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Limites planétaires : définition

Dernière modification le 26 Mai 2021

Les limites planétaires, qu’est-ce que c’est ? A quoi servent-elles ? Qui est à l’origine de ce concept ? Est-il traduit dans la réglementation ? Définition.

Les limites planétaires, qu’est-ce que c’est ?

Le concept de limites planétaires permet de définir un espace de développement sûr et juste pour l’humanité. Ces limites concernent 9 processus biophysiques qui sont représentatifs du bon fonctionnement de la planète Terre. Les activités humaines dégradent de différentes façons notre environnement. Plutôt qu’une transition linéaire dans laquelle l’environnement serait progressivement de “pire en pire”, la science a conclu que l’environnement fonctionnait avec des seuils. Lorsque l’on dépasse ces seuils, l’environnement bascule. Il se transforme drastiquement, probablement de façon irréversible. Les limites planétaires sont comme des plots de signalisation, placés à une certaine distance des seuils pour avertir l’humanité et lui donner le temps de réagir.

L’histoire du concept de limites planétaires

C’est une équipe internationale de 26 chercheurs, emmenée par Johan Rockström et Will Steffen, qui est à l’origine du concept de limites planétaires.

Un premier article en 2009

En 2009, l’équipe publie un article intitulé “Planetary Boundaries: Exploring the Safe Operating Space for Humanity” dans la revue Ecology and Society. Elle y définit 9 limites planétaires et donne pour chacun un indicateur :

  • le changement climatique : on mesure la concentration de CO2 dans l’atmosphère, elle doit être inférieure à 350 ppm
  • l’acidification de l’océan : on mesure l’état de saturation de l’eau de mer de surface
  • l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique : on mesure la concentration en ozone (O3)
  • la perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore : pour le premier, on mesure la fixation de diazote par l’industrie et l’agriculture, pour le second, on mesure le rejet de phosphore dans les océans (il ne doit pas être plus de dix fois supérieur au rejet naturel)
  • l’utilisation mondiale d’eau douce : elle doit être inférieure à 4000 km3 par an
  • le changement d’utilisation des sols : moins de 15% de la surface de terres disponibles doivent être cultivées
  • l’érosion de la biodiversité : le taux annuel d’extinctions doit être inférieur à 10 extinctions par million d’espèces
  • la pollution chimique
  • l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère

Les deux dernières, la pollution atmosphérique et l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère ne sont pas quantifiées. C’est à dire que l’équipe de scientifiques n’a pas pu trouvé assez d’indicateurs mesurables ou n’a pas suffisamment d’informations sur le “seuil de basculement à ne pas dépasser. Les 7 autres sont, cependant, quantifiables et trois d’entre elles (le changement climatique, l’érosion de la biodiversité et le cycle de l’azote) ont déjà été dépassées.

Les chercheurs insistent sur le fait que les limites planétaires sont interdépendantes : en transgresser une peut amener à en transgresser plusieurs autres. Ils expliquent également que les limites planétaires sont un outil d’aide à la gouvernance qui définit un espace sécurisé pour l’humanité. En revanche, elles ne donnent pas d’indication sur le chemin à emprunter au sein de cet espace sécurisé.

Un deuxième article, 6 ans plus tard

En février 2015, les auteurs publient une actualisation de leurs travaux dans la revue Science : “Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet”. Trois limites restent inchangées : le changement climatique, l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique et l’acidification de l’océan. L’érosion de la biodiversité se divise maintenant en deux sous-limites. D’une part, la diversité génétique représente la variété en gènes des organismes. D’autre part, la diversité fonctionnelle représente variété en formes de vie et interactions entre ces formes de vie.

La limite de la pollution atmosphérique devient l’introduction d’entités nouvelles dans l’écosystème. Ces entités nouvelles désignent les nouvelles substances, les nouvelles formes de substances déjà existantes ou les formes de vie modifiées. On n’a pas encore pu quantifier cette limite. L’augmentation des aérosols dans l’atmosphère n’est toujours pas quantifiée. La limite du flux biogéochimique de l’azote est toujours dépassée à cause de régions fortement émettrices d’azote. C’est désormais la même chose pour le cycle du phosphore. La limite est dépassée à cause de certaines régions de grands apports de phosphore aux océans. Finalement, une nouvelle limite est dépassée : c’est celle du changement d’utilisation des sols. Celui-ci est, d’ailleurs, maintenant mesuré par la surface restante de forêts.

Dans cet article, les auteurs insistent sur deux limites planétaires qui leur semblent les plus importantes : le changement climatique et l’érosion de la biodiversité. En effet, elles sont liées à toutes les autres limites planétaires et les englobent à un niveau supérieur. Un grand changement de ces limites pourrait faire basculer le système Terre dans un autre état.

schéma des limites planétaires

Traduction du concept de limites planétaires dans la réglementation

S’il suscite encore des débats, le concept de limites planétaires est reconnu et adopté à plusieurs niveaux de décision.

Au niveau international

Le Secrétaire général des Nations Unies évoque le concept des limites planétaires dès l’Assemblée générale de 2011. L’année suivante, le Panel de haut niveau de l’ONU sur la viabilité du développement mondial inclut la notion de limites planétaires dans son texte de présentation.

Au niveau européen

En 2010, un rapport de l’Agence européenne pour l’environnement, intitulé « Rapport sur l’Etat de l’environnement » hisse les limites planétaires au rang de « priorité environnementale ». Ce concept sera au cœur du septième programme d’action pour l’environnement (2013-2020) de l’Union européenne : « Bien vivre, dans les limites de notre planète ».

Au niveau français

En 2019, le rapport sur l’état de l’environnement en France consacre toutes ses deuxième et troisième parties au respect des limites planétaires par la France. Cependant, plusieurs associations voudraient aller plus loin. Elles proposent, par exemple, d’inclure le concept de limites planétaires dans le premier article de la Constitution.

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