A la une dans notre dossier spécial sobriété : Mobilité durable : la sobriété doit définir nos déplacements

Voiture-electriques-ecologiques

Les voitures électriques sont-elles vraiment plus écologiques ?

Clément Fournier - Rédacteur en chef

Youmatter

Formé à Sciences Po Bordeaux et à l'École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

Voir tout
? Vous préférez écouter cet article ?
Rendez-vous sur Spotify, Deezer, Apple Podcasts, Google Podcasts ou Soundcloud !

Tesla, Prius, Blue car : les voitures électriques (ou hybrides) sont en plein développement. Mais sont-elles vraiment plus écologiques que les véhicules à essence et au diesel ? Retour sur une problématique plus complexe qu’on ne le croit.

L’industrie automobile semble en pleine révolution de l’électrique. De plus en plus de marques et de constructeurs se mettent à produire des voitures hybrides, des voitures électriques. Face aux scandales des émissions truquées révélés ces dernières années, cette alternative semble en effet très séduisante : une voiture qui fonctionnerait à l’électricité, sans énergie fossile, donc sans pollution et sans émissions de CO2. Mais est-ce vraiment le cas ? La voiture électrique est-elle réellement un moyen de faire la transition vers un transport écologique ? Est-elle toujours plus écologique qu’une voiture thermique essence ou diesel par exemple ?

shutterstock_294100535

Pollution, particules fines : la voiture électrique, une alternative écologique ?

Instinctivement, on pourrait penser que la voiture électrique est la solution idéale pour développer un transport non polluant. En effet, sans combustion d’énergie fossile, on pourrait penser que les voitures électriques évitent par exemple la production de particules fines. Dans une certaine mesure c’est exact, puisque les moteurs à essence et les moteurs diesels sont considérés comme de forts émetteurs de particules fines notamment à cause de leurs moteurs à combustible. Au contraire, en tant que tel, un moteur électrique n’émet pas ce type de polluants. En passant à l’électrique, on évite donc une partie de la pollution… Mais pas tout !

En effet, dans la réalité, dire que les voitures électriques permettraient d’éviter la pollution aux particules fines est plutôt faux. Pourquoi ? Tout simplement car une bonne partie des particules fines émises par les voitures ne le sont pas par le moteur… Mais par le simple fait de rouler. En effet, on estime que 41% des particules fines émises par exemple en Île-de-France sont dues à l’abrasion des pneus, de la route et des plaquettes de frein. Donc, même avec un véhicule 100% électrique, il y aura toujours des particules fines émises, tout simplement à cause du roulage, des frottements sur la route et du freinage. Sur ce point, on peut donc dire que la voiture électrique est plus écologique que la voiture thermique, mais elle reste malgré tout polluante.

Les voitures électriques permettent-elles de lutter contre le réchauffement climatique

De plus, il faut rappeler que l’électricité utilisée pour faire fonctionner ces voitures, n’est pas neutre en termes environnementaux, que ce soit en matière de pollution ou d’émissions de gaz à effet de serre. En effet, pour produire de l’électricité dans un pays, on utilise différentes sources d’énergie : on appelle ça le mix électrique. Ce mix diffère selon les pays, mais dans tous les pays du monde, on utilise des énergies non-renouvelables, des énergies fossiles, afin de produire de l’électricité. Par exemple, en France, le mix électrique utilise majoritairement de l’énergie nucléaire (69% de l’électricité produite en France vient du nucléaire), mais également du gaz (8%), du charbon (2%) et du fioul (1%). Et la France importe aussi une partie de son électricité de pays voisins (l’Allemagne, la Suisse, l’Italie par exemple) et une partie de cette électricité importée est produite à partir d’énergies fossiles (c’est notamment le cas de l’électricité achetée en Allemagne qui est encore largement produite à partir de charbon). Résultat, lorsqu’on consomme de l’électricité, on consomme aussi indirectement des énergies fossiles.

En conséquence, l’impact des voitures électriques sur la qualité de l’air et la pollution dépend fortement du pays dans lequel elles sont utilisées et de l’électricité qui est utilisée pour les recharger. Aux Etats-Unis, où 40% de l’électricité est produite à partir du charbon, l’utilisation des voitures électriques reste ainsi polluante car elle repose indirectement sur la combustion du charbon. En revanche, si l’on utilise sa voiture électrique dans un pays doté un mix électrique moins polluant, car reposant sur des énergies décarbonées (comme le nucléaire ou les énergies renouvelables) alors le bilan écologique commence à être intéressant, car on remplace alors des moteurs polluants par une production électrique qui l’est moins. C’est le cas en France, où l’électricité émet très peu de CO2 et de particules fines.

