Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Climate Change confirme l’influence des multinationales et de leurs chaînes d’approvisionnement sur les transformations climatiques. Décryptage.

Au fur et à mesure que la recherche avance, on connait avec de plus en plus de précision l’origine de nos émissions de CO2, responsables du réchauffement climatique. Cela fait ainsi des années que l’on sait que les secteurs des transports et de l’énergie vont partie des plus grandes sources d’émissions de CO2 : près de 70% des émissions de CO2 proviennent ainsi de la combustion d’énergies fossiles. On sait aussi depuis quelques années que l’agriculture, notamment l’élevage et la déforestation liée aux activités agricoles, émettent de grandes quantités d’équivalents CO2, notamment sous forme de méthane.

Toutefois, ces indications ne disent pas vraiment pour quels usages précis ou par quels acteurs spécifiques sont émis ces grandes quantités de CO2. L’énergie, les transports, l’alimentation : tout le monde en utilise. Mais qui en utilise le plus ? Qui est à l’origine et qui contrôle ces chaînes de consommation ? Les entreprises, les petites ou les grandes ? Les gouvernements ? Les particuliers ? Les pays « développés » où les pays « en développement » ?

Une étude publiée dans Nature Climate Change donne un élément de réponse : le poids significatif des multinationales sur nos émissions CO2.

Les multinationales à l’origine de près de 20% des émissions de CO2

Les chercheurs ont ainsi cherché à comptabiliser la part des émissions de CO2 réalisées au sein des multinationales et de leurs chaînes d’approvisionnement. Pour cela, ils ont comptabilisé les flux d’investissement directs à l’étranger, réalisés par des entreprises dites « multinationales », et les émissions de CO2 associées à ces flux.

Résultat, entre 2008 et 2016, la part des émissions de CO2 associées aux activités et aux chaînes d’approvisionnement des multinationales dans les émissions mondiales a varié entre 22 et 19%. En d’autres termes, les multinationales sont responsables de près d’un cinquième des émissions de CO2 de la planète.

Cela montre le rôle important que peuvent jouer les grandes entreprises multinationales dans la lutte contre le changement climatique. En faisant en sorte de décarboner leurs chaînes d’approvisionnement (par le recours à des énergies bas carbone, des partenariats avec des fournisseurs bas carbone..) elles pourraient avoir un impact fort sur la réduction de nos émissions.

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Le lien entre croissance, PIB, mondialisation et émissions de CO2

Cela dit, aussi important que puisse sembler la contribution des multinationales aux émissions mondiales, elle n’est en fait pas si étonnante que ça. En effet, selon l’OCDE les multinationales contribuent pour près de 30% au PIB mondial et pour près de 25% à l’emploi sur la planète.

Or, on sait que c’est généralement l’activité économique qui produit du CO2 : la production économique nécessite l’usage d’énergies fossiles par exemple. On pourrait donc s’attendre à ce que la contribution des multinationales aux émissions de CO2 soit plus importante encore. Au regard de ces données, il semble que relativement à leur contribution économique, les multinationales émettent plutôt « peu de CO2 » : 20% des émissions contre 30% du PIB.

Mais analyser ces données permet de mettre encore l’accent sur les liens entre CO2, PIB, mondialisation et croissance. En effet, les chercheurs ont constaté que les émissions de CO2 des multinationales avait évolué de manière corrélée avec l’économie ces dernières années. Ainsi, les émissions de CO2 des multinationales ont baissé suite à la crise de 2008 et à une période de « démondialisation« , où les investissements directs à l’étranger ont baissé.

Preuve, s’il en fallait, que pour s’attaquer à la question climatique, il faudra aussi s’attaquer à un changement de notre rapport à la création de richesse, et aborder, peut-être les questions de la décroissance.

La société de consommation en question

Pour penser un tel modèle, il ne suffit pourtant pas de pointer du doigt tel ou tel responsable. Les multinationales et leurs chaînes d’approvisionnement sont certes à l’origine de près de 20% du CO2, mais elles ne sont pas les seules à bénéficier de ce système. In fine, ce sont bien les consommateurs qui profitent des produits et services conçus tout au long de ces chaînes de production.

C’est tout le système social fondé sur la consommation et la production massive qui est donc à remettre en cause : la société du marketing permanent, de l’obsolescence programmée, la société du tout-monétaire. Réglementations, changements sociaux, mobilisations citoyennes, actions RSE sont alors autant de leviers pour faire avancer cet immense chantier. Et en tout état de cause, les multinationales doivent être au centre de ces réflexions.

Photo par Drew Beamer sur Unsplash

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