de l’Union Européenne, précise Johnny Douvinet, puisque sur les 27 pays membres de l’UE, seulement 5 pays ont décidé d’intégrer les deux systèmes CB et LB-SMS ».

Un système fonctionnel ne veut cependant pas dire qu’il est effectif. Comme le souligne le chercheur de l’Université d’Avignon, vient maintenant les périodes de sensibilisation et de formation des autorités compétentes dans le déclenchement des systèmes d’alerte afin d’assurer un déclenchement de FR-Alert adapté à l’événement.

Alerte climatique : des citoyens à convaincre

Mais cet exercice de prévention doit aussi être accompli au niveau des citoyens. Le processus d’alerte doit être compris, accepté et maîtrisé par les Français qui depuis l’article 4 de la loi de Modernisation de la Sécurité Civile du 13 août 2004 doivent maintenant veiller « à prévenir les services de secours et à prendre les premières dispositions nécessaires », en cas d’événements majeurs, notamment les événements climatiques.

La diffusion de FR-Alerte doit d’abord passer dans un premier temps l’obstacle de la confidentialité numérique. Comme expliqué dans ce rapport technique rédigé dans le cadre du projet Cap-4-MultiCan’Alert de l’Université d’Avignon, « des failles dans la sécurité des LBAS pourraient aussi être explorées, et l’envoi à la population de fausses alertes ou de messages frauduleux est ainsi tout à fait envisageable ». Le smartphone, les réseaux sociaux, les outils de géolocalisation, tous bénéfices qu’ils offrent, rendent plus vulnérables ses utilisateurs dans la protection de leurs données. Au contraire, avec ce nouveau dispositif, ceux qui n ‘ont pas d’objets numériques ou qui s’en privent volontairement se trouvent logiquement défavorisés.

La démocratisation des appareils numériques individuels dans l’alerte aux populations questionne aussi le poids environnemental de tels outils. Si petit qu’il soit, le smartphone reste polluant et coûteux dans son installation et son entretien, et cache tout un écosystème numérique (antennes, serveurs, mines d’extraction de matériaux…).

Au-delà de la simple alerte, la gestion du risque lors d’événements extrêmes, climatiques, terroristes, et/ou industriels nécessite l’action coordonnée de l’ensemble des acteurs, étatique, institutionnels, privés, associatifs et ceux en première ligne lors d’une catastrophe : les citoyens. Bien souvent, ces derniers sont, notamment grâce à l’entraide spontanée, le dernier rempart face aux lacunes de l’État, du secteur privé, ou des administrations locales lors de la gestion d’une crise.

Image par Hans de Pixabay

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