En résumé, les émissions de CO2 liées à l’utilisation d’un véhicule électrique dépendent de la façon dont l’électricité est produite : si l’électricité est produite à partir de sources écologiques, alors on peut dire que le véhicule est écologique. Sinon, non. Ainsi, dans tous les pays qui n’ont pas mis en place une vraie transition énergétique vers des énergies non-fossiles, rouler en voiture électrique revient à rouler au charbon au lieu de rouler au pétrole. Selon les pays, les émissions de CO2 des véhicules électriques varient donc grandement comme le montre cette carte issue d’une étude menée par Shrink That Footprint :

emissions CO2 vehicules électriques

Le problème de la production et des batteries des voitures électriques

L’autre gros problème des voitures électriques écologiquement parlant est qu’elles sont plus complexes à produire que les voitures à moteurs à combustion. Ainsi, lorsqu’une voiture électrique sort de l’usine, elle a beaucoup plus contribué à la pollution globale qu’une voiture conventionnelle sortant de l’usine également. C’est notamment dû aux impacts écologiques de la production des batterie (qui représente environ 35-41% des impacts environnementaux de la production d’un véhicule électrique), au développement de composés électroniques complexes, du moteur… Fabriquer tous ces composants nécessite beaucoup de ressources et d’énergie, et cela pollue en moyenne plus que pour produire les composés équivalents d’une voiture thermique.

D’autre part, la production des batteries électriques pour ce type de véhicules représente d’ailleurs un problème important, puisqu’elles nécessitent l’exploitation des terres rares, l’utilisation du lithium… Cela pose donc la question des réserves de lithium disponibles : si nous voulions tous passer à la voiture électrique, il faudrait des quantités importantes de lithium, que nous ne sommes pas certain de pouvoir fournir compte tenu des réserves actuelles de ce minéral (pour plus d’informations sur ce sujet, voir notre article : Aura-t-on assez de lithium pour la transition énergétique). De plus, il faut être attentif au recyclage des batteries : si l’on recycle correctement les batteries, cela contribue à réduire l’impact écologique de la voiture électrique. Problème : le recyclage est coûteux et complexe !

Le résultat varie en fonction des modèles, mais globalement, la fabrication des véhicules électriques serait en moyenne 15 à 70% plus polluante que la fabrication d’un véhicule essence ou diesel. Mais à la fabrication seulement ! Car à l’usage, la voiture électrique devient vite plus écologique.

Les véhicules électriques : écologiquement rentables sur le long terme ?

En effet, puisque l’utilisation du véhicule est moins polluante pour un véhicule électrique (à condition toutefois de disposer d’un mix énergétique relativement propre), plus on utilise son véhicule électrique, plus on « rentabilise » la pollution initiale. Une équipe d’ingénieurs du Journal of Industrial Ecology a ainsi comparé l’impact environnemental des véhicules conventionnels et des véhicules électriques sur l’ensemble du cycle de vie. Avec une utilisation longue, sur au moins 200 000 km, le véhicule électrique aurait un impact 27 à 29% plus positif sur le réchauffement climatique par rapport aux véhicules essence. Si le véhicule est utilisé sur 100 000 km, cet impact est « seulement » 9 à 14% plus positif que pour les véhicules essence. Ces résultats sont confirmés par les études de synthèse menées par la Fondation pour la Nature et l’Homme en partenariat avec l’European Climate Foundation, avec la participation de l’ADEME et RTE : en France, la voiture électrique serait 2 à 3 fois moins polluante que les voitures thermiques sur l’ensemble de leur cycle de vie, en comptant la phase de production, la production de l’électricité, l’usage et le recyclage du véhicule et de sa batterie en fin de vie.

véhicules électriques écologiques

En résumé, la problématique de l’impact écologique des véhicules électriques est plus que complexe : elle dépend des pays et de leur mix énergétique, elle dépend de l’utilisation des véhicules, et elle dépend aussi de la problématique que l’on observe (particules fines, pollution de l’air, changement climatique, ou encore biodiversité, ressources rares…). Elle dépend donc aussi des choix énergétiques et des évolutions technologiques qui auront lieu dans le futur. Ainsi, les technologies des batteries évoluent rapidement, et à l’heure actuelle, leur production devient de plus en plus facile, ce qui pourrait améliorer l’impact des véhicules électriques dans le futur. De la même façon, on observe une tendance dans le monde à la transition vers une production d’électricité plus propre à base de renouvelable, ce qui pourrait contribuer également à rendre les véhicules électriques encore plus écologiques.

