Face à la disparition des abeilles en Europe, l’Observatoire Français d’Apidologie (l’étude du comportement des abeilles, des pathologie apicoles et des techniques d’élevage d’essaims et de reines) lance un vaste programme européen dédié à la structuration de la filière apicole. L’objectif : former 30 000 professionnels européens capables de protéger et de dynamiser les populations d’abeilles européennes.

Si la protection des abeilles est aujourd’hui l’un des leit motiv les plus médiatisés des écologistes, ce n’est pas pour rien. 1/3 de l’alimentation mondiale dépend des insectes pollinisateurs, majoritairement les abeilles sauvages et domestiques. Leur disparition aurait des conséquences graves sur l’écosystème agricole et sur la biodiversité (pour plus d’informations, consultez cette vidéo « Que se passerait-il si les abeilles disparaissaient ? »).

Pourtant, la situation de ces insectes est aujourd’hui plus que préoccupante. Aux Etats-Unis, le taux de mortalité des abeilles est supérieur à 38% par an, en grande partie à cause de l’utilisation massive de néonicotinoïdes (des pesticides neurotoxiques qui affectent les abeilles). En Europe, si la situation est moins alarmante, les chiffres sont préoccupants. Au Royaume-Uni, le taux de mortalité s’élève à 28%, tandis qu’en France il serait officiellement situé autour de 14% (l’union Nationale de l’Apiculture Française, principal syndicat de la profession avance quant à lui 30% de mortalité annuelle). Face à ces disparitions, la Commission Européenne a d’ailleurs décidé un moratoire sur l’utilisation des trois principaux néonicotinoïdes, moratoire qui prendra fin en Décembre 2015. La France vient elle-aussi de se lancer dans un vaste programme de protection des abeilles, présenté fin mai en Conseil des Ministres par Ségolène Royal.

Former des professionnels capables de protéger l’écosystème des abeilles

L'observatoire français d'apidologie

Pour l’Observatoire Français d’Apidologie (OFA), ces mesures sont loin d’être suffisantes. Outre les néonicotinoïdes, les abeilles sont aussi affectées par les autres produits utilisés dans l’agriculture intensive, mais également par de nouvelles menaces (frelon asiatique, parasites varroa). En réalité, l’écosystème des abeilles est très complexe, et pour protéger efficacement ces précieux pollinisateurs, il faut former des professionnels qui connaissent bien cet écosystème et les techniques permettant de le dynamiser. L’OFA a donc lancé un important programme, appuyé par la Commission Agriculture du Parlement Européen, afin de structurer la filière apicole au niveau européen, dans le but de mettre en oeuvre le repeuplement des abeilles sur le continent.

Outre le programme de formation professionnelle (validé par un certificat reconnu par l’Etat), l’OFA met aussi en place un véritable accompagnement des apiculteurs formés pour leur installation professionnelle. L’Observatoire propose par exemple des systèmes facilitant l’acquisition de ruches déjà peuplées qui permettent à l’apiculteur de démarrer son activité sans avoir à recourir à de coûteux emprunts. L’objectif à moyen terme est de développer une véritable filière de sélection et d’élevage des abeilles afin de renouveler le cheptel. Chaque exploitation doit permettre de fournir 1 000 nouveaux essaims par an, et plus de 3 000 nouvelles reines. Grâce à ces nouveaux essaims, l’OFA veut aussi développer, en partenariat avec l’Institut National de la Recherche Agronomique et la Chambre d’Agriculture du Var, un programme de pollinisation intensive qui permettrait d’augmenter de 30% les rendements agricoles.

Recherche et conservation : mieux connaître les abeilles pour mieux les préserver

Dans le cadre du projet, l’OFA participe également à une structure de recherche dédiée aux abeilles. Avec l’Institut National de la Recherche Agronomique (rattaché au ministères de la Recherche et de l’Agriculture) et l’Institut Technique et Scientifique de l’Abeille et de la Pollinisation, l’OFA veut étudier l’affaiblissement des colonies, la santé des abeilles et les pathologies qui les affectent afin de mettre en place des solutions adaptées.

Le programme prévoit également de travailler à la conservation de la diversité des espèces d’abeilles, afin de préserver les espèces les mieux adaptées à chaque écosystème.

L’idée est véritablement de capitaliser des connaissances sur ces espèces, sur leur comportement et sur ce qui les menace, afin de former des professionnels qui soient les mieux à même de répondre à la problématique de la disparition des abeilles.

Un véritable projet pilote pour un programme d’envergure européenne

Beekeeper-Apiculteur

Le projet est d’ores et déjà en chantier dans le Var autour de la ferme apicole de Mazaugues, et il pourrait devenir (après l’aval de Bruxelles en Septembre prochain) un projet pilote pour un programme d’envergure européenne. La Commission Agriculture du Parlement Européen a en effet chargé l’OFA de fédérer les institutions apicoles de plusieurs pays européens sur le projet, grâce à la création d’un Centre Européen de Formation en Apidologie. Ainsi, il sera possible de mener une politique commune de structuration de la filière dans toute l’Europe, avec pour objectif de créer plus de 10 millions de ruches d’ici 2025.

Une initiative qui devrait faire le buzz.

Crédit photo : Abeille sur une fleur sur Shutterstock, Apiculteur sur Shutterstock