Quels sont les enjeux importants qui doivent être discutés à la COP23, lundi prochain à Bonn ? Voici les 5 plus fondamentaux.

La COP23 démarre ce lundi à Bonn. Et même si l’emballement médiatique est moins fort que pour la COP21, le Sommet annuel des Nations Unies sur le changement climatique revêt cette année encore une importance fondamentale.

En effet, après une année marquée par les catastrophes climatiques (la multiplication des cyclones à cause du changement climatique aux Etats-Unis, la série d’incendies liées au réchauffement en Europe…) il semble plus important que jamais de prendre en charge le problème du réchauffement climatique. Cette année, la COP23 va donc poursuivre les efforts engagés à la COP21 puis à la COP22 à Marrakech. De ces discussions vont dépendre notre capacité à gérer le problème du changement climatique. Voici les 5 enjeux les plus fondamentaux à suivre cette année pour les Accords de Paris à la COP23.

1 – Comment relancer la dynamique après la sortie de Trump ?

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La sortie des Etats-Unis de l’Accord de Paris sous l’impulsion de Donald Trump a été un relatif coup dur pour la lutte contre le réchauffement climatique. Un coup dur car les Etats-Unis sont le premier pollueur mondial en termes d’émissions par habitant, et le premier pollueur mondial en valeur absolue si l’on inclut les émissions importées. Mais ce coup dur est relatif : en effet, malgré le retrait officiel des Etats-Unis, de nombreux acteurs se sont engagés dans le combat contre le réchauffement climatique aux Etats-Unis : les villes, les entreprises, le secteur associatif.

La question qui va se poser à la COP23 sera donc la suivante : comment relancer et poursuivre cette dynamique ? Comment empêcher d’autres Etats de se retirer des débats face à la perte de légitimité que la sortie des Etats-Unis représente pour l’Accord ? Mais aussi comment continuer à créer une dynamique positive autour des acteurs non-étatiques ? L’enjeu, c’est de mobiliser et de continuer à mobiliser. Car si l’engagement s’essouffle, le peu d’efforts qui ont été mis en place jusqu’ici risquent de rester lettre morte.

2 – La finalisation du « rulebook » de l’Accord de Paris sur le suivi des émissions

L’autre gros enjeux de la COP23, c’est de parvenir justement à transformer ces efforts afin d’être enfin à la hauteur de l’enjeu climatique. En effet, la différence principale entre l’Accord de Paris et le Protocole de Kyoto, c’est que l’Accord de Paris se base sur une série de contributions volontaires des Etats. Autrement dit, chaque Etat se fixe lui même ses objectifs de réduction de CO2. Si cette formule a permis de s’assurer une adhésion maximale partout dans le monde, elle pose un problème fondamental : les efforts ne vont pas du tout assez loin.

Toutes les études récentes montrent en effet que les contributions volontaires actuelles suffiront à peine à couvrir un tiers des réductions qu’il faudrait effectuer pour espérer rester sous la barre des 2 degrés. Et encore, en admettant que ces contributions soient effectivement mises en place, ce qui est loin d’être garanti compte tenu des politiques actuelles. Pour remédier à ce manque, l’Accord de Paris précisait que les contributions des Etats devraient être régulièrement revues à la hausse. Problème : le « rulebook » c’est à dire l’ensemble de règles régissant la révision des contributions n’est pas encore clair.

À la COP23 il va donc falloir préciser quand les contributions seront réévaluées, tous les combien, et comment elles seront contrôlées. Il s’agit aussi de mettre en place des mécanismes de transparence peut-être de mettre enfin un peu de pression sur les Etats pour que leurs réductions de CO2 soient effectivement mises en place. Tout un programme donc, qui s’annonce plutôt conflictuel dans la mesure où les gouvernements semblent encore loin d’être prêts à sacrifier quoi que ce soit pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

3 – Quelle feuille de route pour le financement de la transition bas carbone ?

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L’autre grand enjeux des COP (et ce depuis la COP15 à Copenhague) c’est la question du financement de la transition vers des sociétés bas carbone. Dans l’Accord de Paris, il est acté une responsabilité commune mais différenciée sur le changement climatique. En gros, ce que cela signifie, c’est que si tous les Etats sont en partie responsables du réchauffement climatique, la responsabilité qu’ils portent est relative à leur poids en termes d’émissions historiques. En résumé : les pays occidentaux qui ont globalement plus contribué à la pollution (et qui ont le plus profité économiquement et socialement de la croissance économique qui a créé cette pollution) sont un peu plus responsables que les pays en développement, pour qui il est encore difficile de faire du réchauffement climatique une priorité (compte tenu de leurs besoins de développement social et économique).

