Dans quelques jours s’ouvrira à Marrakech la COP22. Après une COP21 considérée largement comme un succès, la COP22 suscite moins d’intérêt médiatique. Mais alors, à quoi sert cette COP22 ? Qu’est ce qui sera décidé à la CO22 ? Pourquoi est-elle importante ? Décryptage

La COP21 qui s’est tenue en décembre 2015 à Paris est largement considérée comme un succès, et comme la pierre angulaire de la lutte internationale contre le réchauffement climatique. Le fait que 197 pays aient pu se mettre d’accord sur des objectifs de réduction des émissions de CO2 afin de lutter contre le réchauffement climatique est une première dans l’histoire des relations internationales. La signature récente de plusieurs géants économiques (les Etats-Uns, la Chine, l’Inde, l’Union Européenne) a permis à l’Accord de Paris d’entrer en vigueur en quelques mois seulement…

Mais alors, à quoi peut bien servir la COP22 ? Pourquoi se réunir encore une fois si tout est déjà décidé depuis la COP21 ?

À quoi sert la COP22 ? Pourquoi une COP22 après l’Accord de Paris ?

COP21-BIlanComme son nom l’indique, la COP22 est la 22ème « Conference of the Parties » ou réunion des parties signataires de la Convention Cadre des Nations-Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) adoptée en 1992. Le rôle des ces conférences qui se tiennent chaque année est de définir la stratégie des signataires de la CCNUC dans la lutte contre le réchauffement climatique, négocier ensemble ce qu’ils vont faire, comment ils vont le faire. Pour ceux qui n’avaient pas suivi, la COP21 était donc la 21ème de ces réunions, au cours de laquelle a été adopté l’Accord de Paris, un accord contraignant dans lequel les pays se sont enfin engagés (23 ans après l’adoption de la CCNUCC) à réduire leurs émissions de CO2 de façon à limiter le réchauffement à 2°C.

[box]Pour en savoir plus sur la COP21 et l’Accord de Paris, voir notre article : COP21, quel bilan, quelles suites ?[/box]

La COP22 est donc l’étape suivante après les Accord de Paris, celle où les Etats signataires vont évaluer les stratégies mises en place, peaufiner les accords définis en amont, et définir la stratégie pour la suite. C’est une étape obligatoire sur le plan juridique et un moment essentiel pour organiser les actions des différentes parties. En résumé, c’est un peu comme si tous les Etats avaient signé ensemble un contrat, et qu’ils se réunissaient chaque année pour vérifier que le contrat fonctionne, garder une bonne dynamique et voir ce qui peut être encore améliorer. Mais concrètement que va-t-il se passer à la COP22 ?

COP22 : la COP pour faire passer l’Accord de Paris de la déclaration à l’action

Si la COP21 est un succès, c’est avant tout parce qu’elle marque un grand pas en avant symbolique dans la lutte contre le réchauffement climatique. C’est en effet la première fois que pratiquement tous les pays du monde ont signé ensemble un accord précisant des objectifs communs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est aussi la première fois qu’une négociation internationale aboutit à un tel consensus.

Néanmoins, pour l’heure, la COP21 reste un accord déclaratif qui ne précise pas ce qui va être fait concrètement, comment et avec quels moyens. La COP21 précise par exemple que les Etats signataires doivent réduire leurs émissions de façon à maintenir l’augmentation des températures sous la barre des 2°C par rapport aux niveaux industriels. Pour ce faire, les Etats ont déposé avant la COP21 des « contributions nationales » (Nationally Determined Contributions, ou NDCs) dans lesquelles ils se fixent des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais ce que ne précise pas l’Accord de Paris, c’est comment ces objectifs vont être atteints en pratique, et comment faire pour que ces contributions nationales permettent VRAIMENT d’atteindre l’objectif des 2°C. La COP21 a également prévu le déblocage de 100 milliards de dollars d’aides aux pays en développement pour la lutte contre le réchauffement climatique, mais ne précise pas qui financera cette enveloppe, qui en bénéficiera et dans quelles conditions.

COP21 Draft brouillon
La COP22 : la COP21 en action

La COP22 sera donc particulièrement décisive, puisque c’est à Marrakech que vont être négociées les modalités pratiques de la mise en place de l’Accord de Paris. En résumé, on peut dire que si la COP21 a défini ce que les Etats voulaient faire, la COP22 définira comment ils vont le faire. La COP22 sera l’occasion d’éclaircir 4 points fondamentaux :