Toutefois, il faut prendre garde à ne pas s’engouffrer trop vite dans la solution du tout électrique. En effet, même si le véhicule électrique est plus écologique globalement, il a aussi des conséquences environnementales. Et si l’on devait convertir tous les véhicules thermiques actuels et futurs à l’électrique, cela pourrait avoir des conséquences écologiques importantes à terme. De plus, il n’est même pas certain que l’on puisse faire cette transition : on n’aura probablement pas assez de lithium et de matières premières pour fabriquer autant de véhicules électriques, surtout dans un contexte où de plus en plus d’individus dans le monde vont vouloir se doter d’une voiture. Même si les technologies s’améliorent, il faut anticiper.

Comment ? D’abord en essayant d’envisager une une société qui repose moins sur le transport individuel et sur l’énergie. On pourrait ainsi essayer de moins dépendre de la voiture, en misant sur les transports en commun qui sont encore plus écologiques que le véhicule électrique. En réhabilitant les mobilités douces comme la marche ou le vélo. En construisant nos villes différemment de manière à pouvoir s’y déplacer sans véhicule. Ainsi, on pourrait envisager de passer au véhicule électrique seulement quand c’est réellement nécessaire. En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement de changer le moteur de nos voitures, mais de changer notre rapport à la voiture, et d’envisager une société plus sobre et plus écologique en général.

Crédits image : Taina Sohlman / Shutterstock.com, Voiture électrique sur Shutterstock

Dans ce monde complexe qui se dessine devant nous...

…nous sommes plus que jamais déterminés à décrypter et analyser tous les grands phénomènes qui agitent nos sociétés. A mettre sur le devant de la scène de l’information fact-checkée, basée sur la science, sans a priori et sans concession. A fournir aux citoyens de meilleures clefs de compréhension et d’action dans un monde en transition. Pour fournir une information indépendante, de qualité, disponible au plus grand nombre et sans publicité pour le nouveau 4x4, nous pensons que l’information doit être libre. Mais cela ne peut se faire sans vous.   Nous avons besoin de vous pour construire avec nous une information de qualité et gratuite pour tous, pour la diffuser, pour la partager autour de vous, mais aussi pour nous aider à préserver notre indépendance financière. Chaque fois que vous contribuez par exemple à hauteur de 50 euros (17 euros après déduction fiscale), ce sont 2 000 citoyens qui sont mieux informés sur des sujets d’avenir.   Merci d’avance, en espérant continuer longtemps à construire avec vous une information digne de notre avenir, L'équipe éditoriale de Youmatter.
À votre tour d'agir !
Ces informations vous sont utiles ? Montrez-le !
Partagez pour faire connaître ce sujet !
Commentez
Partagez votre expérience avec la communauté
S'abonner Abonnez-vous à notre newsletter pour rester informé

