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Pour le climat, la France n’a pas forcément besoin de plus d’énergies renouvelables

Clément Fournier - Rédacteur en chef

Youmatter

Formé à Sciences Po Bordeaux et à l'École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

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La loi de Transition Énergétique se fixe pour objectif d’augmenter la part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique. Pourtant, concernant le climat, un tel objectif ne sert pas à grand chose. Il pourrait même être contre-productif.

Le réchauffement climatique est un problème fondamental, et pour tenter d’en limiter les effets, il faut agir, et vite. Pour cela, c’est avant tout sur l’énergie qu’il faut agir, puisque c’est la production énergétique (électricité, chaleur, et pétrole pour les transports) qui constitue de loin le premier poste d’émissions de CO2, dans le monde et en France.

C’est pour cette raison que dans de nombreux pays du monde, on réfléchit depuis des années à des actions pour mener la transition énergétique. L’idée : se débarrasser progressivement des énergies fossiles pour les remplacer par des énergies moins polluantes et qui émettent le moins de CO2 possible.

En France, en 2015, la Loi de Transition Énergétique a voulu s’attaquer à cette question. Elle fixe ainsi des objectifs à atteindre en termes de production énergétique, et notamment une augmentation de la part des énergies renouvelables dans notre production d’électricité.

Toutefois, contrairement aux idées reçues, augmenter la part des énergies renouvelables dans notre production d’électricité ne servirait pas à grand chose du point de vue de notre impact sur le climat. Cela pourrait même contribuer à augmenter nos émissions de CO2 et la pollution globale. Explications.

Climat, mix énergétique et énergies renouvelables en France : comment ça marche ?

Derrière la promotion des énergies renouvelables, il y a une idée simple : il faut produire notre électricité (celle que nous utilisons chez nous, mais aussi dans l’industrie) à partir de sources de production “écologiques”. Sur le papier, ça se tient : l’énergie est la première source d’émissions de gaz à effet de serre, donc si l’on passe à des énergies décarbonées, on réduit nos émissions.

Sauf que dans les faits, ce n’est pas si simple. D’abord, il faut comprendre que les énergies renouvelables ne sont pas 100% écologiques. Bien-sûr, les éoliennes et les panneaux solaires, ainsi que l’hydro-électricité ont un avantage clair : elles sont virtuellement inépuisables, et elles émettent beaucoup moins de CO2 que leurs équivalents fossiles comme le charbon ou le gaz. Oui, mais elles créent tout de même des pollutions. Pour fabriquer une éolienne, il faut des matières premières, des métaux, qu’il faut extraire et importer. Il faut aussi transporter les composants de l’éolienne (avec de gros camions), construire une dalle en béton, raccorder cette éolienne au réseau. Même chose pour les panneaux solaires.

Tout cela contribue à générer des pollutions : des matières premières, de l’énergie consommée, et donc aussi des gaz à effet de serre. D’après le GIEC, pour 1 kWh d’électricité (l’équivalent 3-4 h de télévision) produite par une éolienne, ce sont environ 11 g de CO2 qui sont émis dans l’atmosphère. Pour les panneaux solaires, c’est environ 48 g de CO2 par kWh. Evidemment, c’est beaucoup moins que le charbon (820 g) ou le gaz (490 g). Sauf qu’en France, l’essentiel de notre électricité est produite à partir d’énergie nucléaire (70% environ) et de renouvelables (16% environ). Et remplacer une énergie nucléaire par une énergie renouvelable, ce n’est pas forcément positif du point de vue du climat.

L’électricité française émet déjà peu de CO2

En effet, toujours d’après le GIEC, produire 1 kWh d’énergie nucléaire, cela n’émet que 12 g de CO2 par kWh. Soit grosso-modo autant qu’avec des éoliennes, et 4 fois moins qu’avec des panneaux solaires. Et bien entendu, ce chiffre prend en compte les émissions liées à la construction des centrales, à l’extraction de l’uranium, et même au démantèlement des centrales en fin de vie. L’électricité française émet donc déjà très peu de CO2.

Dans ces conditions, remplacer une source d’énergie qui émet très peu de CO2 (le nucléaire) par une autre énergie qui en émet très peu aussi (les énergies renouvelables) n’apporte pas de grands bénéfices en termes d’impact sur le climat. Au contraire, remplacer une infrastructure existante, déjà construite et fonctionnelle, par de nouvelles infrastructures, qui consomment de nouvelles ressources, contribue à augmenter nos émissions de CO2.