  • Les modalités pratiques de la lutte contre le réchauffement climatique : à la COP22, les Etats vont devoir développer un « Plan d’Adaptation National », précisant comment ils vont concrètement réduire leurs émissions de gaz à effet de serre afin de remplir les engagements de leurs NDCs (quels sont leurs plans de transition énergétique, quels secteurs seront impactés, grâce à quelles politiques publiques…). La COP22 sera également un moment de négociation et de renégociations des objectifs nationaux de réduction des gaz à effet de serre. En effet, on sait aujourd’hui qu’avec les objectifs que se sont actuellement fixés les Etats à travers les NDCs, il sera impossible d’atteindre les 2 degrés. Il va donc falloir que les Etats aillent plus loin dans leurs objectifs et leurs engagements.
  • Les modalités de l’aide aux pays en développement. Il s’agit de préciser comment seront débloqués les fameux 100 milliards qui devraient permettre aux pays en développement de financer la lutte et l’adaptation au changement climatique. Qui va payer ? Qui va percevoir ? Par quelle institution et sous quelles conditions ? Comment seront contrôlés les fonds attribués ? Quelle sera la latitude des Etats bénéficiaires dans l’utilisation des fonds ? Autant de questions (très tendues) sur lesquelles les Etats vont devoir se mettre d’accord.
  • Les modalités de mise en oeuvre de l’Accord de Paris : quelles seront les prochaines étapes ? Quand seront renégociées les NDCs ? Quels seront les mécanismes de contrôle et de transparence ? Les Etats à la COP22 vont devoir définir le calendrier des prochaines COP. L’Accord de Paris étant entré en vigueur beaucoup plus tôt que prévu (il avait fallu plus de 8 ans au protocole de Kyoto pour entrer en vigueur), il est urgent de définir les étapes réglementaires suivantes, le calendrier et les règles du suivi de l’Accord.
  • Les mécanismes d’engagement des différents acteurs, notamment le secteur privé et le secteur associatif. L’Accord de Paris n’engage pas seulement les Etats. Le programme « Action program Lima – Paris » engagé entre la COP20 et la COP21 avait lancé une dynamique avec les collectivités locales, les ONG, et le monde associatif en général. Il s’agit de poursuivre cette dynamique et de voir comment ces acteurs peuvent contribuer à l’atteinte des objectifs. Il s’agit également de définir comment les acteurs étatiques, non étatiques, et privés vont co-construire ensemble la mise en place d’un vrai programme de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Les négociations de la COP22 : encore plus importantes que la COP21 ?

COP22 négociations accord paris mise en placePour toutes ces raisons, la COP22 sera véritablement la conférence qui va déterminer la réussite de l’Accord de Paris.

L’histoire des négociations internationales en matière climatique montre qu’il est souvent plus facile de signer un accord que de parvenir à son effectivité concrète. C’est ce qui s’est passé au Protocole de Kyoto signé en 1997. À l’époque, tous les responsables politiques considéraient comme un succès la signature du Protocole qui définissait lui aussi des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais une fois signé, le protocole a stagné. Il a déjà fallu 8 ans pour que suffisamment d’Etats ratifient le protocole et qu’il entre en vigueur (en 2005). Certains Etats pourtant très polluants (comme les Etats-Unis) avaient même finalement refusé de le ratifier. Puis, une fois entré en vigueur, les mécanismes du Protocole ont été mis en place à des degrés variables : les Mécanismes de Développement Propre ont généré 16 milliards d’investissements seulement (avec une efficacité douteuse sur la réduction des émissions), les marchés des permis d’émission n’ont été mis en place qu’en Europe, et dans des conditions qui ont souvent fait polémique…

Pour éviter que l’Accord de Paris ne subisse le même sort que le Protocole de Kyoto, il est donc nécessaire de prévoir assez précisément les conditions de sa mise en place : qui va faire quoi ? Comment ? Avec quel budget et quel objectif chiffré ? Qui contrôlera la réalisation des objectifs et avec quels critères ? Faut-il harmoniser les NDCs afin que les cibles et les objectifs soient pris sur des critères communs ? Si l’on ne répond pas à ces questions, l’Accord de Paris risque de rester dans un espèce de flou juridique qui rendra sa mise en place effective compliquée. Et c’est là tout l’enjeu des négociations qui vont se tenir à Marrakech pour la COP22.

Malheureusement, la conférence organisée sous la présidence marocaine suscite moins d’engouement et de couverture médiatique que la COP21. Pourtant, elle est sans doute encore plus importante. Et elle est surtout plus risquée. En effet, moins de regards sont tournés vers elle, moins de célébrités et de responsables politiques de premier plan y seront présents, et cela fait diminuer la pression sur les négociateurs. Surtout, dans le même temps, le monde aura les yeux tourné vers les Etats-Unis, qui tiennent leur élection présidentielle, une élection où la question du climat n’a eu droit qu’à 243 secondes d’analyse

 

Le risque est donc que le monde oublie, qu’il oublie qu’il y a un an, il signait en grande pompe l’Accord le plus important de son histoire récente, et qu’il oublie surtout qu’il y a encore beaucoup de travail si l’on veut éviter la catastrophe écologique qui nous menace. Et c’est pour ça que la COP22 est si importante, et qu’il faut continuer à se mobiliser pour en faire, elle aussi, un succès.