Commentaires

Vous devez vous connecter pour poster un commentaire

  • SR
    Bonjour à toutes et tous, Rendements du puits à la roue : - 12 % pour un véhicule à essence - 16 % pour un véhicule diesel - 24 % pour un véhicule hybride à essence - 28 % pour un véhicule électrique La voiture électrique permet aussi de réduire les nuisances sonores et olfactives (penser au voisinage du périphérique de Paris ou aux habitants de Pékin). En France, le parc automobile de Paris etde la région parisienne pourrait être alimenté entièrement pas la puissance que l'usine Eurodif ne demande plus (2700 MW de libérés), soit, autrement dit, sans augmenter le volume de déchets nucléaires produits, lequel est déjà très faible par habitant. Bien à vous Sébastien
  • patricck
    Dans cet article il n'est question que de la planète pas de l'humain.On ne fait pas la différence entre une voiture électrique utilisée en ville ou en rase campagne. La voiture électrique n'a d'intérêt qu'en ville où l'on respire les sorties d'échappement. Imaginez un départ en vacances d'été avec des voitures électriques avec la clim tous les parisiens feront la queue à 200 km de Paris pour recharger car on n'imagine pas de voir 50 ou 100 postes de charge.Pour un véhicule appelé à circuler en ville et route, l'hybride rechargeable serait la solution (couteuse) bien que les batteries ne laissent pas beaucoup de place au réservoir
    • Clément Fournier
      La voiture électrique a surtout comme intérêt de réduire les émissions de CO2 qui sont responsables du réchauffement climatique. Et ça, tout le monde le subit, villes comme campagnes. Pour le côté "humain" on peut en discuter en effet. Mais je ne considère pas que la question des départs en vacances soit la première ou la plus importante des problématiques "humaines" qui sont au coeur de la transformation de la mobilité. Et puis, peut-être pourrait-on imaginer que les gens changent un peu leurs habitudes de transports pour les vacances ?
  • Mike Nunes
    Article très intéressant ! Néanmoins, il faudrait remplacer le terme "mix énergétique" par "mix électrique" car l'électricité ne représente que 25% de l'énergie (finale) totale consommée en France par exemple. Je perçois trop souvent cette confusion entre énergie et électricité (tout ne fonctionne pas à l'élec, loin de là). Autre erreur, la France n'importe pas d'électricité de Russie, seulement du gaz et c'est déjà pas mal. Se poser la question de la sobriété et des besoins est effectivement le plus important en amont ! Merci
  • Mike Nunes
    Article très intéressant ! Néanmoins, il faudrait remplacer le terme "mix énergétique" par "mix électrique" car l'électricité ne représente que 25% de l'énergie (finale) totale consommée en France par exemple. Je perçois trop souvent cette confusion entre énergie et électricité (tout ne fonctionne pas à l'élec, loin de là). Autre erreur, la France n'importe pas d'électricité de Russie, seulement du gaz et c'est déjà pas mal. Se poser la question de la sobriété et des besoins est effectivement le plus important en amont ! Merci
  • La planète n'a que 5% de chances de rester sous la barre des 2 degrés
    […] Les voitures électriques sont-elles vraiment écologiques ? […]
  • Wolfman Jack
    Selon l'article, 41% des particules fines sont produites par l'usure des pneus. En fait, ce sont les pneus et les plaquettes de freins. Les véhicules électriques freinent pour une bonne partie en rechargeant la batterie. Donc, sans avoir les chiffres exacts de la part de l'usure de plaquettes et du taux de "régen" des véhicules électriques, on peut imaginer que la pollution des véhicules électriques est réduite d'au moins 60% par rapport aux véhicules à "moteur thermique". Enfin cet l'article, comme tous les articles, électro-sceptiques, ne parle pas du tout de la localisation de la pollution, et du fait que 1000 petits moteurs pollueront toujours plus qu'une grosse génératrice. Il vaut mieux une usine à charbon à haut rendement dont la pollution est maitrisée et localisée que des moteurs répartis dans la nature, à faible rendement et dont l'état de potentiel polluant est inconnu. Il faut savoir qu'un "moteur thermique" perd énormément en rendement en vieillissant. Donc pour nos petites têtes blondes citadines ayant le nez à 30cm des pots d'échappement, je préfère de loin l'électrique. Mais là ou je rejoins l'article, c'est que "Demain on rase gratis", ça n'existe pas. L'électrique est vendu comme Zéro Emission, c'est vrai que c'est faux ;) PS : Laissons un siècle d'évolution à la batterie comme le moteur thermique a eu pour en arriver jusqu'ici, et reparlons en...
  • 4F groupe 5 – thème voiture électrique, voiture écologique ? – EPI – Développement durable
    […] https://youmatter.world/fr/voitures-electriques-vraiment-avenir-transport-ecologique-19299/#gs.NL_rPJ8 […]
  • L’Innovation Numérique au Secours de la Planète – Digicolo
    […] les algues par exemple, ou encore les énergies marines), de nouvelles formes de transport (comme la voiture électrique, ou l’hyperloop), des manières différentes de travailler (comme le digital et Internet), toutes […]
  • Comment lutter vraiment contre le réchauffement climatique ?
    […] En matière de transport, c’est la même chose : en imaginant des villes moins étalées et plus concentrées, plus denses, avec des bassins d’emplois intégrés aux zones résidentielles, on pourrait largement réduire la distance que chacun doit parcourir chaque jour. L’idée de base est de nous rendre moins dépendants de la voiture, afin de réduire nos besoins en pétrole et en énergie (voir notre article détaillé : Une ville sans voiture : utopie ou réalité ?). Mais pour cela, il faudrait que nous arrêtions de vouloir chacun une maison avec un grand jardin en périphérie des centres villes. Les voitures électriques, l’intermodalité ou les transports en commun peuvent aussi être une partie de la solution, puisqu’ils émettent moins de CO2 qu’une voiture individuelle qui roule au pétrole (bien qu’ils ne remettent pas fondamentalement en cause le problème des pollutions liées à la dépendance aux transports – voir notre article : La voiture électrique : est-ce vraiment écologique ?). […]
  • Réinventer la ville pour changer de paradigme – Casabee
    […] que l’on puisse trouver des modes de transports alternatifs, ils seront toujours polluants (comme la voiture électrique par exemple) et stressants. Il faudra donc construire des quartiers de vie où l’on puisse à la fois […]