Définir sa mission d’entreprise ? Mais pour quoi faire ? Qu’est-ce que cela peut bien rapporter à une entreprise ? Au delà de la bonne volonté, il y a beaucoup à gagner à préciser la mission de son entreprise. Explications.

Avec le rapport Notat-Sénard, remis au gouvernement début 2018, la question de la « mission de l’entreprise » est désormais au coeur des débats. La question de savoir quel est le rôle de l’entreprise dans la société, quel est son objectif en terme d’intérêt général au-delà de la simple création de richesse, devient une question fondamentale.

Certaines entreprises ont même décidé d’inscrire dans leur statut une véritable mission officielle, faisant d’elles des « entreprises à mission ». Mais comment ce débat peut-il enrichir les entreprises dans leur ensemble ? Pourquoi une entreprise aurait-elle intérêt à définir plus précisément sa mission d’entreprise et à la renforcer ? Voici 5 raisons de se pencher sur la question de la mission de votre entreprise, dans le cadre d’une stratégie RSE ou tout simplement pour définir la stratégie de votre boîte.

1 – Pour plus de performance globale

On le sait depuis plusieurs années déjà : les entreprises qui se dotent d’une vraie politique de responsabilité sociale sont généralement plus performantes que les entreprises qui ne le font pas. De l’ordre de 13% selon France Stratégies.

Se donner une « mission d’entreprise », au sens prôné par le rapport Notat-Sénard, c’est aller encore plus loin dans cette démarche de responsabilité. Mais contrairement à ce que l’on peut lire partout, avoir une mission d’entreprise bien définie cela ne veut pas seulement dire « mettre sa performance économique au service de l’intérêt général ». C’est aussi créer de la performance économique, mais surtout de la performance globale au travers de l’intérêt général.

Dès lors qu’une entreprise affirme, plus ou moins officiellement, qu’elle se dote d’une mission envers la société, elle met en place les conditions d’une meilleure performance globale : elle affirme sa spécificité sur le marché, mais aussi les valeurs qu’elle souhaite défendre, elle se dote d’outils de mesure spécifiques sur des indicateurs comme la sécurité des fournisseurs ou les achats responsable, la résilience… Tout cela contribue à la performance économique à long terme, mais aussi à la performance environnementale et sociale : cela créé de la confiance chez le consommateur, une meilleure capacité à anticiper les risques…

Comme l’affirme Laurence Méhaignerie, présidente de Citizen Capital : les entreprises dotées d’une mission auront bientôt un vrai avantage compétitif.

2 – Pour améliorer l’engagement des salariés

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Ce n’est pas non plus un secret : les salariés aspirent aujourd’hui de plus en plus à travailler pour des entreprises qui ont du sens. C’était déjà le cas sur la RSE, puisque 85% des salariés affirment vouloir s’investir plus dans la démarche RSE de leur entreprise. C’est encore plus vrai pour les entreprises qui s’investissent à travers une vraie mission.

Les jeunes en particulier sont sensibles à cette question : près des deux tiers affirment qu’ils refuseraient de travailler pour une entreprise qui ne défend pas certaines valeurs sociales ou environnementales.

Si demain, une entreprise veut à la fois attirer et garder les talents, elle devra donc faire autre chose que du profit et de la performance économique : elle devra le faire tout en défendant un vrai rôle positif dans la société.

3 – Pour attirer les investisseurs d’aujourd’hui et de demain

En début 2018, Black Rock, l’un des plus grands acteurs financiers de la planète a appelé les entreprises mondiales à « oeuvrer pour le bien commun ». Le message ne peut pas être plus clair : même les acteurs financiers, conscients que la durabilité est la condition d’un investissement de long terme, veulent que le monde économique se dote d’une vraie mission d’intérêt général.

C’est une vraie tendance de fond : les investisseurs depuis des années déjà se tournent vers les entreprises qui performent le mieux sur les critères d’environnement, d’impact social ou de gouvernance. Elles investissent plus dans celles qui ont une vraie stratégie RSE. L’étape suivante, c’est de défendre les entreprises à mission, ou du moins celles qui sont suffisamment claires sur leurs objectifs vis-à-vis de la communauté.

4 – Pour renforcer la confiance de vos clients

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Puisque les travailleurs sont aussi des citoyens, il est assez logique que ceux qui souhaitent travailler pour des entreprises aient la même démarche dans leurs actes d’achat. C’est là encore une tendance de fond que l’on observe depuis plusieurs années : les consommateurs sont en pleine crise de confiance envers les entreprises traditionnelles dans leur ensemble, et ils se tournent plus volontiers vers des acteurs qui défendent des valeurs qu’ils partagent.

Restaurer la confiance : voilà l’enjeu. Et pour cela, il ne suffit pas d’opérations de communications bien menées, il faut un vrai changement de paradigme. Pour les consommateurs, l’entreprise doit être au service de la société et non l’inverse : 67% des consommateurs estiment que l’entreprise a un rôle à jouer pour régler les problèmes de la société. Si les entreprises ne prennent pas à bras le coeur ce rôle, si elles ne se dotent pas d’une mission vertueuse, la confiance ne reviendra pas.

Mettre en avant sa mission, montrer les résultats de son action, être transparent : voilà des mesures efficaces pour (re)gagner ces parts de marchés qui sont en train de se perdre.

5 – Pour être en avance sur les évolutions réglementaires

Enfin, s’il y a une raison de se pencher sur cette question de la mission d’entreprise, c’est aussi pour être en avance sur les évolutions réglementaires. Depuis près de 30 ans en Europe, la règlementation converge doucement vers l’idée que la « responsabilité limitée » de l’entreprise est un concept dépassé. Des lois NRE en France aux règlements européens sur la RSE ou le RGPD en passant par les lois Grenelle et le Rapport Notat-Sénard : de plus en plus les pouvoirs publics essayent de faire comprendre aux acteurs économiques que leur seule responsabilité n’est pas de faire de l’argent, mais de participer aux objectifs communs de la société en termes de sécurité, de bien-être, d’environnement…

D’une manière générale, on peut penser que ces règlementations ne vont pas s’arrêter en si bon chemin, surtout avec l’émergence d’une classe de citoyens de plus en plus animée par ces questions de la responsabilité de l’entreprise. Commencer à réfléchir à sa mission sociale, pourquoi pas la définir clairement dans sa politique RSE, voire dans ses statuts, c’est prendre une avance considérable sur ces évolutions et être un précurseur.