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Le développement durable, ce truc de filles : quand sauver le monde n’est pas assez viril

Clément Fournier - Rédacteur en chef

Formé à Sciences Po Bordeaux et à l'École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

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De plus en plus d’études montrent que le développement durable intéresse et mobilise surtout les femmes. Alors, le développement durable est-il condamné à être un “truc de fille” ?

On sait qu’en matière d’emploi, d’intérêt ou de passions, les différences de genre marquent des spécificités importantes. Souvent l’éducation des filles et des garçons, ainsi que les stéréotypes qui les entourent dans la société les orientent vers certaines filières professionnelles ou vers certains centres d’intérêt.

Sur le papier, le développement durable devrait faire exception et intéresser tout le monde : l’avenir des sociétés humaines est en jeu, tous les pans de l’économie sont affectés, tout cela a un impact sur tout le monde, garçons ou fille. Pourtant, dans la pratique, on observe une grande différence entre la façon dont les femmes et les hommes appréhendent et perçoivent le développement durable, l’écologie et les problématiques environnementales.

Les femmes plus préoccupées par l’environnement et le réchauffement climatique

Selon un sondage Pew Research, les femmes sont en moyenne plus préoccupées par les questions environnementales que les hommes. Dans certains pays, comme aux Etats-Unis, les femmes sont 17% de plus que les hommes à considérer le réchauffement climatique comme “un sérieux problème”. Certes, la différence est moindre dans les pays européens, globalement plus sensibilisés à la question, mais elle persiste ! Ainsi en Allemagne, alors que 90% des femmes considèrent le réchauffement climatique comme un problème sérieux, seuls 84% des hommes sont d’accord avec cette proposition.

Sur un ensemble de questions relatives aux problèmes environnementaux, on observe, quasi systématiquement, que les femmes sont soit plus intéressées, soit plus préoccupées, soit se sentent plus directement concernées. Les femmes trient plus les déchets, elles économisent plus l’énergie ou l’eau, bref, elles sont plus écolo. On peut d’ailleurs supposer que cela n’est pas sans rapport avec le fait que, bien souvent, ce sont encore les femmes qui gèrent ces questions au sein du ménage.

Plus de femmes dans les études et les métiers du développement durable

Conséquence probable de ces disparités, on observe également que plus de femmes tendent à travailler dans les métiers du développement durable. Ainsi, selon l’étude Birdeo sur les métiers de la RSE et du développement durable menée en 2018, on trouve plus de femmes travaillant dans ces métiers qui sont liés à la transition écologique et sociale. Les femmes seraient près de 60% à travailler dans ces métiers, alors qu’elles représentent par ailleurs une minorité des professions de cadres de même niveau dans les autres secteurs.

Et c’est assez logique : quand on regarde les préoccupations de carrière des étudiants (garçons et fille) on observe, là encore, que celles qui donnent le plus d’importance aux critères développement durable et RSE dans leurs choix professionnels, ce sont les femmes. Ainsi, selon une étude de l’Université de Berkeley, la majorité des étudiantes placent ces critères dans le top 3 de leurs préoccupations professionnelles, alors que les étudiants, eux, placent plutôt le salaire et les opportunités d’avancement dans ce top.

Conséquemment et toujours selon la même étude, ce sont les entreprises qui ont le plus de femmes dans leurs organes de direction qui sont le plus susceptibles de développer des politiques de développement durable. En gros, quand il s’agit de protéger la planète, la biodiversité ou d’oeuvrer pour la justice sociale, il semble bien que les femmes soient globalement plus actives que les hommes.

Le développement durable : pas assez viril ?

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Difficile d’expliquer ces différences. Certains scientifiques ont avancé l’explication que l’empathie et la générosité étant des traits de caractères généralement plus féminins, les femmes seraient plus enclines à se préoccuper des questions qui traitent de l’intérêt général, comme c’est le cas de l’écologie ou du développement durable. Cette plus forte empathie trouverait ses racines dans des différences d’éducation (les filles sont éduquées pour être plus attentives aux autres), mais pourrait aussi avoir un lien avec des différences de structures cérébrales (comme l’explique une étude menée par un neurobiologiste et psychiatre américain).

Mais plus récemment, des chercheurs ont mis en évidence une autre explication, plus culturelle celle-là : le développement durable serait considéré comme “pas assez viril”. En effet, dans un sondage de grande ampleur mené auprès de plus de 2000 personnes sur les sujets de développement durable et de consommation responsable montre qu’en moyenne, les hommes ont tendance à refuser d’adopter des gestes écolo ou responsables notamment car ils les jugent trop féminins.

En gros, sauver le monde d’une catastrophe écologique ne semble pas être une mission assez masculine. Sans doute peut-on y voir un lien avec le stéréotype faisant des tâches “domestiques” des problèmes féminins. Trier ses déchets ou se préoccuper de consommer local serait vu comme l’affaire des femmes. La situation est donc à la fois le fruit et le vecteur de la perpétuation des rapports hommes femmes inégalitaires qui existent dans nos sociétés, ce qui rejoint les réflexions de l’éco-féminisme.

Et cela contribue sans doute à retarder encore la transition vers des comportements de consommation responsable, qui sont indispensables pour orienter l’ensemble de la société vers un fonctionnement plus écologique.

Il est donc temps de réapprendre que non, le développement durable et l’écologie ne sont pas réservées aux femmes, mais doivent être la préoccupation de chacun.

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