Cette responsabilité devait donc se traduire financièrement : les Etats développés doivent en principe financer la transition vers des économies bas carbone pour les pays en développement, via un Fond Vert de près de 100 milliards. Deux problèmes se posent par rapport à cette responsabilité financière : d’abord ses modalités pratiques (qui finance, comment, dans quelle proportion, où va l’argent, dans quels délais….) et ensuite son montant. En effet, les études estiment que pour qu’un changement significatif et suffisamment rapide soit mis en place globalement, il faudrait un financement de près de 3000 milliards. Difficile sans une réforme globale des règles de la finance internationale et une réallocation de ses flux…

La COP23 ne pourra pas répondre pleinement à cet enjeu, mais elle devra au moins se pencher sur un certain nombre de questions pratiques liées au Fond Vert.

4 – Quelle place pour l’agriculture et l’urbanisation ?

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Ils étaient les deux grands absents des négociations de la COP21 et de la COP22, ils devront être au centre de celles de la COP23 : il s’agit de l’agriculture et de l’urbanisation. Paradoxalement, on a très peu parlé de ces deux questions dans les précédents volets des négociations sur le changement climatique. Pourtant, elles sont fondamentales : la chaîne d’approvisionnement globale de l’agriculture est responsable de près de 18% des émissions de CO2 mondiales, tandis que l’urbanisation décide in fine de nos infrastructures d’habitat (près d’un tiers des émissions mondiales via les besoins en énergie), de transport (aussi un tiers de nos émissions) et de nos consommations de ressources.

En matière d’agriculture, certains évènements sont déjà en place pour la COP23 : les discussions autour de la Déclaration d’Amsterdam (le programme zéro-déforestation), l’initiative 4 pour 1000 sur la gestion des sols agricoles et la séquestration carbone, et deux petits évènements sur l’impact des ruminants et sur l’agro-écologie. Mais l’enjeu véritable, c’est d’arriver à faire enfin de l’agriculture et de la gestion des sols des questions politiques centrale dans les accords climatiques, de lui donner de la visibilité, de faire de la pédagogie et de promouvoir un modèle agricole agro-écologique. Une mission sans doute difficile dans un contexte de lobbyisme parfois intense sur ces questions, mais fondamentale.

Du côté de l’urbanisation, l’enjeu est encore plus complexe : aucune conférence n’est centrée sur ce thème au sens strict… Les différents acteurs mobilisés devront donc redoubler d’efforts pour faire émerger cette problématique.

5 – Quelle prise en compte pour l’adaptation au changement climatique

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Enfin, la dernière question et peut-être aujourd’hui la plus fondamentale pour cette COP23 est la suivante : comment va-t-on s’adapter aux bouleversements climatiques ? En 2015 à la COP21, l’Accord de Paris avait fait émerger des espoirs de succès dans la lutte contre le réchauffement climatique. Aujourd’hui ces espoirs sont plus minces que jamais. L’ONU a publié très récemment une étude dénonçant les écarts catastrophiques entre les besoins de réduction de CO2 et l’état réel des politiques mises en oeuvre et des contributions volontaires. Un peu plus tôt, une équipe de chercheurs avait démontré qu’il ne restait qu’un peu plus de 2 ans pour inverser la courbe des émissions de CO2, tendance qui semble désormais presque impossible à atteindre dans les temps.

On peut aujourd’hui dire avec une relative certitude que les efforts qui seront menés dans le cadre de l’Accord de Paris, quels qu’ils soient, ne suffiront pas à protéger les sociétés internationales de dangers climatiques importants. La présidence de la COP23 cette année assurée par les Îles Fidji (directement menacées dans les années à venir par la montée du niveau de la mer) devrait d’ailleurs être une bonne piqure de rappel de cette réalité. Après une année où l’ensemble de la planète a fait face à des enjeux climatiques plus dramatiques les uns que les autres, une question se pose : que va-t-on faire pour s’adapter ? Les gouvernements prendront-ils acte que leurs renoncements passés amènent aujourd’hui à une situation où il est aussi important de réduire les émissions que d’investir pour amortir les dégâts déjà en marche ? Prendront-ils acte des risques d’effondrement que la situation climatique fait peser sur certains Etats (voire sur tous) à un horizon de temps pas si éloigné que ça ? Sauront-ils imaginer un monde qui fait sa transition vers la résilience ?

Aujourd’hui, des centaines de millions de personnes sont d’ores et déjà exposées à des risques mortels (au sens strict) liés au changement climatique : certaines zones d’Asie du Sud-Est sont déjà inhabitables, certains rendements agricoles commencent à baisser (exposant les populations à des famines comme celles qui affectent cette année le Yemen et certains pays de la Corne Africaine), et certains pays, y compris en Europe, font d’ores et déjà face à des sécheresses inédites depuis près de 200 ans, sécheresses qui menacent à moyen terme la capacité des sociétés à répondre à leurs besoins. Il est donc temps de se préparer à cette nouvelle réalité climatique qui pourrait engendrer bien des conséquences dramatiques : migrations de masse, hausse des prix et instabilité financière, conflits pour l’accès aux ressources.

Et si cela peut paraître alarmiste, il n’en est rien. La COP23 porte en elle toutes ces questions essentielles, et si l’espoir est encore permis (bien sûr) il doit être un espoir réaliste. Le temps des discussions et circonvolutions semble bien toucher à sa fin. Une raison de plus de rester mobilisés.