Et c’est d’autant plus vrai que les énergies renouvelables ne peuvent pas fonctionner toutes seules. En effet, les énergies renouvelables nouvelles (éoliennes et panneaux solaires) sont intermittentes : cela signifie qu’elles ne produisent pas en continu et à la demande. Les éoliennes par exemple ne produisent que quand il y a du vent. Si l’on veut disposer d’une électricité à la demande tout en recourant massivement aux énergies renouvelables, il y a donc essentiellement deux solutions : soit disposer de sources d’énergie “à la demande” pour compenser les périodes où les énergies renouvelables ne produisent pas (par exemple, du gaz, du charbon, du nucléaire, ou de l’hydro-électricité), soit être capable de stocker l’électricité, afin que les surplus de production à certains moments permettent d’alimenter le réseau durant les périodes de creux.

Or dans un cas comme dans l’autre, cela signifie que l’on risque d’augmenter nos émissions de gaz à effet de serre. Dans le premier cas, on aura construit de nouvelles sources d’énergies renouvelables, tout en étant obligé de continuer à produire avec les centrales pilotables que nous avons déjà (nucléaire dans le meilleur des cas, charbon ou gaz dans le pire des cas), voire en étant obligé de compenser par de nouvelles centrales pilotables (ou par de l’import). Dans le second cas, on aura construit ces nouvelles sources d’énergie renouvelable, ainsi que de nouvelles infrastructures de stockage (des batteries, ou des systèmes de stockage par barrages) le tout pour produire une électricité qui polluera sensiblement autant, voire plus que celle que nous avions déjà.

C’est d’ailleurs essentiellement la conclusion que faisait RTE, qui gère le réseau électrique français, dans son rapport prévisionnel de 2017 remis à Nicolas Hulot, alors ministre de la Transition Écologique et Solidaire : une transition rapide du nucléaire vers les énergies renouvelables ferait augmenter nos émissions de CO2.

La priorité de la lutte contre le réchauffement climatique en France, ce n’est pas les énergies renouvelables

Bien-sûr, tous ces arguments ne concernent que le climat. Il est tout à fait envisageable de souhaiter réduire notre production d’électricité nucléaire pour d’autres raisons : la crainte d’un accident, ou les interrogations sur la gestion des déchets par exemple.

Mais concernant strictement le climat, on peut dire que pour la France, la priorité n’est pas, loin s’en faut, la transition vers plus d’énergies renouvelables.

En fait, en France, grâce à une électricité faible en carbone, la première source d’émissions de CO2 n’est pas la production d’électricité, c’est les transports. Et en particulier le transport routier et plus précisément le transport automobile individuel. Si l’on voulait vraiment lutter contre le réchauffement climatique, la priorité ne serait donc pas de de faire plus d’énergie renouvelable, mais de décarboner les transports automobiles. Pour cela, plusieurs pistes : réduire l’utilisation de la voiture en privilégiant transport en commun et mobilités douces, faire la transition vers des voitures moins polluantes (voiture électrique, petites voitures basses consommation)…

Outre ces mesures, il serait aussi intéressant de travailler sur la production de chaleur. Aujourd’hui, hors transport, la majorité des consommations énergétiques françaises, et notamment les plus polluantes, concernent la production de chaleur notamment pour le chauffage résidentiel. Réduire les sur-consommation et les gaspillages notamment en rénovant les passoires énergétiques serait une solution envisageable, avec un impact positif sur le climat bien plus important que la transition vers plus d’électricité renouvelable. Il pourrait aussi être utile de se pencher sur la question du solaire thermique, et même du biométhane, deux solutions pour réduire l’intensité carbone du chauffage français.

Lutte contre le changement climatique : la France doit-elle revoir ses priorités ?

En résumé, il y a des chantiers plus urgents et plus efficaces à mener que la transition vers plus d’électricité renouvelable si l’on veut lutter efficacement en France contre le réchauffement climatique.

Or, d’après le rapport de la Cour des Comptes sur le sujet, le soutien aux énergies renouvelables coûte cher : près de 4 à 5 milliards d’euros par an ces dernières années. Plus de 120 milliards d’euros devraient être dépensés entre 2018 et 2045 pour financer les installations d’énergies renouvelables actées avant 2018 (encore plus donc pour les nouveaux contrats lancés à partir de 2018 dans le cadre de la Loi sur la Transition Énergétique). Et ces coûts ne prennent même pas en compte les coûts annexes liés aux infrastructures de stockage et de réseau qu’il faudra transformer si la production d’énergie renouvelable augmente. Par contraste, en 2019 le budget alloué à la rénovation thermique des logements n’était que de 450 millions d’euros.

Du point de vue de la lutte contre le réchauffement climatique, il serait donc peut-être nécessaire que la France revoit ses priorités, et notamment celle donnée ces dernières décennies à la transition vers plus d’énergie renouvelable. Car pour la France, se focaliser sur ce sujet est plutôt une mauvaise manière d’aborder la lutte contre le réchauffement climatique.

Photo par Karsten Würth (@karsten.wuerth) sur Unsplash

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